La «Messe en si» ouvrira le Festival Bach

Enregistrée par les plus grands chefs, la «Messe en si» pose plusieurs choix intéressants pour les interprètes, à commencer par celui des effectifs.
Photo: Michal Adamovsk Enregistrée par les plus grands chefs, la «Messe en si» pose plusieurs choix intéressants pour les interprètes, à commencer par celui des effectifs.

Le Festival Bach 2017 s’ouvre ce soir à la Maison symphonique de Montréal avec des invités tchèques : le Collegium 1704 dirigé par Vaclav Luks. Au programme, un monument dans l’oeuvre du Cantor de Leipzig : la Messe en si.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la Messe en si mineur, dénomination qui découle de la tonalité du Kyrie, n’est pas une oeuvre écrite d’un jet. C’est une messe assemblée sur plus de vingt ans à partir de compositions diverses, d’abord sous forme d’une succession Kyrie-Gloria (une Missa brevis, en 1733), élargie en 1747 au Credo, Sanctus, repris d’une composition de 1724, et à l’Agnus Dei en 1747. À l’intérieur même du Credo et de l’Agnus Dei, des sources antérieures peuvent être retrouvées : Cantate BWV 12 pour le Crucifixus ou Oratorio de l’Ascension pour l’Agnus Dei. Ce n’est qu’au XIXe siècle que la Messe en si a été éditée en tant que telle et jouée. Bach ne l’a jamais entendue ainsi.

Les choix

Enregistrée par les plus grands chefs, la Messe en si pose plusieurs choix intéressants pour les interprètes, à commencer par celui des effectifs. Alors que certains en sont arrivés à réduire le « choeur » à un chanteur par partie, Kent Nagano avait, à la Maison symphonique de Montréal, misé sur 40 instrumentistes et 31 chanteurs.

Vaclav Luks, joint par Le Devoir à son arrivée à Montréal, nous indique qu’il aime utiliser quatre chanteurs par partie. En raison des choeurs à cinq voix et des doubles choeurs, il y aura 22 chanteurs sur scène. « Cet effectif fait sens, aussi, en raison de l’instrumentation de la Messe en si. Dans des cantates qui ne sont accompagnées que par les cordes, il peut être légitime d’utiliser un seul chanteur par voix », nous déclare le chef.

Contrairement à Kent Nagano, le chef tchèque utilisera cinq solistes, c’est-à-dire deux sopranos, car il fera chanter les solos « pour voix d’alto » par un contre-ténor. « J’aime la couleur d’une mezzo féminine dans les textes des Passions, mais pour la Messe je préfère une voix de contre-ténor »,commente Luks, qui, pour tout continuo, utilisera un orgue positif.

À ceux qui s’étonneront de voir un orgue sur scène, il faut rappeler que l’orgue Pierre-Béique ne peut être utilisé car il est accordé à un diapason supérieur au « la = 415 » utilisé par les musiciens baroques du Collegium 1704.

L’orgue n’est pas la seule option pour porter la Messe en si. On peut aussi utiliser le clavecin, ou combiner les deux en alternance. En étudiant l’association des instruments et des paroles, dimension fondamentale chez Bach, on peut avancer qu’il y a dans la Messe en si une représentation du ciel et de la terre, du divin et de l’humain. Au premier seraient associés le vent et les instruments à vent ; au second, les cordes. Une combinaison au continuo avec des associations de l’un ou l’autre aux passages correspondants pourrait souligner cette dichotomie, en considérant que l’orgue est un instrument d’air et le clavecin, un instrument de terre.

Dans cette personnalisation des instruments, le roi — celui qui, littéralement, « troue le ciel » — est la trompette. On voit la trompette illuminer le Gloria, mais aussi très significativement aspirer toute la fin de l’oeuvre, « Dona nobis pacem », vers l’au-delà.

Le sujet étant inépuisable, nous sommes impatients de découvrir les idées et visions des artistes invités, ce vendredi, à la Maison symphonique.

La Messe en si

Avec le Collegium 1704, Ensemble vocal et instrumental de Prague. Hana Blazikova, Ulrike Malotta, Benno Schachtnr, Vaclav Cizek, Tomas Kral, Jaromir Nosek, dir. Vaclav Luks. Maison symphonique de Montréal, vendredi 17 novembre, 19 h. Billets : 514 842-2112.

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