Festival d’été de Québec: un dimanche éclectique sous un ciel radieux

Avec le groupe The War of Drugs, les spectateurs ont eu droit à de la chanson rock de tradition américaine dans toute sa grandeur. Sur la photo, le chanteur et guitariste Adam Granduciel
Photo: Francis Vachon Le Devoir Avec le groupe The War of Drugs, les spectateurs ont eu droit à de la chanson rock de tradition américaine dans toute sa grandeur. Sur la photo, le chanteur et guitariste Adam Granduciel

Pour clore un week-end idéal au Festival d’été de Québec, une grosse affiche pop qui n’a pas raté son objectif de plaire aux adolescents et à leurs familles. Sur les plaines d’Abraham : la pop électronique des Britanniques de Oh Wonder, la pop latine de la jeune sensation cubano-américaine Camila Cabello et la variété pop-rock du Torontois Shawn Mendes. Mais d’abord, parlons de choses sérieuses.

Ou plutôt, de Choses sauvages. Samedi soir dernier, après notre virée hip hop sur les Plaines, nous avons endurci nos mollets en descendant les escaliers jusqu’au complexe la Méduse, en basse-ville, pour baigner dans la dernière soirée de la quinzième édition du Festival OFF. Il était un peu passé minuit, l’orchestre montréalais Choses sauvages venait de commencer son concert, et nous aurions volontiers dansé avec eux jusqu’au lever du soleil.

Actif depuis deux ou trois ans, le groupe apparaissait sporadiquement sur les affiches de festivals alternatifs ; le printemps dernier, un premier extrait (Ariane) de son album à paraître cet automne était affiché sur sa page Bandcamp. Une douce chanson pop d’inspiration vaguement années 1980, chantée d’une voix fine, qu’on aurait pu confondre avec une nouvelle de Dumas.

Si le concert est une indication de l’album à paraître (chez Audiogram), attendez-vous à de la bombe. Sous ses airs de chanson new wave se cache une redoutable machine à groove. Six musiciens sur scène, du synthé en masse, une section rythmique gonflée à bloc, et ce chanteur (et bassiste, et flûtiste) Félix Bélisle, probablement possédé par le démon ; le gars est un authentique leader. Capable d’effusions punk, le groupe excelle dans ses longues constructions disco. Choses sauvages est sans doute ce que le Québec compte de plus semblable à Hot Chip, avec le même souci des structures « punchées » et des orchestrations riches qui, soulignons-le, profitaient pleinement de l’acoustique de la Méduse et du travail de son admirable sonorisateur. On s’en reparle à l’automne.

Ponctuation

De retour à notre programmation régulière à 18 h 30 hier, Ponctuation mettait du fuzz dans nos oreilles avec les chansons de son dernier album, Mon herbier du monde entier, l’un des beaux albums rock francophone de l’hiver. Mené par un gars du coin, Guillaume Chiasson, le quartet garage/yé-yé/lo-fi a eu le bonheur de jouer devant son public et de nombreux curieux. Même si Chiasson confiait ne pas souvent donner des concerts aussi tôt, leur contribution à cette fin d’après-midi radieuse était précieuse.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Le groupe Ponctuation

Aperçu dansant les yeux fermés devant la scène de Ponctuation, le programmateur musical du festival, Arnaud Cordier. Sur un nuage, pour deux bonnes raisons : d’abord, ce premier week-end du FEQ a roulé sans failles, sans pluie, et ravi les festivaliers. Ensuite, Arnaud est d’origine belge.

À 14 h vendredi dernier, il ne tenait plus en place. Nous étions rassemblés au bar Ninkasi pour suivre sur grand écran le redouté match Brésil-Belgique en Coupe du monde. Le programmateur y avait convié amis et collègues partisans des sujets du roi Philippe 1er, comme William qui s’occupe de la salle de l’Impérial (un vrai fan de soccer, lui aussi partisan de l’équipe nationale belge). On a prié Annie Cordy et le Grand Jojo lorsque le Brésil a réduit l’écart à un but de retard en fin de seconde demie. On connaît la suite : Cordier n’a pas cessé de sourire depuis la fin du match, et les concerts de The Weeknd et de Neil Young l’ont gardé aux anges… jusqu’à demain, quand les Diables rouges croiseront la France sur leur chemin.

Camilla Cabello

Bonsoir les files d’attente : ça nous a pris un temps fou pour rejoindre la tente des médias avant le début du concert de Camila Cabello, à 20 h. Signe que la foule était autant là pour entendre l’interprète du succès Havana que pour le Canadien suivant.

Photo: Francis Vachon Le Devoir La chanteuse Camila Cabello

Cabello a lancé un premier album amusant et accrocheur plus tôt cette année, dont elle nous a servi les plus dansantes… et les plus mièvres. Débutant avec une ballade pop générique que chantent déjà toutes les Célines du monde (Never be the Same), elle a enchaîné avec les fameuses She Loves Control, propulsée par une rythmique reggaeton, et l’estivale Inside Out, cette fois sur une rythmique dancehall qui incorporait des fragments des succès Hold Yuh de Gyptian et Get Busy de Sean Paul. La Bad Things qui a suivi a gardé la température élevée et ses danseurs occupés sur un groove entre rap et pop.

Sa performance s’est ensuite dégonflée à coup de ballades inoffensives. Elle a profité du relâchement pour longuement discuter avec la foule, mais on s’est vite ennuyé de l’ambiance festive du début du spectacle. Surtout que Cabello a beau avoir un joli brin de voix et chanter juste, elle n’est vraiment pas du registre des grandes voix de la pop américaine, façon Beyoncé, Mariah Carey ou Aguilera, ce qui amoindrit l’impact des ballades. Heureusement, en fin de concert, qui a semblé ravir l’auditoire, elle a redonné du tonus à ses chansons, terminant dans l’apothéose avec une version allongée de Havana.

The War on Drugs

Plus facile de sortir des Plaines que d’y entrer : nous avons prestement fui le concert de Shawn Mendes pour aller nous réfugier au parc de la Francophonie et profiter de The War on Drugs, qui la veille ont conquis la place des Festivals, en clôture du Festival international de jazz de Montréal.

L’orchestre américain a proposé à Québec un tour de chant assez semblable à celui de la veille à Montréal, mais un brin plus court (douze titres, au lieu de quinze). Quant à la richesse des chansons qui nous étaient offertes, que de l’admiration pour le son de ces six musiciens, menés par le principal auteur-compositeur du groupe, le chanteur et guitariste Adam Granduciel.

On pourrait encore parler des comparaisons à faire avec le style chansonnier du vieux Springsteen – cela paraissait davantage lorsque l’orchestre a revisité Arms Like Boulders, de son tout premier album -, mais on garde surtout en tête l’intensité des chansons plus rythmées, à commencer par la monumentale Ocean Between the Waves (de l’album Lost in the Dream, 2014). Puissante pulsion, certes, mais nourrie par une progression harmonique qui nous emporte comme une vague de fond faite de couches de guitares, de claviers et de saxophone. La chanson rock de tradition américaine dans toute sa grandeur, livrée par une voix sans autres artifices que la poésie des mots chantés, habillés par un ensemble de musiciens intelligents et à l’écoute. « What a beautiful night ! » s’exclamait Granduciel sous le ciel étoilé. Indeed.