«Doux adieux de France»: l’orgue donne le ton

Très beau concert d’un choeur qui s’est fort bien défendu dans deux oeuvres importantes du répertoire, mené par deux chefs différents mais inspirants.
Photo: François Goupil Très beau concert d’un choeur qui s’est fort bien défendu dans deux oeuvres importantes du répertoire, mené par deux chefs différents mais inspirants.

Le Choeur Métropolitain se produisait jeudi sans l’orchestre du même nom dans un programme français idéal associant le Requiem de Duruflé et celui de Fauré, dans cet ordre, le premier dirigé par François A. Ouimet, le second par Pierre Tourville.

Indépendamment du travail musical des chefs, on peut résumer le concert en disant que nous avons entendu un Duruflé de concert et un Fauré de paroisse. Cette impression générale est de la seule responsabilité des organistes, Mária Budácová, dans Duruflé, maîtrisant infiniment mieux que Vincent Boucher, dans Fauré, les plans et volumes sonores, les registrations, les couleurs, la part et le dosage de l’orgue de choeur et de l’orgue de la nef de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, dont la console permet de commander deux instruments, et même de les mélanger.

Orgue plombant

À la décharge de Vincent Boucher, il faut dire que la mouture avec orgue jouée par Budácová est la version originale de l’oeuvre de Duruflé, alors que Fauré avec orgue coule moins bien. Mais bien souvent, on se demandait si ce qu’on entendait sous les doigts de Boucher tenait de la registration ou de l’expérimentation hasardeuse, et pas seulement dans la hideuse réponse à l’angélisme des cinq superbes voix d’enfants choisies pour chanter le Pie Jesu.

Alors que Mária Budácová a porté le choeur dans Duruflé, Vincent Boucher l’a souvent plombé dans Fauré, par exemple dans l’intervention « Dies Irae » du Libera me, qui, venant du grand orgue (nef) avec un manque d’impact immédiat, donnait une sensation d’inertie. A contrario, des jeux trop puissants de l’orgue de choeur nuisaient à la perception de la subtilité de certaines attaques ou transitions chorales (« Lux aeterna » dans l’Agnus Dei).

Le choeur Métropolitain était présent, jeudi, au grand complet. Ce qui aurait pu paraître massif dans ces répertoires à la Maison symphonique était nécessaire dans cette configuration d’église avec orgue. Le nombre n’est pas venu au détriment de la qualité, avec des sopranos tout à fait respectables dans In Paradisum et une bonne justesse. À noter quelques interventions un peu « rustres » des basses dans Duruflé (« Dona eis requiem » dans l’Agnus Dei).

Quant à la vision des chefs, j’en aurais volontiers échangé l’esthétique : le Duruflé de Ouimet manquait un peu, notamment dans les lignes de l’Introït-Kyrie et le Libera me, de cette « sensualité pudique » qui en fait tout le sel alors que le Fauré hautement sensuel de Tourville aurait gagné à un peu de cartésianisme. La vision fauréenne généreuse de Pierre Tourville est la plus personnelle : le chef soigne les grandes lignes, les arches vocales, quitte à gommer les consonnes au sein des phrases (« pleni sunt coeli et terra » sans « t », par exemple). Les paroles « Libera me Domine » après le « Dies Irae » gagneraient beaucoup à véhiculer une sensation d’effroi.

Le fait, de la part de Tourville, de ne pas adopter la prononciation gallicane permettait d’avoir un latin unifié entre Fauré (1900) et Duruflé (1947), alors que le latin était prononcé de deux façons différentes à l’église à ces époques. Un dernier mot pour saluer le choix parfait des solistes : les cinq garçons dans Fauré, l’excellent jeune baryton Max van Wyck, qui pourrait nous réserver des surprises en mélodie française à l’avenir, et Rose Naggar-Tremblay, idéalement distribuée dans Duruflé.

Très beau concert, dans l’ensemble, d’un choeur qui s’est fort bien défendu dans deux oeuvres importantes du répertoire, mené par deux chefs différents mais inspirants.

Doux adieux de France

Duruflé : Requiem. Fauré : Requiem. Rose Naggar-Tremblay (mezzo), Max van Wyck (baryton), Mária Budácová (orgue, Duruflé), Vincent Boucher (orgue, Fauré), cinq Petits chanteurs du Mont-Royal (solistes Fauré), Choeur Métropolitain, François A. Ouimet (Duruflé) Pierre Tourville (Fauré). Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, jeudi 10 mai 2018.