Le salut remarquable à Bill Evans

Le super-groupe formé de Frank Lozano, Michel Donato, François Bourassa et Pierre Tanguay lancera le 5 juillet au Upstairs l’album «Re: Bill Evans».
Photo: Richard Max Tremblay Le super-groupe formé de Frank Lozano, Michel Donato, François Bourassa et Pierre Tanguay lancera le 5 juillet au Upstairs l’album «Re: Bill Evans».

On est content pour eux, voire très content. Car ça marche. Fort bien d’ailleurs. Eux ? Ils sont quatre et s’appellent Michel Donato à la contrebasse, François Bourassa au piano, Pierre Tanguay à la batterie et Frank Lozano aux saxophones. Ça marche parce qu’à l’origine il y a eu une excellente idée : explorer, détailler l’univers parfois sombre, parfois lyrique, parfois romanesque du pianiste le plus troublé de l’histoire : Bill Evans.

Il y a sept ans de cela, cette formation, qui est dans les faits un super-groupe, avait publié Autour de Bill Evans sur étiquette Effendi. Aujourd’hui, elle propose Re : Bill Evans, qu’elle va lancer le 5 juillet au Upstairs. On tient à souligner d’emblée que ce deuxième album est plus qu’un simple hommage. Il est exploration fine, minutieuse et parfois très originale de l’oeuvre du pianiste. Bref, cet album est une formidable appropriation.

Tout a commencé avec Donato. En fait, et ainsi que l’a confié Tanguay, le batteur au jeu très policé, donc rare, « Michel ayant joué avec Evans et Philly Joe Jones, nous nous sommes dit que nous avions là un lien direct avec Evans. Un des derniers d’ailleurs. Alors, on s’est dit : “Let’s go, on fait du Evans.” » On se souvient fort bien de ce spectacle, parce que c’était un 31 décembre, dans les années 1970, au Soleil levant alias le Rising Sun. Ce fut d’ailleurs la seule fois qu’Evans se produisit à Montréal au cours de cette décennie. Donato avait alors remplacé Eddie Gomez.

Ils ont d’abord touillé les notes à trois, « puis nous avons fait appel à François. Nous avions envie de faire un beau projet. Quelque chose de classique. On voulait développer une forme pure du jazz ».

Ils y sont parvenus dès la production d’Autour de Bill Evans. Ce qu’il y a d’étonnant, on osera dire de fabuleux, avec ce disque se résume comme suit : ça coule. Jamais, jamais, on ne sent le travail. Jamais les musiciens ne forcent le trait. En d’autres mots, c’est limpide, donc exemplaire.

S’il en fut ainsi et s’il en est toujours ainsi avec Re : Bill Evans, c’est probablement parce que Tanguay et ses amis ont eu l’intelligence de poursuivre cette aventure à quatre et non à trois. On s’explique. Du vivant d’Evans, les albums réalisés sous son nom le furent à trois. Très rarement à quatre. On se souvient qu’une fois Evans avait fait appel aux saxophonistes Lee Konitz et Warne Marsh, sur un nombre restreint de morceaux, mais c’est la seule fois ou presque.

La présence de Lozano, un saxophoniste au jeu incisif, injecte à l’ensemble la dose d’aventure qu’il faut pour éviter le piège de la copie conforme. On a l’impression qu’elle libère Bourassa. Tanguay : « Frank travaille de façon classique. Il est tellement habité par le jazz, l’esprit du jazz. C’est un gentleman dans le style et dans la vie. »

Cela étant, reste à insister sur la… manière ! La manière de faire, de produire, d’accomplir. « Nous choisissons les pièces à quatre. Nous faisons les arrangements. On produit à quatre. » Outre le jeu tout en finesse de la formation, il faut souligner qu’aux pièces très identifiées à Bill Evans, comme You Must Believe in Spring, nos amis ont greffé des morceaux plus rarement joués, comme Washington Twist ou Elsa.

Après la sortie d’Autour de Bill Evans, cette formation liée organiquement à Evans s’est produite en Europe, aux États-Unis et bien évidemment au Canada. Avec la sortie de ce bijou qu’est Re : Bill Evans, le groupe mérite de faire un « truc » à la Bob Dylan, soit un Never Ending Tour, ou une tournée qui ne finit jamais.

Lancement de l'album au Upstairs, le 5 juillet à 19h et à 21h45