Demi-finales des 22es Francouvertes, soir 2: la course se corse en beauté

Lou-Adriane Cassidy a tenu à mettre les choses au clair: oui, elle aussi compose, ses mots et ses mélodies.
Photo: Jean-François Leblanc Lou-Adriane Cassidy a tenu à mettre les choses au clair: oui, elle aussi compose, ses mots et ses mélodies.

Ils sont montés sur scène très bien entourés, portant leur candeur comme un badge, leur sensibilité comme une armure, leur maturité comme un gage de confiance. Sam Faye et D-Track avec du rap sorti de leur « back pack » — c’est le titre d’une de leurs chansons —, Gabriel Bouchard le troubadour électrique du Lac et Lou-Adriane Cassidy propulsant sa chanson rock ont tous offert des performances cohérentes et prometteuses, au lendemain d’une première soirée de demi-finales des Francouvertes plus éclectique.

Être issue d’une famille d’artistes, ainsi que l’a présenté l’animatrice des Francouvertes, la musicienne et directrice artistique Isabelle Ouimet, ne garantissait pas à Lou-Adriane Cassidy d’être née avec ces mêmes talents. Ou peut-être que oui, finalement. Elle n’a pas mis un couplet complet avant que ça saute aux yeux et aux oreilles du public-jury : elle, elle l’a.

L’auteure-compositrice-interprète de Québec n’a que vingt ans, mais son regard droit posé sur l’auditoire, elle avait l’intensité d’une femme convaincue d’être au bon endroit, au bon moment. Comme si elle avait déjà fait ça toute sa vie et sa vie d’avant, chanter des mots qui lui importent. À la deuxième chanson, elle a pris sa guitare et mordu dans le texte en rockant plus fort : « Ça faisait longtemps que je ne n’avais pas aimé autant »… Longtemps ? À vingt ans seulement ? On y croit. La sincérité, une voix qui porte sans forcer, ça ne se maquille pas.

Très bien entourés, écrivions-nous à propos des concurrents d’hier soir. Cassidy comptait sur les quatre musiciens experts qui, devine-t-on, planchent déjà sur son premier album, avec Simon Pednault à la guitare et à la réalisation. Ils sont, en tout cas, du premier extrait officiel, une chanson intitulée Ça va, ça va, composée par Philémon Cimon expressément pour elle. Lou-Adriane a tenu à mettre les choses au clair : oui, elle aussi compose, ses mots et ses mélodies. Mais « collaborer avec d’autres, avoir ce regard externe [sur son travail], c’est ce qui [la] fait le plus tripper ». D’où ce cadeau de Philémon, une chanson bellement pop dans le refrain qui mettait un terme à sa captivante performance. Si bien fait que la musicienne s’est emparée de la deuxième position du palmarès préliminaire du concours.

Vint ensuite le cadet de cette 22e édition des Francouvertes, Gabriel Bouchard, dix-neuf ans. Le second Bleuet de la soirée, après le bref et goûteux tour de chant solo de l’ancien concurrent Dany Placard (il nous a offert une inédite). Lui aussi n’arrivait pas les mains vides : pour l’aider à porter ses chansons, il s’était fait accompagner du groupe rock-glam Gazoline. De quoi donner du poids à la proposition.

D’allure figée sur les deux premières chansons — on pourrait mettre ça sur le compte de la nervosité, quelque chose nous dit pourtant que sa posture fait partie du personnage —, Bouchard a monté sa performance comme un crescendo, momentanément interrompu par l’interprétation en solo, avec guitare acoustique, de la douce Tête vide… avant de reprendre avec une jouissive et chaotique lettre d’amour-haine à la ville de Roberval. Sa langue colorée et son sens de la mélodie compensaient un peu des textes bruts, et parfois un peu simplistes, mais de sa performance étonnamment assurée se dessinaient néanmoins les contours d’un auteur rock rempli de promesses. Son spectacle ne lui a cependant pas permis de gagner son ticket pour la finale.

Sam Faye et D-Track non plus n’iront pas en finale, et ce n’est pas faute d’avoir bien essayé. D-Track, d’abord, arrivait avec sa plume admirable et, surtout, son expérience, ayant déjà été concurrent lors de la 17e édition des Francouvertes. Son acolyte Sam Faye, lui, arrivait avec une présence scénique un peu plus dynamique, un trait qui a souvent fait défaut au plus studieux D-Track. Le duo de Gatineau était accompagné du DJ Easy El Dee, qui a mis toute la gomme pour mettre de la vie dans cette performance en jouant occasionnellement les hype men au micro.

De D-Track, on retient d’abord la rigueur de sa prose, aux images riches et pleines de sens. Sur l’album Stereo qu’il a lancé l’an dernier avec Faye, il allège le propos, évoquant plutôt des images de leur quotidien avec un brin de nostalgie. La performance fut toutefois un peu plus contrite, avec sa petite (mais lourde) mise en scène. Les instrumentaux se démarquaient pourtant bien du rap populaire, flirtant avec les musiques électroniques d’inspiration britannique — dans ses moments les plus intenses, leur projet est sans doute celui au Québec qui se rapproche le plus du grime londonien. Au bout du compte entraînant, mais manquant d’éclat.

Récapitulons : le duo art-punk CRABE conserve sa première place au palmarès préliminaire, suivi de Lou-Adriane Cassidy, qui se place devant Laura Babin, qu’on avait écoutée lundi dernier. Le trio de concurrents qui accédera à la grande finale au Club Soda le 7 mai prochain sera connu tard ce soir, après les performances des trois derniers, le jeune collectif hip-hop LaF et les groupes rock Mort Rose et zouz. La suite du reportage dans nos pages jeudi.