Gauvin et Lemieux: complices, toujours

La chanteuse d'opéra Marie-Nicole Lemieux en compagnie d'Endrik Wottrich
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La chanteuse d'opéra Marie-Nicole Lemieux en compagnie d'Endrik Wottrich

La dernière parole du célèbre Duo des fleurs de Lakmé de Léo Delibes, qui mettait un terme à cette soirée majeure de l’édition 2017 du Festival du Domaine Forget, est « ensemble ». C’est ensemble que Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux ont triomphé. C’est ensemble qu’elles ont donné le meilleur d’elles-mêmes.

Le duo de la soprano et de la contralto est rodé depuis longtemps, mais les carrières internationales florissantes de l’une et de l’autre espacent de plus en plus leurs rencontres pour des soirées de mélodies. Celle organisée par le Domaine Forget était unique et exclusive, ce qui rend d’autant plus admirables les niveaux de difficulté des oeuvres choisies et le sérieux de la réalisation. Gauvin et Lemieux ne sont pas venues faire un petit concert comme cela, en passant. Elles ont pris des risques et consenti des efforts à l’image du jovial Duo du muguet de Mendelssohn, difficile à mettre en place.

On sait déjà, d’expériences antérieures, que l’accord de ces deux voix est particulièrement heureux. Le principal enseignement de ce concert, qui mériterait la Maison symphonique un de ces jours, est donc l’aisance croissante de nos deux chanteuses dans le répertoire germanique. Marie-Nicole Lemieux, seule, a chanté Schubert et Schumann, dont un superbe Mignon, et Karina Gauvin a interprété trois Lieder de Mendelssohn, hors des duos de Schumann et Mendelssohn. Le tout avec un vrai sens de la poésie allemande et une prononciation soignée.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Karina Gauvin

La seconde partie était consacrée au répertoire français avec des mélodies de Gounod chantées successivement par Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux, puis une série de duos. Le fait que les textes de ces mélodies françaises ne soient pas imprimés dans le programme rend plus tangible le fait que la diction française de Lemieux est plus nette et intelligible que celle de Gauvin. Le Au rossignol de Gounod par la contralto était un pur bijou.

Gauvin et Lemieux ont fini le concert sur des duos, dont le « Nuit paisible et sereine » de Béatrice et Bénédict de Berlioz et un Angelus de Chaminade dont la respiration se faisait non seulement en même temps, mais aussi avec l’exacte même intensité. Le fameux duo de Lakmé, avant un bis tiré du Giulio Cesare de Haendel, ne fut que le ruban autour du paquet cadeau.

Brillante soirée, dans une salle Françoys-Bernier archicomble et un public légitimement aux anges.

Festival du Domaine Forget

Récital Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux. Lieder de Schubert, Schumann, Mendelssohn. Duos de Schumann et Mendelssohn. Mélodies de Gounod. Duos de Gounod, Berlioz, Chaminade et Delibes. David Zobel (piano). Salle Françoys-Bernier du Domaine Forget, samedi 29 juillet 2017. Concert présenté en partenariat avec le Palazzetto Bru Zane dans le cadre de l’année Gounod.