Transposer le personnage

Sans rien enlever à l’expérience des Frères Goyette, le chanteur Simon Laganière dit apprécier le fait de composer avec de nouveaux musiciens.
Photo: Sarah Fortin Sans rien enlever à l’expérience des Frères Goyette, le chanteur Simon Laganière dit apprécier le fait de composer avec de nouveaux musiciens.

Mario Goyette, chanteur du très rural orchestre les Frères Goyette, n’est plus. Ou enfin, il a pris une petite pause pour laisser la chance à son alter ego, Simon Laganière, de faire paraître plus tôt cette année un premier album solo, sur lequel évoluent des bums doués pour la dérape. Le Devoir a parlé avec le chanteur quelques jours avant sa montée sur scène dans le cadre des Francos.

Simon Laganière ne peut visiblement pas se passer de protagonistes. Après avoir incarné le moustachu chanteur et guitariste Mario Goyette au sein du groupe fraternel du même patronyme, il dévoile son « moi », sans pseudonyme. Mais c’est dans ses chansons que vivent des personnages. Une belle bande de patenteux (inspiration, Sylvain Goyette ?) et experts en petite criminalité peuple les neuf chansons de Samedi soir de semaine, lancé en mars.

« C’est une bonne question, d’où ils me viennent ces personnages-là, réfléchit Simon Laganière, joint par téléphone à sa demeure de Champlain en Mauricie. C’est souvent des lieux qui vont m’inspirer. La chanson Couper vers le nord, ça m’est venu pendant une tempête de neige, je regardais le guichet automatique, pis je sais pas, j’ai imaginé une histoire dans laquelle quelqu’un le braquerait en traîneau à chiens… »

Car si Simon Laganière a abandonné le personnage comme mode d’expression, il se met dans la peau de tous ces « beaux losers » en relatant au je ces mésaventures de salaires minimums et de centres de table en feu. « Je crois que j’ai toujours aimé les personnages un peu poches, du genre [de ceux des] frères Coen. Ceux qui se retrouvent toujours dans le trouble. »

Quand on lui demande s’il aurait pu écrire à partir de ces attachants bozos un recueil de nouvelles, Laganière, rit avec humilité. « Un jour, oui, peut-être ! Deux amis m’ont aussi fait la remarque récemment ! C’est à mi-parcours, en enregistrant l’album, que je me suis rendu compte que j’écrivais comme ça, qu’il y avait des liens entre les tounes. Même qu’à un moment donné, à la blague on disait que l’album était pas un opéra-rock, parce que c’est pas super rock, mais un opéra-jazz, mettons ! »

Avec Matthieu Beaumont (Tricot Machine) à la réalisation et Julien Mineau (Malajube) au mixage, Samedi soir de semaine est touffu de plusieurs couches, celles des différents artisans qui y ont posé leur griffe. Banjo et guitares traditionnelles folk s’accompagnent d’une ambiance vaporeuse faite de synthés et de guitares électriques fuzzées à gros traits. C’est entre le rêve et la réalité banale, comme une sorte de réalisme magique. On pense à un croisement entre Patrick Watson et Carl-Éric Hudon.

« J’apprends quand même pas mal avec cette nouvelle équipe qui m’entoure, commente Laganière. Les gens avec qui je joue sont des super musiciens de jazz. Quand tu composes avec une nouvelle gang, le son change, chacun ajoute sa touche. Ça n’enlève rien à ce qu’on a fait avec les Frères Goyette pis à l’esprit de gang du groupe, mais c’est toujours le fun de sortir de ses vieilles pantoufles pis de se réapprivoiser, d’une certaine manière. »

S’incarner sur scène

Outre la soirée de lancement lors de la sortie de l’album, le concert qu’il présentera aux Francos vendredi est la première sortie publique de Simon Laganière en tant que Simon Laganière. « Au début, j’ai hyperventilé un peu, blague le principal intéressé. J’aurais pensé que mon stock serait rodé un peu plus avant de monter sur la scène des Francos, mais on a bien répété avec les musiciens et j’ai rapidement vu que la chimie était là. »

Cette réaction nerveuse peut-elle être un peu attribuée au fait d’être cette fois soi-même sur scène, sans la moustache et la casquette de Mario ? « C’est certain que si tu dis quelque chose de pas drôle, les gens vont juste l’attribuer à toi, tu ne peux pas te cacher derrière le personnage. Mais je crois que ça va être plaisant, je vais certainement puiser dans mon expérience avec les Frères Goyette pour raconter un peu des histoires sur scène, mettre en contexte ce que je raconte dans les tounes. Et là, ce que je dis, c’est-tu vrai, c’est-tu pas vrai ? Ça fait partie du fun aussi de se donner ces latitudes-là ».

Simon Laganière

Vendredi, 17 h, à l’angle des rues De Bleury et Sainte-Catherine, gratuit.