Les ambassadeurs du reggae

Depuis dix ans, le CHX Soundsystem organise des soirées reggae à Québec, contribuant à favoriser l’expansion d’une scène reggae qui résonne jusque dans les radios alternatives. 
Photo: Francis Vachon Le Devoir Depuis dix ans, le CHX Soundsystem organise des soirées reggae à Québec, contribuant à favoriser l’expansion d’une scène reggae qui résonne jusque dans les radios alternatives. 

« C’est drôle, on dirait que les systèmes de son deviennent en général de plus en plus petits, alors que le nôtre devient de plus en plus gros ! » observe Julien Masia, alias Maz Selecta, un des fondateurs du CHX Soundsystem, le premier diffuseur de musiques jamaïcaines de Québec. Le collectif de DJ — dans la culture reggae, on les nomme plutôt « selectors » — qui se produira dimanche soir, au District Saint-Joseph, est également un puriste de cette tradition jamaïcaine des sound systems : non seulement la grande majorité du répertoire qu’il joue est fixé sur support vinyle, mais il le joue également sur son propre équipement audio.

Julien tient à être précis : il n’a pas construit pièce par pièce ses haut-parleurs. « On a préféré utiliser des caisses de son qui existaient déjà. Mais tout le reste, on l’a bâti : calibrer les basses fréquences, les mids, les hautes, en dénichant les bons amplificateurs, les bonnes composantes audio, mettre du temps à bien calibrer le son. On a mis presque six ans pour élaborer notre équipement audio ; ça donne une touche spéciale au son qu’on ne peut retrouver sur un kit normal. »

Le sound system à la jamaïcaine n’est pas qu’une question d’équipement ou de collection de vinyles. C’est une tradition remontant à presque vingt ans avant l’invention même du reggae : à une époque ou les gens n’avaient pas eux-mêmes de radios, les sounds s’installaient près des rum bars pour diffuser de la musique aux clients et aux voisins. L’idée de débarquer dans un endroit avec son propre équipement, ses propres selectors et deejays qui animent la soirée au microphone, donc avec sa personnalité musicale propre, s’est imposé comme une manière de vivre et de découvrir la musique ; d’abord en Jamaïque, puis auprès de la diaspora — on peut même lier les origines du hip-hop aux sound systems organisés par la communauté jamaïcaine à New York.

Ainsi, depuis dix ans déjà, le CHX Soundsystem organise des soirées reggae dans la capitale, contribuant à favoriser l’expansion d’une scène reggae qui résonne jusque dans les radios alternatives — c’est sans doute le fruit du hasard, mais on tombe très souvent sur du dancehall ou du reggae en syntonisant les fréquences de CHYZ et de CKRL. Surtout, il offre une plateforme de diffusion pour tous les artistes, chanteurs, musiciens, selectors de l’extérieur qui désirent rejoindre le public de la capitale.

« Restons humbles — je n’irais pas jusqu’à dire que nous sommes des incontournables de la scène reggae à Québec, mais c’est vrai qu’on essaie au maximum de faire venir les artistes reggae et dancehall de Montréal et du reste du Québec quand on joue, affirme Julien. Parce que la culture sound system, c’est un peu ça : faire la promotion du reggae, notamment en invitant les chanteurs d’ici ou d’ailleurs et leur permettre de profiter de notre son. »

Le Festival d’été de Québec a bien fait d’accorder une place dans son affiche à CHX Soundsystem, qui devra cependant s’accommoder de l’équipement audio du District Saint-Joseph, « un très bon système, quand même, assure Julien. Nous proposerons une formule assez classique : un set de près de trois heures qui passera à travers différents styles — peut-être un peu moins de roots reggae que d’habitude, et plus de reggae digital dansant et dancehall. On va aussi toujours un peu dans le dub britannique, mais cela dépendra de la réaction de la foule. »

CHX Soundsystem

Dimanche, District Saint-Joseph, 23 h 30