Le groupe rap LaF au coeur de sa propre réinvention

«C’est un français qui nous appartient, qui est plein de slang, mais un slang qui est de notre gang», affirme Thomas Thivierge (au bout à gauche) au sujet de la musique de LaF.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «C’est un français qui nous appartient, qui est plein de slang, mais un slang qui est de notre gang», affirme Thomas Thivierge (au bout à gauche) au sujet de la musique de LaF.

Actifs depuis 2015, les six membres du groupe rap LaF sont déjà en train de redéfinir leur formation, de repenser leur approche de la musique. C’est probablement le meilleur moment de le faire pour les trois rappeurs et les trois beatmakers, entre leur victoire lors des dernières Francouvertes et avant la parution à la fin de l’été d’un nouvel EP.

Le groupe, dont les membres dans la mi-vingtaine ont déjà à leur actif un disque complet et un mini-album, commence son été aux Francos de Montréal vendredi soir, mais prendra ensuite la route pour plusieurs spectacles au Québec, dont certains sont le fruit de prix obtenus grâce aux prestations dynamiques du groupe lors des trois rondes des Francouvertes, concours musical de la relève.

Le Devoir a rencontré deux membres de LaF — le diminutif de La Famille —, le MC Thomas Thivierge, alias Mantisse, et Julien Bergeron, BLVDR de son nom de DJ, pour parler de leur musique rap actuelle mais poreuse à plusieurs influences.

Pour vos premières pièces, vous aviez pas mal créé le tout chacun de votre côté en quelque sorte. Vous aviez envie de changer de procédé pour la suite ?

Thomas : On a décidé de travailler davantage en groupe, en prenant des blocs de trois ou quatre jours de retraite pour travailler tout le monde ensemble, devant l’ordi et aussi un peu plus avec des instruments de musique, des synthétiseurs. Et ça change la donne pas mal, la dynamique d’équipe est aussi meilleure, parce qu’il y a une cohésion, on a des buts qui convergent.

Mais comment peut-on créer de bons rythmes à trois DJ ? C’est un bon défi…

Julien : En plus, on a chacun notre propre logiciel, à un certain point il faut faire le pont, il faut même trouver la manière de s’envoyer des fichiers. Et on a chacun notre niveau d’aisance et de théorie musicale. Jusqu’à un certain point il faut qu’on trouve un terrain d’entente. Mais c’est surtout quand on est tous dans la même pièce que la magie se forme et qu’on réussit à jammer sur des idées qu’un des trois a déjà entamé.

Ce prochain EP sur lequel vous travaillez, il sonnera comment, donc ?

Thomas : On a la satisfaction d’un produit qui nous ressemble vraiment. C’est pas du Alaclair Ensemble, mais c’est très montréalais, c’est très québécois. C’est un français qui nous appartient, qui est plein de slang, mais un slang qui est de notre gang. C’est aussi un projet plus sérieux selon moi, moins éclaté que [le dernier EP] Jello, mais qui garde un peu l’aspect introspectif de [l’album complet] Monsieur Madame.

Julien : mais il y a une belle saveur été quand même, je pense qu’on touche aux deux polarités. Mais je pense que malgré nous, on est victimes de la mondialisation en termes de musique. Les réseaux sociaux, Soundcloud, ces plateformes-là, ça donne accès à de la musique d’ailleurs tellement plus rapidement qu’on peut s’inspirer et s’influencer plus facilement.

LaF prend une approche plus melting-pot, quoi ?

Thomas : On n’est peut-être pas des gens juste rap dans le fond. Moi, j’ai commencé beaucoup avec le rock, le punk, le reggae, de la musique électronique. D’autres membres [sont plus proches] de la musique du monde, ou de la musique québécoise en général, les Daniel Bélanger de ce monde. On aspire, je crois, à s’émanciper le plus possible de l’identité rap, ou rap québécois.

Il y a d’ailleurs deux de vos membres, les frères Thibault et Maxime De Castelbajac qui sont des minorités audibles, des Français installés à Montréal.

Julien : Jah Maaz [Thibault], qui est MC dans LaF, il amène sa saveur et son univers, et c’est une force. Pour le mieux, s’il peut nous ouvrir à un autre public, ça serait le fun, d’autant qu’on voit une belle effervescence du rap d’ici en France en ce moment. Mais il se greffe super bien dans la culture québécoise.

Vous avez des artistes modèles pour le développement de votre carrière ?

Thomas : Je pense au Français Lomepal, il a vraiment pris un personnage frivole, mais il est en voie de devenir un semi-chansonnier. Même si ses instrumentales restent très rap, il prend une posture où il est plus dans le chanté ou le phrasé à la Jacques Brel.

Julien : Moi j’aime bien Pharrell Williams. Ce gars-là a compris que toutes les formes d’art s’interrelient et que ça ne s’arrête pas juste à la musique.

Thomas : Ouais, Pharrell, avec Kanye West et Kid Cudi.

Julien : Wô tu name drop ! Ça va tellement être dans l’article !

Thomas : Mais c’est leur idée d’être acteur social à travers la musique, avec une vision plus globale.

Aux Francouvertes, en plus de la bourse de 10 000 $, vous avez reçu une quinzaine de prix. Ça donne un gros coup de main ?

Thomas : On est en train de se monter un horaire pour la prochaine année. C’est un peu comme un joker ces prix-là. Les projets, on les aurait faits d’une manière ou d’une autre, mais là on a des petites cartes à déposer qui permettent d’alléger notre travail, ou du moins le financement de ces choses-là. C’est une belle poussée vers l’avant.

LaF est en concert gratuit vendredi, 20 h, à l’angle Sainte-Catherine et Jeanne-Mance.