Emmet Cohen, le pianiste au service des autres

Emmet Cohen est obsédé par la transmission des connaissances entre générations.
Photo: Cellar Live Emmet Cohen est obsédé par la transmission des connaissances entre générations.

Emmet Cohen est un pianiste américain de 28 ans qui se singularise par une virtuosité qui n’est pas sans rappeler celle qui distingua en leur temps Oscar Peterson, Art Tatum, Bud Powell ou Elmo Hope. En d’autres mots, et non les gros évidemment, il est expansif là où les pianistes d’ECM et d’autres maisons de disques sont économes. Bref, Cohen ne boude ni son plaisir ni le nôtre.

Au cours d’un entretien, cet homme, qui accompagnera au Upstairs les saxophonistes Houston Person et Benny Golson ainsi que la chanteuse Veronica Swift durant le prochain Festival de jazz, a confié qu’il cultivait une admiration profonde pour les anciens. Il est obsédé par la transmission des connaissances entre générations.

Là où bien des jeunes crient à hue et à dia pour prendre la place des vieux, Cohen s’emploie au contraire à la leur redonner. « Chez moi, cela relève de la fidélité la plus marquée qui soit. La véritable éducation vient de la fréquentation de gens comme Benny Golson, qui est un véritable héros pour moi. On a tous besoin de mentors. »

Cette soif pour les savoirs confectionnés et entretenus par les anciens l’a amené à poursuivre une aventure particulière et aux résultats méritant la mention « À écouter sans faute ». Voilà : il y a quelques années, le saxophoniste Cory Weeds de Vancouver, qui est aussi le fondateur de la meilleure étiquette jazz qui soit de ce côté-ci de la frontière, soit Cellar Live, a demandé à Cohen s’il voulait enregistrer un album. « Après y avoir réfléchi, je lui ai proposé de faire une série de disques avec des maîtres du jazz. D’où le titre “Masters Legacy Series”. »

Le premier de la série en question, d’ailleurs remarquable, a été fait avec Jimmy Cobb, le batteur de Miles Davis, de Nat Adderley et de quantité d’autres. « Pour le deuxième, j’ai demandé à Ron Carter. Ensuite, nous avons enregistré avec le saxophoniste George Coleman, le batteur Tootie Heath et Benny Golson. Je l’ai accompagné à plusieurs reprises au Jazz Standard. Il apprécie mon jeu. Ces productions devraient sortir au cours des prochains mois. »

Outre ces enregistrements, l’obsession évoquée plus haut lui a permis de jouer avec Jimmy Heath, Billy Hart, Kurt Elling, Bryan Lynch et beaucoup d’autres en plus d’être membre des trios Tip City du contrebassiste Christian McBride, du batteur Ali Jackson, du quartet Herlin Riley, et d’avoir joué plusieurs fois avec Houston Person. « Je le connais depuis pas mal de temps. Je le vois le plus souvent possible. On apprend beaucoup à ses côtés. »

L’homme étant bardé de diplômes, notamment de la Manhattan School of Music, il enseigne ici et là, entre autres au Lincoln Center de New York. « Je suis un travailleur acharné. Je planche sur divers projets car, fondamentalement, ce que j’aime le plus, c’est apporter la musique aux gens. »

Fondamentalement, Emmet Cohen, 28 ans, reste un pianiste virtuose sans l’esbroufe, sans les effets de manche. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter Emmet Cohen Featuring Jimmy Cobb sur Cellar Live.

En spectacle cette semaine

Belle affiche samedi soir au Upstairs : le vétéran pianiste Jeff Johnston sera à la tête d’un quintet formé de l’excellent Kevin Dean à la trompette, de Christine Jensen au saxophone alto, du solide Dave Watts à la contrebasse et du tout aussi excellent Dave Laing à la batterie. Prix du billet : 15 $ pour le spectacle qui commence à 20 h 30, 10 $ pour celui de 22 h 15.