Faire les Francouvertes pour les bonnes raisons

« Ça prend du guts, pareil, pour faire ça », lance Benoît Pinette, alias Tire le coyote. Faire ça, c’est monter sur scène dans le cadre du concours-vitrine Les Francouvertes, dont Benoît Pinette est le porte-parole avec sa compatriote musicale Klô Pelgag. L’événement musical, qui en est à sa 22e édition, s’élançait lundi soir au Lion d’Or avec les prestations des recrues Gabriel Bouchard, Raphaël Dénommé et Zouz.

« Il faut avoir un grand respect pour les gens qui font le concours, qui osent s’exposer et affronter l’opinion des autres », estime Benoît Pinette. Ce dernier a participé deux fois aux Francouvertes, une fois en 2010 sous son nom de projet actuel Tire le coyote, mais aussi en 2008 avec son ancien groupe Fonojône. Les deux fois, son passage a été de courte durée, dit-il en riant dans sa barbe.

Rencontres et apprentissages

Klô Pelgag, elle, n’a pas participé aux Francouvertes au début de son parcours musical, et a tendance à se méfier des grosses compétitions médiatisées, avec leurs joutes, leurs duels. « La musique, l’art, ce n’est pas un concours avec un gagnant à la fin, dit-elle. Par contre [Les Francouvertes], c’est beaucoup plus ouvert, ça laisse beaucoup plus de liberté, tu peux jouer avec tes musiciens par exemple, jouer ton propre matériel. Et tu rencontres des futurs amis, des futurs collaborateurs. »

Benoît Pinette y a d’ailleurs croisé pour la première fois Dany Placard, qui a réalisé son premier disque. Mais le musicien et parolier estime surtout que Les Francouvertes servent de miroir pour les jeunes créateurs, même si le résultat n’est pas toujours agréable. « Il faut être capable de se regarder, de se demander ce qui s’est passé, de voir ce qu’on peut améliorer, dit-il. Et effectivement, si j’avais été dans le jury à cette époque-là, je me serais scrapé, pour vrai. Je n’avais pas la confiance que je peux avoir sur scène aujourd’hui. »

Devenir célèbre ?

Les deux porte-parole ont connu dans les derniers mois une poussée de popularité notable grâce à leur dernier album respectif. Klô Pelgag a ainsi été nommée Auteur ou compositeur de l’année au dernier gala de l’ADISQ pour son disque L’étoile thoracique, alors que Tire le coyote a reçu de très bonnes critiques pour Désherbage et obtenu récemment un siège à la toujours très regardée émission Tout le monde en parle.

Le succès est-il ce qu’ils souhaitent aux 21 participants des Francouvertes ? Une certaine grimace apparaît sur leur visage.

« J’ai un drôle de rapport à la reconnaissance, dit Pinette. Il faut toujours que je me positionne sur les raisons pour lesquelles je fais les choses. Je me méfie toujours un peu. » Klô Pelgag le regarde et hoche la tête. « Il faut faire attention de ne pas devenir dépendant de ça, que ce ne soit pas ça le moteur » de la création.

C’est compliqué, donc. Le succès amène ses bons côtés, mais ne doit pas devenir le coeur de son art. Nés pour un petit pain, les musiciens ?

« On ne dit pas qu’on n’a pas d’ambition, il faut faire attention, corrige Klô Pelgag. J’ai beaucoup d’ambition dans la musique, j’ai envie d’amener les choses plus loin et de ne pas me répéter. Je suis très dure envers moi-même. »

Et il y a donc la confiance qui doit suivre, estiment les deux porte-parole, et qui peut se forger dans des moments comme Les Francouvertes. Une mauvaise performance sur scène, une mauvaise entrevue, ce n’est pas la fin du monde, explique Benoît Pinette. « Souvent, tu arrives ici et tu as l’impression que tu joues ta carrière en 30 minutes, alors que, regarde, je ne me suis pas rendu loin et j’ai fait quatre albums après Les Francouvertes. »

Et l’avenir ?

Alors, quel avenir musical se dessine pour les 21 participants qui défileront sur la scène du concours au gré des lundis soir ? Entrent-ils dans une industrie qui s’écroule ? « Quand je suis arrivée en 2012, c’était déjà fini ! relativise Klô Pelgag. J’avais des ateliers à Petite-Vallée avec des artistes de renom, on était tous fébriles, mais eux disaient “c’est mort la musique !”. Je suis partie avec cette idée-là. Et que ça pouvait juste aller mieux. »

La manière de consommer de la musique a changé, souligne Benoît Pinette, ajoutant qu’il devra se passer quelque chose afin que les redevances soient mieux distribuées. « Mais reste que je n’ai pas envie d’être alarmiste. Il va toujours avoir des gens curieux, des mélomanes, qui vont vouloir entendre quelque chose de différent. »

Vingt et un artistes, sept lundis

Ils sont 21 artistes ou groupes sur la ligne de départ des Francouvertes. Durant la présélection, qui s’égrainera pendant les sept prochaines semaines, trois recrues monteront chaque lundi soir sur la scène du Lion d’Or et tenteront de séduire le jury de l’industrie ainsi que le public, qui a son mot à dire dans la note finale des jeunes artistes. Les neuf meilleurs, toutes soirées confondues, passeront en demi-finales du « concours-vitrine de toutes les musiques » et tenteront d’atteindre la grande finale du 7 mai. Le grand gagnant remportera une bourse de 10 000 $ et une série de prix, en service ou en spectacles. Des dizaines de récompenses sont aussi destinées aux différents participants, finalistes ou non.