35e Festival de la chanson de Tadoussac: concentré d’éclectisme

Spectacle à la pointe de l'islet, avec le fjord du Saguenay en toile de fond
Photo: Philippe Ruel Spectacle à la pointe de l'islet, avec le fjord du Saguenay en toile de fond

Le flambeau a visiblement été passé avec succès à la direction du Festival de la chanson de Tadoussac, qui fêtait cette année ses 35 ans avec un nouveau directeur et une programmation éclectique au possible, de jour comme de nuit, et résolument ouverte sur la francophonie internationale.

« Notre premier sentiment sur cette 35e édition est la fierté. Nous sommes fiers du public, fidèle et à l’écoute, avide de découvertes et résistant aux écarts de température. Les sourires, les mains levées, l’enthousiasme sont notre récompense pour tous les efforts déployés », laisse tomber le directeur général, Julien Pinardon, au moment de faire le bilan de sa première édition à la tête du festival de la Côte-Nord.

Celui qui a succédé à Charles Breton, devenu maire de Tadoussac après plus de 20 ans comme directeur du festival, insiste d’ailleurs sur le souhait de l’organisation de développer le créneau d’ouverture à la francophonie internationale dans la programmation des quatre jours de spectacles.

On l’a constaté cette année avec une poignée de belles découvertes, dont le power trio de la Guadeloupe, Delgrès, appuyé sur un blues solide. Même premier contact intéressant avec le Français Erwan Pinard, dont la voix et les textes ne peuvent que rappeler le défunt Alain Bashung.

Retour à la maison

C’était aussi année de retour attendu pour Les Hay Babies, qui avaient charmé tout un chacun il y a à peine cinq ans sur la promenade de la baie de Tadoussac. En formule plein groupe, leur son a pris depuis beaucoup de tonus, mais le public aurait apprécié plus qu’une courte prestation d’à peine une heure.

À l’opposé, les festivaliers ont eu droit à deux spectacles généreux, franchement bien ficelés et entraînants de la part d’Émile Bilodeau. À seulement 22 ans, il passait cette fin de semaine le cap des 100 spectacles de sa tournée. C’était d’ailleurs « un retour à la maison », disait-il sur scène, pour son succès J’en ai plein mon cass, composé il y a quatre ans à Tadoussac, dans le cadre des Chemins d’écriture offerts pour des artistes de la relève.

En plus de la grande place à la relève, cette édition du Festival de la chanson alignait une belle série de valeurs sûres sur la scène de l’église du village. On salue le rendez-vous quasi monastique, tout en recueillement, avec la poésie de Tire le Coyote samedi. Tout juste avant, la scène appartenait à Klô Pelgag, qui a même offert une prestation des Ferrofluides-fleurs en tenant dans ses bras un bébé tendu par une spectatrice.

Photo: Philippe Ruel Qualité Motel a présenté un spectacle qui s'est étiré jusqu'à 3 heures du matin.

De Jean-Pierre Ferland à Qualité Motel

Contraste de générations de valeurs sûres, le vendredi, alors que Jean-Pierre Ferland a présenté un court « show caché » à une centaine de spectateurs invités dans la magnifique église anglicane de Tadoussac, avant son tour de chant à l’église, en lever de rideau d’une soirée qui s’est bouclée tout en énergie avec Marjo.

Pour les plus endurcis, et ils sont nombreux chaque année à Tadoussac, la fête s’est poursuivie soir après soir, particulièrement au son des Valaire, de leur formule électro Qualité Motel, d’un Keith Kouna punk au possible et de Mononc’ Serge, malgré les blessures dans son trio.

Sur le bord de ce climatiseur naturel qu’est l’estuaire du Saint-Laurent, la météo s’est heureusement montrée, pour l’essentiel, relativement clémente de jeudi à dimanche. Une bonne nouvelle pour la formule des quelques pièces offertes sur le sentier de la Pointe de l’Islet, avec le fjord du Saguenay en toile de fond.

Moment unique aussi pour le spectacle de l’Anse à la barque, avec le folk de Nulle part nord, livré… à bord d’un zodiac. Peut-être qu’on remettra cela l’an prochain, toujours à la fin juin. Et les artistes répondront encore « présents ». « Tous les artistes qui sont passés ici en ont gardé de bons souvenirs », résumait d’ailleurs le chanteur des Trois Accords, Simon Proulx, avant le spectacle du groupe en ouverture de festival.