Juliette Armanet, notre nouvelle grande amie

Pas de manque d’amour ce jeudi soir pour Juliette Armanet. Il n’y a rien d’autre que des gens conquis à L’Astral rempli.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pas de manque d’amour ce jeudi soir pour Juliette Armanet. Il n’y a rien d’autre que des gens conquis à L’Astral rempli.

Elle surgit comme d’une boîte, d’un grand saut. Son ensemble veston-pantalon lamé argent miroite, mais pas autant que son sourire. « Salut ! Je suis morte de trouille, c’est la première fois que je joue ici au Québec… Vous allez chanter avec moi ? » Tout le monde chante Manque d’amour avec elle. Pas de manque d’amour ce jeudi soir pour Juliette Armanet. Il n’y a rien d’autre que des gens conquis à L’Astral rempli. Eh ! À 625 billets vendus, on est à ça d’appeler les pompiers. À se demander s’il n’aurait pas fallu chercher plus grand, comme pour Eddy de Pretto, d’abord programmé dans la petite salle de la Maison du jazz puis transféré au MTelus (qu’il a rempli, le temps de chausser ses baskets). Mesurons, en cela, notre chance : c’est la seule fois que l’on verra de si près la chanteuse décidément tout aussi montante ici que dans l’Europe francophone.

On en profite, oh qu’on en profite. Tout Petite amie, le premier album, est si familier : on l’a eu un an après sa sortie, mais les chansons avaient traversé bien avant. Il n’y a qu’à entendre cette salle entonner L’Indien avec elle. La chanson, à la fois ballade et pimpant disco (il y a deux parties), rappelle le meilleur de France Gall au temps d’Il jouait du piano debout. À cela près que l’interprète est aussi l’auteure et la compositrice. Et une naturelle de la scène : elle prend le temps de faire connaissance, s’agenouille, serre des mains, et bondit à nouveau !

Star triste, tiens, me fait penser à Hong Kong Star, succès de France Gall avec Michel Berger au milieu des années 1980. Je le précise sans ambages : Juliette Armanet se réclame elle-même de cette sorte de chanson pop à la fois pertinente et dynamique. Ça manquait dans le paysage, une héritière rassembleuse, épatante, assumant joyeusement le centre de la scène.

Il faut voir comment elle se dépose après cette séquence dansante, et impose totalement l’attention pour L’amour en solitaire, l’une de ses nombreuses chansons d'« amours malheureuses », comme disait Françoise Hardy en la décrivant pour Le Devoir. On y plonge carrément avec L’accident. « Cette chanson absolument bouleversante, j’aurais dû l’enregistrer », confiait la même Françoise. C’est très bien aussi quand Juliette nous la donne.

Contact établi

Nous vivons à L’Astral une première rencontre d’une rare intensité. Pas gênée, elle invite un Alexandre sur scène pour la chanson intitulée Alexandre. Le gars n’est pas gêné non plus. « Vous êtes tous comme ça ici ? » Le moment est craquant. Elle est craquante : à la fin, elle le jette sur les planches… « Sacré personnage », commente-t-elle. Et réciproquement. De ballade en ballade, voilà Sous la pluie, chantée dans le haut registre, presque à bout de voix. Captivante Juliette Armanet.

Pour À la folie, on tasse le piano : la chanteuse a besoin d’espace, d’une scène à occuper complètement. Ce qu’elle fait, en même temps très pro et très spontanée. Elle a des poses, elle a des élans. Les moments dansants — l’arrangement de Loulou est très… Grace Jones ! — et les moments d’épanchements se succèdent sans rupture de ton : c’est la même Juliette qui se démène et narre ses peines. De toutes les manières, elle déménage, remue, secoue. Un samedi soir dans l’histoire, frénétiquement disco n’est pas moins son monde que la triste et belle Adieu tchin tchin. Pour reprendre une expression très Johnny Hallyday dans le genre, elle donne tout. On s’en doutait. Maintenant, on sait à quel point. Et on en redemande. « Juliette ! Juliette ! Juliette ! » scande L’Astral devenu MTelus, à en juger par le volume des acclamations. « Merci beaucoup, en tout cas… » Des cris fusent. « Alexandre ? Calme-toi ! » Vivement la revoyure, nouvelle grande amie.

Peu à faire avec Gaël Faure

On aura vite fait le tour de Gaël Faure et de sa chanson pop sans grand relief, en première partie. Malgré tous ces fins ciseleurs de rimes qui lui fournissent du fait main — autour de lui s’activent les fistons Souchon (Ours et Pierre), Bastien Lallemant, Piers Faccini, Raphaële Lannadère, Benoît Dorémus —, on ne retenait pas grand-chose. La responsabilité ne peut être imputée qu’au chanteur-compositeur : voix morne, mots mâchouillés, riffs génériques, mélodies toutes semblables et ne menant à aucun refrain mémorable, ça lassait fatalement. Que pouvaient ses trois compétents musiciens pour rehausser tout ça ? La plus saine énergie conjuguée ne peut inventer des airs là où il n’y a que du vent. Serait-ce meilleur vendredi à 19 h sur la grande scène de la place des Festivals ? Merci pour l’avertissement. Nous serons quelques centaines à ne pas aller vérifier.