Al Muirhead, l’ancêtre du jazz «Canadian»

À 79 ans, quand la maison de disques Chronograph, de Calgary, lui a demandé s’il voulait enregistrer un album sous son nom, Al Muirhead s’est dit: «Pourquoi pas?»
Photo: Chronograph Records À 79 ans, quand la maison de disques Chronograph, de Calgary, lui a demandé s’il voulait enregistrer un album sous son nom, Al Muirhead s’est dit: «Pourquoi pas?»

Al Muirhead est un maître de la trompette traditionnelle et de la basse, celle qui se distingue par le velouté de sa sonorité. Il a 82 ans, Al, et il habite Calgary. Il est donc un ancêtre sans être un vieux de la vieille. Il est surtout un cas d’espèce qui, on vous le confie d’emblée, sera à la tête d’un super groupe de musiciens Canadians le 2 juillet à 18 h dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal (FIJM).

Il y a encore un mois, de lui on ne connaissait rien. Du Canada, en fait surtout de l’Ontario et de la Colombie-Britannique, on avait écouté et on aime encore et toujours Fraser MacPherson, Ed Bickert, P. J. Perry, Cory Weeds, Mike Murley, Neil Swanson, Dave Young, Wray Downes, Kirk McDonald, Kelly Jefferson, Jon Ballantyne, Bob McDonnell et quelques autres. Mais Muirhead, on le répète, était rangé à la rubrique « Inconnu au bataillon ».

Puis voilà que la maison de disques Chronograph Records de Calgary nous a fait entendre les albums qu’il a enregistrés pour la première fois sous son nom au cours des trois dernières années. Résultat ? Pour dire les choses platement, on est tombé en bas de notre chaise. Alors, on a appelé ce diable d’homme, qui en trois albums et trois seulement raconte l’histoire de standards en général et du be-bop en particulier. Bref, Al Muirhead, c’est la version Canadian du jazz made in USA.

« Avant tout, je dois vous dire que, si je n’ai pas enregistré d’albums sous mon nom avant ces trois-là, c’est que je ne me suis jamais senti comme une grande vedette de jazz. J’ai été dans le métier pendant des années et des années, voire des décennies, puis voilà qu’à 79 ans la maison de disques Chronograph m’a demandé si je voulais enregistrer un album sous mon nom. Je me suis dit : pourquoi pas ? »

Ce premier disque, intitulé à juste titre It’s About Time,fut réalisé avec deux « vieux amis, le saxophoniste alto P. J. Perry et le pianiste Tommy Banks, et des plus jeunes. Ce qui m’a agréablement surpris, c’est qu’il fut en nomination pour un Juno comme meilleur disque jazz de l’année ».

Avec It’s About Time, Muirhead amorçait une aventure singulière : proposer une combinaison de standards et des morceaux emblématiques du bop. En d’autres mots, les classiques Pennies from Heaven ou Stardust alternent avec Night in Tunisia, Joy Spring ou All Blues.

Puis, il y eut Oop !, ainsi que le surnomment ses copains musiciens, qui, en ce qui nous concerne, est un bijou, « a masterpiece », comme disent nos amis anglos. La plupart des pièces ont été enregistrées à trois, Al, Banks et Perry, cinq le furent en duo, le pianiste et le trompettiste. À l’instar de It’s About Time, le programme allie classiques et be-bop, But Not for Me de Gershwin et A Child Is Born de Thad Jones.

Ensuite, un troisième album a paru, qui rassemble la fine fleur de Toronto et de l’Ouest : Banks et Chris Andrew au piano, Reg Schwager et Mike Rudd à la guitare, Mike Murley et Campbell Ryga aux saxos, Don Thompson et Kodi Hutchinson à la contrebasse et Laila Biali au chant sur deux thèmes. Intitulée Northern Adventures, cette production se caractérise des autres par la place accordée aux standards. Ici, il n’y a pas de combinaison.

À travers ces trois productions se dessine une profonde affection de Muirhead et de ses complices pour le grand livre du jazz. On s’explique : ils ne jouent pas contre, mais au service de la musique. Chose certaine, entre tous ces messieurs existe une connivence qui fait de chacun de ces albums un exemple à suivre !

Par leur connivence, ces albums font beaucoup penser à la série qu’avait enregistrée le saxophoniste Scott Hamilton avec le trompettiste Ruby Braff, non ? « Oui, j’aime bien Braff. Vous savez, je suis autodidacte. Cette complicité dont vous parlez… Au Canada, le marché étant ce qu’il est, les musiciens doivent jouer beaucoup et partout. Ils doivent tout faire : les cirques, les salons d’auto, les mariages, les parades militaires, les symphonies, les variétés et, bien évidemment, du studio… Moi, j’ai fait tout ça, accompagner Frank Mills au Japon, enregistrer au bénéfice d’Ann Murray… Mais bon, l’essentiel est d’avoir développé son propre style. »

Al Muirhead au FIJM

Le 2 juillet, Al Muirhead sera accompagné de Kelly Jefferson au ténor, de Reg Schwager à la guitare, de Neil Swanson à la contrebasse et de Ted Warren à la batterie. À 18 h à la scène de la Place TD.