Ma première PdA: un nouvel élan

Le duo Chandail de loup, dont la poigne du mode acoustique portait idéalement des harmonies vigoureuses.
Photo: Richard Tessier Le duo Chandail de loup, dont la poigne du mode acoustique portait idéalement des harmonies vigoureuses.

Sarah Fortin l’a emporté chez les interprètes, Belle Grand Fille chez les auteures-compositrices-interprètes (bon signe : que des filles en finale), et le groupe TONIQUE a été préféré au duo Chandail de loup. Une bonne année pour le concours Ma première Place des Arts. À la Cinquième Salle de la PdA mercredi soir, il régnait une certaine effervescence, au-delà de l’habituelle fébrilité d’une finale de concours. Il y a longtemps que je n’avais pas vu autant de gens du métier rassemblés pour le tremplin bâti par Robert Maltais il y a 24 ans, maintenu brièvement par le regretté Daniel Guérard, consolidé à long terme par François Guy et relancé par Jocelyn Ménard.

Constat : nous entrons dans une nouvelle ère dynamique pour la SACEF (la Société pour l’avancement de la chanson d’expression française). L’animation du journaliste musical Olivier Robillard-Laveaux donnait le ton : « Faites des découvertes », a-t-il suggéré fort justement. « Laissez-vous prendre au jeu, c’est ça la beauté de la musique. »

La beauté persistante du concours ? On y ménage encore une place aux interprètes. À la différence de Granby, on n’a pas tout regroupé, histoire d’auréoler une future vedette à tout prix. On discernait mercredi encore les interprètes, les auteurs-compositeurs-interprètes et les groupes : trois finales avaient lieu le même soir, pas trois finales en une.

Au service des chansons ou de la télé ?

Ces finales fournissaient la matière de trois émissions qui seront diffusées à la chaîne Matv : ça compte dans le montage financier. N’empêche qu’elle pourrait être plus discrète, la télé, incapable d’être simple témoin, jusqu’à faire recommencer une chanson parce que François Pillanière-Magnan, premier interprète en lice, était un peu à côté de la marque pour la caméra. Il en a été décontenancé, forcément : la concentration, ça se perd, surtout en finale. Dommage pour lui.

Rien n’a dérangé Sarah Fortin, qui respirait la détermination et l’aisance. Voix forte, personnalité assumée, elle a vite fait siennes les chansons de Saule et de Christophe Maé : une gagnante, de toute évidence. Lili Gauthier, audacieuse à sa façon, a osé interpréter du Clay and Friends et du La Bronze-Misteur Valaire : de loin la proposition la plus originale, mais pas forcément la performance la plus convaincante.

L’édition des noms descriptifs

Chez les auteures-compositrices-interprètes, c’était très varié : Jeanne Côté, fille de Petite-Vallée, ne se démarquait ni par le chant (pas toujours juste) ni par les mélodies (un peu emberlificotées), mais sa manière très naturelle d’occuper la scène charmait : elle y est bien, capte la lumière comme une amie familière. Suivait… Petite Elfe. Notons le pléonasme : vous en connaissez beaucoup, de grandes elfes ? Elle s’est démarquée, elle, par des défauts de débutante : énonciation déficiente, notes agaçantes, émotion surjouée. On finissait par ne plus entendre les chansons.

Ça s’est nettement mieux passé pour Belle Grand Fille (c’est l’année des pseudos descriptifs) : sensibilité sans esbroufe, sourire attachant, pas de détours inutiles dans le propos et les mélodies. C’est beau la vérité, mémorable le sentiment dénudé. Elle seule avait quelque chose à dire entre les chansons : ça parle. En deux chansons, on avait fait connaissance, et on avait hâte à la suite. Victoire sans équivoque.

Deux groupes, deux mondes

Et les groupes ? Au sortir des Francouvertes, il était difficile de ne pas les mesurer aux finalistes si récemment célébrés. Il est d’autant plus notable d’avoir apprécié si vivement le duo Chandail de loup, dont la poigne du mode acoustique (guitare, percus, mélodica) portait idéalement des harmonies vigoureuses. Tandem dont on reparlera : fond trad et modernité à la même enseigne, ce n’est pas peu dire. De TONIQUE, l’autre formation en présence, on ne pouvait pas éviter le côté très années 1980, certes un peu maniéré (le refrain d’Orange (ça n’existe pas) faisait carrément penser aux B.B.), mais très efficace dans le genre : je dirais que leur palme, à l’arraché, célébrait plus une époque aimée que le groupe. Ça en disait quand même long sur Ma première Place des Arts, mouture 2018. Le concours, après 24 ans, semblait mercredi reconduit pour un bon moment, sur ce bel élan.