Festival de la chanson de Tadoussac: le retour à l’église

Jean-Pierre Ferland à l'église anglicane de Tadoussac
Photo: Jay Kearney Jean-Pierre Ferland à l'église anglicane de Tadoussac

Il faisait exceptionnellement très chaud pour le coup d’envoi de cette 35e édition du Festival de la chanson de Tadoussac. Et ce rendez-vous avec l’exception aura aussi été l’occasion de marquer de belle façon l’unicité de l’événement, qui présente cette année une programmation bigarrée à souhait, voire déroutante.

Même si le festival de la Côte-Nord tarde toujours, à certains égards, à prendre ses aises dans le décor naturel des lieux, il a su s’approprier au fil des ans des sites emblématiques du village, au-delà de la beauté du fjord du Saguenay et du Saint-Laurent tout près.

Il l’a d’ailleurs prouvé de belle façon vendredi en offrant, en formule « show caché », une courte prestation de Jean-Pierre Ferland dans l’église anglicane de Tadoussac. Véritable joyau patrimonial, la petite église de la communauté anglophone de Tadoussac, construite en 1866, se prêtait tout à fait à ce tour de chant intimiste, offert à une centaine de personnes.

Après Le petit roi et La musique, le monument Ferland a lui-même vanté la beauté des lieux. L’artiste, qui a accepté d’offrir deux spectacles vendredi, a aussi rappelé au Devoir son amour du métier, pour expliquer son besoin de monter sur scène, même à 84 ans.

« C’est un métier qu’on fait pour être aimé. On ne peut pas dire aux gens, qui nous ont aimés pour une bonne partie de notre vie, qu’on ne les aime plus et qu’on s’en va. Ça ne se fait pas. Et c’est plate à mort être tout seul, quand on est habitué de chanter, d’écrire et de groover. Je ne suis pas rendu au moment de rester chez moi, avec ma pension. Et je n’ai pas peur de mourir, tant que je peux me dire que j’ai réussi », a-t-il fait valoir, avant son « show caché ».

Marjo énergique

Photo: Jay Kearney  Marjo à l'église du village

Pour le rendez-vous avec les valeurs sûres parmi les valeurs sûres, il fallait aussi être à l’église du village vendredi soir, pour le spectacle de Marjo. Prestation énergique de bout en bout, pour un public qu’elle a su charmer en quelques secondes d’Illégale.

Même accueil enthousiaste la veille pour Les Trois Accords, qui ont ouvert le festival cette année. En conférence de presse avant leur spectacle, ils saluaient d’ailleurs le tour de force de maintenir, en région, un tel festival année après année.

Les Trois Accords, qui ont eux-mêmes lancé le Festival de la poutine de Drummondville il y a de cela 11 ans, estiment aussi que la multiplication des rendez-vous musicaux au Québec témoigne d’une scène musicale en santé. « C’est une bonne nouvelle qu’il y ait de plus en plus de festivals au Québec. C’est difficile de lancer un événement. Il faut travailler très fort. Donc, c’est intéressant qu’il y ait un public pour la musique rock francophone », a fait valoir le batteur du groupe, Charles Dubreuil.

Opinion partagée par l’ancien directeur du Festival de la chanson de Tadoussac, Charles Breton, qui a reçu jeudi la Médaille de l’Assemblée nationale pour son implication de plus de 20 ans dans le festival.

« C’est très difficile de maintenir un festival année après année. C’est une énorme pression. Il faut avoir les moyens financiers, qui ne sont jamais assez grands, choisir les bons artistes, espérer la bonne météo, etc. Et tout cela dans un petit village. Mais c’est très emballant d’aider la culture à rayonner, notamment les jeunes artistes qui sont émergents, qui ne sont pas du tout connus aujourd’hui, mais qui vont gagner des prix comme celui de Révélation de l’année à l’ADISQ dans quelques années », a souligné M. Breton, devenu l’automne dernier le maire de Tadoussac.

Nuitée électro à venir

Au rayon des artistes inconnus ou méconnus, le festival offre en effet, comme à chaque année, une généreuse récolte de belles découvertes. Difficile de résister au groove invitant du Winston Band, qui distribuait au passage de l’alcool artisanal des îles de la Madeleine, la bagasse, et des grillons rôtis.

La fête se poursuivait encore au milieu de la nuit, tandis que Valaire complétait son premier spectacle de la fin de semaine, avant de promettre une autre nuitée électro samedi, dans la formule Qualité Motel.

Sous un soleil de plomb, on a aussi succombé à Delgrès, trio de blues de la Guadeloupe qui rappelle à la fois John Lee Hooker et les Black Keys. Et ça se poursuit, maintenant sous la pluie, jusqu’à dimanche soir, avec notamment Klô Pelgag, Keith Kouna, Les Hay Babies et Tire le coyote.