Une Cinquième de Bruckner humaine et recueillie

Le chef de l'Orchestre métropolitain du Grand Montréal, Yannick Nézet-Séguin, pendant le 1er mouvement de la «5e symphonie» de Bruckner, jeudi soir.
Photo: Orchestre métropolitain du Grand Montréal Le chef de l'Orchestre métropolitain du Grand Montréal, Yannick Nézet-Séguin, pendant le 1er mouvement de la «5e symphonie» de Bruckner, jeudi soir.

En présentant la 5e Symphonie de Bruckner au public de la Maison symphonique de Montréal, Yannick Nézet-Séguin a insisté non seulement sur la structure et les proportions de cette cathédrale musicale, mais aussi sur l’expérience humaine, nous invitant, dans ce monde troublé, à chercher l’espoir dans les salles de concert.

Le chef québécois a ensuite joint les actes à la parole en dirigeant une 5e Symphonie d’une grande concentration mais à dimension humaine, où les appels des cuivres naissaient du souffle et n’apparaissaient pas comme des blocs froids et intimidants. Yannick Nézet-Séguin a été parfaitement compris et épaulé par l’auditoire, d’un silence que l’on peut qualifier de « religieux ». Grâce à cette attention respectueuse et soutenue, l’enregistrement, réalisé en direct, ne souffrira guère de bruits parasites.

Par rapport aux défis décrits dans Le Devoir de mardi, notamment le fait que dans le grand choral final les « onze apôtres » (les cuivres) doivent tout donner alors qu’ils sont littéralement lessivés par les 75 minutes qui précèdent, on espère que les micros pourront donner un coup de main aux cors, qui malgré leur qualité intrinsèque et leur vaillance, n’ont pu faire de miracles, même si, pour les épauler épisodiquement, Yannick Nézet-Séguin leur avait octroyé un cinquième larron (les « apôtres », comme les appelait le grand chef Eugen Jochum, étaient donc exceptionnellement douze).

Il faut avouer que les cors sont acoustiquement assez mal servis dans ce qui pourrait bien être une sorte de petit « trou acoustique » de la scène de la Maison symphonique. Cela ne sonne pas mieux, et souvent nettement moins bien, à l’OSM.

De manière générale, le Métropolitain a été admirable, des teintes de violons jouant sur la corde de sol dans le 1er mouvement ou dans le thème puissant du 2e mouvement, aux trompettes, avec un Benjamin Raymond éblouissant. À noter aussi le solo de hautbois de Lise Beauchamp et la cohésion des trombones.

La vision brucknérienne de Yannick Nézet-Séguin est désormais plus fluide, avec un 2e mouvement très chantant, et plus cultivée dans la manière de faire jouer les instruments, notamment l’attaque sonore des cuivres. Bruckner pose en fait plein de problèmes spécifiques, comme des accents qui peuvent signifier des notes jouées tenuto. Le chef semble à présent familier avec tous ces arcanes.

J’ai beaucoup apprécié la conception de l’Allegro moderato, assez allant, du Finale, qui le rend plus « digeste ». Dans ce Finale, l’opposition sur scène des violons I et II s’impose dans les épisodes fugués. Là où je ne suis pas inconditionnellement le chef, c’est dans le tempo du Scherzo (3e mouvement), que je vois un peu plus vif (Bruckner le note « Molto vivace » (Schnell) [rapide]) et dans la coda (fin) du 1er mouvement, qui reste une énigme, puisque la partition n’indique pas de changement de tempo (ce que suit scrupuleusement Nézet-Séguin) alors que les interprètes « historiques » associent crescendo et accelerando, ce qui donne un effet de strette (resserrement) extrêmement efficace.

Le public a fait une ovation à cette réussite d’une grande force, cohésion et logique structurelle, qui sera probablement le haut fait du cycle Bruckner de Yannick Nézet-Séguin. Après cela, je n’ai pas envie de vous parler de la Burlesque de Strauss : mon aversion pour cette oeuvre est proportionnelle à ma vénération pour la Cinquième. Angela Cheng avait un admirateur bruyant dans la salle qui lui hurlait son admiration après son honorable (sans plus) prestation : c’est le point le plus notable de sa présence.

Au moins, les spectateurs de Pointe-Claire, ce vendredi, n’auront pas besoin de subir un théâtre de marionnettes avant d’aller à la grand' messe brucknérienne : on les envie.

Yannick Nézet-Séguin : fantastique Bruckner

Strauss : Burlesque en ré mineur pour piano et orchestre. Bruckner : Symphonie n° 5. Angela Cheng (piano), Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Maison symphonique de Montréal, jeudi 7 septembre 2017. Reprise ce soir à Pointe-Claire.


 
1 commentaire
  • Jean-Marc Lefebvre - Abonné 8 septembre 2017 07 h 22

    "Honorable prestation"

    Je vous suis parfaitement avec Bruckner, par contre je n'ai pas du tout trouvé la prestation d'Angela Chang "honorable". En fait, je l'ai trouvée au-dessous de tout, j'en étais même gêné pour le chef et l'orchestre.