Succès de foule à la soirée rap du Festival d’été de Québec

Le rappeur québécois Loud
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le rappeur québécois Loud

Deux jours après nous avoir gâtés avec une belle soirée néo-R & B en compagnie du Torontois The Weeknd, le Festival d’été de Québec présentait hier soir sur les Plaines d’Abraham la grande affiche hip hop de sa 51e édition. Mesdames, messieurs, place au poids lourd Future, à l’étoile montante Lil’Yachty — tous deux issus de la scène rap d’Atlanta —, ainsi qu’au rappeur de l’heure au Québec, le Montréalais Loud, venu celui-là récolter les fruits de sa dernière année record auprès des amateurs de rap de la Capitale.

Il était encore tôt, un peu avant 20 h, les festivaliers étaient toujours en chemin vers les grandes Plaines. Même remplies à moitié, ça en jette : une des plus grandes foules, sinon la plus grande, pour lesquelles Loud aura rappé. Le trac ? S’il connaît, rien n’y paraissait : il a arpenté la scène avec conviction, rappant sans escamoter une syllabe. Clair et précis, il a ouvert son trop court spectacle avec une paire de favorites histoire de bien remonter la foule : So far so good, puis Nouveaux Riches, toutes deux extraites de son premier album solo. Solide.

Photo: Francis Vachon Le Devoir C'était l'une des plus grandes foules, sinon la plus grande, pour lesquelles Loud aura rappé.

À l’époque avec son ancien groupe Loud Lary Ajust, le rappeur distribuait allègrement les grooves plombés et taillés sur mesure pour les boîtes de nuits, du genre dont nous inondera Future plus tard. En solo cependant, ses rythmiques moins pesantes (ce n’est pas en soi une tare), son ton plus posé, forcent l’artiste à redoubler d’effort pour conquérir un si vaste parterre. Le talent du MC connaît alors ses limites entre les chansons, dans des enchaînements parfois longuets ; plus de conversation avec la foule ou avec son DJ Ajust sur scène, auraient comblé d’inutiles silences. Autre idée : pour un concert de cette envergure, pourquoi ne pas engager un MC faire-valoir (hype man) ?

On lui réservait une surprise à la mi-concert, lorsque son manager, accompagné de représentants de la SOCAN, lui ont remis une plaque soulignant la première position aux palmarès radiophoniques de la plus dansante de son répertoire, Toutes les femmes savent danser — la toute première chanson rap québécoise à atteindre la pole position. L’interprétation de celle-ci, juste après, a fait l’unanimité auprès des danseurs dans la foule, qui ont ensuite réservé leur plus bruyants applaudissements pour les Une année record et 56K en fin de concert.


Le clown de la soirée
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le rappeur américain Lil'Yachty

Ensuite, au tour du clown de la soirée, Lil’Yachty, qui a plus d’un tour dans son sac pour mettre le public dans la petite poche arrière de son pantalon de survêtement rouge assorti à ses tresses. Un clown ? Le sobriquet ne devrait pas le froisser, le rappeur en a fait sa marque de commerce sur la scène rap américaine — Yachty qualifie lui-même son style de « bubblegum trap », du trap-à-party boosté à l’EDM et aux sons de jeux vidéos.

On aimerait dire qu’il a déballé tous ses grands succès, la vérité est qu’il en a encore peu, et pour cause : à vingt ans seulement, sa carrière ne fait que débuter. Deux albums officiels déjà en autant d’années, de nombreuses collaborations avec des artistes aussi variés que Calvin Harris et Chance the Rapper. Sa performance fut joyeusement chaotique ; l’artiste apparaissait amorphe durant le premier tiers parce que, nous confia-t-il, il a dormi toute la journée, puis il s’est déchaîné comme un punk durant Pop Out (tirée du récent album Lil Boat 2), et sur le succès Peek a boo aux basses fréquences sismiques. Puis, las de sommer la foule de faire des mosh pits au parterre et de les garder dynamiques jusqu’à sa dernière chanson, il a entrepris, avec l’aide de ses adjoints, de distribuer au moins deux cents bouteilles d’eau au parterre pour faire son « Boat Test »… Lorsque les premières mesures de All In ont grondé, tout le monde s’est aspergé, ce fut la fontaine de Tourny version festivalière. Bref, un concert débile, tout croche, mais divertissant.


Future prévisible
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le rappeur américain Future

En comparaison, le rappeur Future a offert une performance beaucoup mieux rodée — et conséquemment prévisible. Un peu de spontanéité n’aurait pas fait de tort : lui aussi arrive avec une énergie sincère et une voix tranchante, mais c’était limite télégraphié. Par ailleurs, sa scénographie était beaucoup moins imposante qu’elle n’y paraissait : le jeu des projections sur grand écran captait toute l’attention, assemblage épileptique d’images qui flashent et de couleurs changeantes. Sur scène cependant, qu’un DJ, une espèce de tube en guise de décor, et quatre danseurs vêtus de blanc.

Il n’a pas traîné, le natif d’Atlanta : une vingtaine de chansons déballés en à peine une heure. La prosodie étonnamment fine, même sur scène — dommage qu’elle serve à rapper des textes si pauvres, ramassis de clichés rap… Ensuite, ce Future, pilier de la scène trap ayant eu l’occasionnel flair d’aller flirter du côté R & B/pop des palmarès, a lancé deux nouveaux projets ces dernières semaines (la bande originale du remake de Superfly et un mixtape tout chaud, Beast Mode 2), mais nous n’en avons rien entendu. Les fans n’ont pas été déçu, des succès, il en a à la pelle : Same Damn Time en ouverture, l’efficace enfilade de Rent Money et Draco (de l’album Future, 2017), l’imparable bombe Jumpman (duo avec Drake). Le public a particulièrement apprécié la brochette de hits servie à la toute fin, de Wicked aux excellentes Fuck Up Some Commas et Mask Off.


Tomber sous le charme
Photo: Francis Vachon Le Devoir L'auteure-compisitrice-interprète Lou-Adriane Cassidy

Cette bruyante soirée avait pourtant débuté paisiblement au parc de la Francophonie, qui présentait le concert Gainsbourg symphonique de Jane Birkin en tête d’affiche. Une partie du public avait traîné sa petite chaise pliante, exceptionnellement admise sur le site ce soir-là, et ceux-là d’entre eux qui étaient arrivés tôt pour avoir une place de choix ont eu le bonheur de découvrir Lou-Adriane Cassidy.

Finaliste aux dernières Francouvertes, la jeune auteure, compositrice et interprète originaire de Québec n’était pas peu fière de chanter en ces lieux emblématiques. En plein coeur du festival, le Pigeonnier était hier soir devenu une oasis de calme où la qualité d’écoute est optimale. Même lorsque les guitares du bel orchestre de Cassidy rugissent plus fort, notre attention demeure fixée sur la voix ferme et claire de la chanteuse, sur son assurance, sur les jolies formules de ses textes. On tombe sous le charme sans résister ; vivement la parution de son premier album.