Normal, pas banal et complètement Eddy de Pretto

Ce qu’il sait, le jeune homme de 25 ans, ce dont il est certain depuis l’adolescence, c’est la nécessité de trouver un mode d’expression.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Ce qu’il sait, le jeune homme de 25 ans, ce dont il est certain depuis l’adolescence, c’est la nécessité de trouver un mode d’expression.

Tout s’est passé tellement vite. De sa banlieue de Créteil jusqu’à la francophonie au grand complet, on a l’impression que ça s’est joué en une année. Quelques apparitions dans des pubs, et puis un mini-album, Kid, en novembre 2017, et la Victoire de la « révélation scène » en février 2018, et l’album Cure le mois d’après. La suite en vrac : le branle-bas médiatique, la critique éblouie, les salles remplies. Aux Francos, on l’avait d’abord programmé à L’Astral, mais très vite, on a compris qu’un MTelus suffirait tout juste.

Vite, vite, Eddy de Pretto a été bombardé phénoménal. Un cas. Une singularité. Mais qui donc est ce gars, cet inclassable qui chante et rappe dans la même respiration, ce gars qui ne ressemble ni à un chanteur ni à un rappeur, cet extraterrestre qui n’appartient à aucun genre ?

Qui est ce type hors normes ? « Quelqu’un de très normal », dit-il doucement au bout du fil. Il le dit et il le chante. Quand Eddy de Pretto chante « Je suis absolument normal / Complètement banal » dans la bien-nommée Normal, il répond d’abord aux matamores de l’adolescence, ces détenteurs de la norme qui ont voulu le « vider à coups de hache », le « tuer » de leurs « remarques », qui résumaient son homosexualité à un état « contre nature, oh la belle injure ! »

L’étrangeté, comprend-on, c’est le succès. Quand on finit par se parler, de son « smartphone » à l’île de la Réunion jusqu’à mon ancestral combiné branché dans le mur, c’est le statut de vedette phénoménale qui correspond à la définition d’anormalité (on devait s’attraper à l’aéroport, entre l’enregistrement et l’embarquement, tellement il n’a plus de temps). « Je suppose que c’est normal quand on fait ce métier et que le succès arrive, en tout cas j’essaie de gérer ça le plus normalement possible… »

J’ai raconté mes histoires le plus simplement possible. Tant mieux si ça parle à des gens de tous âges, et pas seulement à des ados. Si ça questionne, si ça dérange un peu, si ça contribue à faire tomber des cloisons, je suis plus que ravi.

Après tout, la popularité, si exponentielle soit-elle, n’est pas usurpée. « Je pense que c’est un tout. Je refuse l’idée selon laquelle tout se résumerait au fait d’être [comme on lit partout] “le premier homosexuel qui fait le pont entre la chanson française et le rap”. Je pense que ça tient à une manière de dire les choses, à une façon d’être sur scène, à tout ce que je suis, quoi. Mais j’essaie de ne pas trop analyser. Moi, je vis mon rêve, je le vis au maximum. Tout en gardant la tête froide, parce que tout est toujours à reconfirmer, spectacle après spectacle… ça peut s’arrêter demain ! »

Ce qu’il sait, le jeune homme de 25 ans, ce dont il est certain depuis l’adolescence, c’est la nécessité de trouver un mode d’expression. De tout dire au grand jour. Le plus publiquement possible. « J’ai eu ce besoin qui est devenu très naturel d’affirmer avec fierté qui je suis, ce que je ressens. Et il se trouve que ce besoin a été partagé, et que ça arrivait au bon moment. » Cette dernière année plus que jamais, l’idée même de ce qui est normal ou pas normal est en pleine révolution. « Et ça concerne finalement un peu tout le monde… »

Faire tomber les cloisons

Écouter Cure, en cela, c’est se reconnaître, c’est marcher dans son propre chemin miné, entre perceptions de soi et des autres. C’est tout exposer, y compris l’envie de se cacher, comme dans la chanson Desmurs (ça s’écrit en un mot) : « Je ne peux bluffer mes blessures, quand tu t’approches, ben c’est l’émoi / Je ne peux bluffer mes fêlures, quand tu t’approches je n’suis plus là. »


Les diktats de la virilité dans Kid, la souffrance d’être « un grand sac d’os / qui fera genre parmi les rires », rien n’est évité. « J’ai raconté meshistoires le plus simplement possible. Tant mieux si ça parle à des gens de tous âges, et pas seulement à des ados. Si ça questionne, si ça dérange un peu, si ça contribue à faire tomber des cloisons, je suis plus que ravi. »

Pour le décrire, surtout ici où il n’a pas encore eu la visibilité d’un Hubert Lenoir, on le situe quelque part entre Pierre Lapointe et Stromae. « En effet, il y a des similitudes. Vous savez, moi, je ne cherche pas à me définir, à me catégoriser. Ce sont les gens autour qui le font. Et ça, c’est normal : appelez-moi ce que vous voulez ! »

Il promet que l’on fera vraiment connaissance au MTelus. Sur scène avec un seul accompagnateur (à la batterie) et son smartphone, la proposition est très volontairement minimaliste. « Je tiens absolument à que l’on puisse entendre le propos, le verbe. Il n’y a pas de fioritures visuelles ni musicales. Je veux que ce soit assez direct, frontal, brut. Pour moi, c’est un tête-à-tête, commesur un ring, où je dois aller conquérir les âmes et les coeurs. Mon challenge, c’est d’aller chercher les gens un à un, c’est ce qui m’excite et me galvanise à mort. »

Eddy de Pretto

En spectacle au MTelus dimanche 10 juin à 19 h 30, Clara Luciani en première partie.