Jérémie Rhorer, l’enthousiaste chef à Montréal

De ce musicien, on connaît le perfectionnisme forcené et le pétillement d’idées musicales. On connaît moins sa passion pour le romantisme allemand et le répertoire contemporain.
Photo: Elodie Crebassa De ce musicien, on connaît le perfectionnisme forcené et le pétillement d’idées musicales. On connaît moins sa passion pour le romantisme allemand et le répertoire contemporain.

C’est, avec les venues de Vasily Petrenko et Jakub Hrusa, l’invitation la plus originale et rafraîchissante d’un chef d’orchestre dans les dix dernières années de l’Orchestre symphonique de Montréal. Et elle ne pouvait tomber plus à pic. Les débuts de Jérémie Rhorer, 44 ans, à Montréal coïncident avec la période où l’OSM se trouve à chercher un nouveau directeur musical. Et celui-là a sacrément le profil pour brasser la cage !

Interrogé très directement par Le Devoir sur le sujet de l’heure, Jérémie Rhorer n’est pas du genre à tourner autour du pot : « L’OSM fait partie des orchestres que j’avais envie de rencontrer, pour son excellence et la variété de son répertoire. Je suis ravi de diriger un programme qui, outre la grande symphonie de Saint-Saëns, comporte une pièce de Dukas quasiment inconnue et l’un des poèmes symphoniques les plus intimes de Liszt. C’est une occasion musicale exaltante. Je viens avec un immense enthousiasme. Si je devais être directeur musical d’un orchestre, Montréal serait parmi mes favoris pour ne rien vous cacher, ce qui ne serait pas le cas d’autres orchestres, en France en particulier ! Je suis donc dans un état de grande excitation. »

De petit chanteur à compositeur

De ce musicien, qui a débuté comme petit chanteur à la Maîtrise de Radio France avant de se former à la direction d’orchestre et de créer son propre orchestre, le Cercle de l’Harmonie, avec lequel il a fait date dans un cycle Mozart au Théâtre des Champs-Élysées, on connaît le perfectionnisme forcené et le pétillement d’idées musicales. On connaît moins sa passion pour le romantisme allemand et le répertoire contemporain. Rhorer s’est même formé à la composition auprès de Thierry Escaich et compose un concerto pour piano pour Jean-Yves Thibaudet, commandé par le Philharmonia à Londres.

L’un des plus grands honneurs conférés à Jérémie Rhorer fut d’être invité par le Concentus Musicus, à diriger l’Héroïque et la Pastorale du cycle Beethoven planifié par Nikolaus Harnoncourt peu avant sa mort. Le chef en garde un souvenir indélébile : « C’était un émerveillement. Vous savez, la plupart des orchestres sur instruments baroques sont dirigés par les musiciens et le chef est accessoire dans leur système de pensée. Le Concentus Musicus est au service de la pensée d’un maître, Nikolaus Harnoncourt, dont ils honoraient la mémoire à chaque instant. Je sentais une absolue infinité d’exploration musicale, une soif d’aller aussi loin que possible dans le travail et une envie de nourriture qui viendrait du chef. »

Comment un tel travailleur peut-il se satisfaire sans frustration excessive des conditions nord-américaines, amenant à préparer un concert plutôt rapidement ? « J’ai connu bien des situations où le temps était compté ou quasiment inexistant, comme des représentations sans répétitions à l’Opéra de Vienne ou des programmes lourds montés rapidement avec des orchestres anglais. J’ai fini par acquérir une souplesse par rapport à une exigence absolue, que j’essaie de développer dans d’autres cas, et un travail concentré. Je suis habitué à plusieurs manières. »

Jérémie Rhorer qui a fait son premier voyage à l’étranger au Canada en tant que Petit chanteur a dirigé ici pour la première fois au CNA il y a deux ans, mais n’a pas encore mené d’orchestre aux États-Unis.

Sa curiosité pour le Québec a aussi été forgée en côtoyant de nombreux chanteurs et chanteuses d’ici dans ses distributions : Karina Gauvin dans L’Olympie de Spontini, Frédéric Antoun, Julie Boulianne, Michèle Losier, Étienne Dupuis : « Je n’ai eu que des expériences fantastiques ! Ils se caractérisent tous, en plus de leur talent, par leur conscience professionnelle immense, une disponibilité infinie au travail et une très grande générosité en concert. Il y a quelque chose de totalement libre, que j’apprécie beaucoup. J’ai des souvenirs de concerts magnifiques : Karina Gauvin au Concertgebouw d’Amsterdam dans L’Olympie était absolument divine ; Frédéric Antoun, dans Le paradiset laPéri de Schumann avec l’Orchestre national de France, était parfait et Julie Boulianne dans La clémence de Titus était un enchantement à chaque représentation. »

Autant dire que Jérémie Rhorer espère multiplier l’expérience par cent cette semaine.

Jérémie Rhorer

Avec l’OSM et Chelsea Chen (orgue). Mulet : Tu es petra pour orgue. Liszt : Du berceau jusqu’à la tombe. Fauré : Shylock (arr. pour orgue). Dukas : Polyeucte. Saint-Saëns : Symphonie no 3. Mercredi 9 mai à 20 h. Jeudi 10 mai à 10 h 30 et à 20 h.