Un Requiem trop éclairé et survolé

Jacques Lacombe en 2012
Photo: Steve L. Sherman Jacques Lacombe en 2012

Pour les 40 ans des Concerts Lachine, remarquable institution qui propose, entre autres, des concerts estivaux gratuits, un événement-bénéfice était organisé dimanche par l’entremise du directeur artistique Richard Turp et du fidèle mécène Noel Spinelli. Ils avaient convié des musiciens qui avaient donné le Requiem de Verdi samedi à Trois-Rivières.

Le résultat artistique solide rappelait le succès de l’Orchestre symphonique de Laval dans la même oeuvre en avril 2016, avec un orchestre et des choeurs à la hauteur de l’oeuvre, mais la magie en moins, en raison des options interprétatives de Jacques Lacombe et de parasites polluant grandement la présentation.

Ces derniers furent très irritants : un bruit de type ronronnement, très notable et continu, perceptible au moindre pianissimo et pas du tout dans la tonalité du Requiem de Verdi. Renseignements pris, il s’agissait des transformateurs des éclairages à diodes électroluminescentes. Ce problème étant visiblement connu de prime abord, une église moins joliment éclairée mais silencieuse eût été plus accueillante pour les musiciens et les spectateurs. Il fallait même admirer les solistes, notamment Fiset et Bélanger à l’attaque de l’Agnus Dei, de trouver leur note avec ce « faux la » bourdonnant alentour.

Quant à moi, le concert était « scrappé » de A à Z. Les plus belles choses à entendre étaient le rayonnement vocal de Marianne Fiset et Luc Robert. Quant à Alain Coulombe, ce n’était pas son jour : déjà peu assuré dans son « Mors stupebit », après avoir craqué une note dans le Confutatis, il a assuré la fin de son air en chantant les aigus à l’octave.

Mais c’est la direction de Jacques Lacombe qui laisse le plus de questions sans réponses. On sait que le chef québécois aime le ton franc et direct. À ce point, c’est un peu survolé. Certes, une partie de la fluidité peut être une commodité pour faciliter la tâche au choeur (c’est plus facile de chanter juste quand on chante vite), mais le nombre de nuances et surtout d’intentions spirituelles qui tiennent de la prière (« Oro supplex », « Lacrimosa », « Quid sum miser ») ne peuvent pas être pareillement lissées. Bien des questions cruciales quant aux sonorités restent également sans réponse. Qu’est-ce qu’un sotto voce chez Verdi ? Quelle est la couleur de tel ou tel passage ? En effet, Verdi demande des émissions vocales plus couvertes, mais celles-ci, d’un autre côté, mettent en péril l’intonation.

Bref, mieux vaut ne pas creuser. Ce sera mieux la prochaine fois.

Requiem de Verdi

Avec Marianne Fiset (soprano), Christiane Bélanger (mezzo), Luc Robert (ténor), Alain Coulombe (basse), Choeur et Orchestre symphonique de Trois-Rivières, Jacques Lacombe. Église Saints-Anges de Lachine, dimanche 19 novembre.