Bernard Labadie donne une touche française à Purcell

Bernard Labadie a véritablement tricoté son «Roi Arthur» et en a fait ressortir toutes les subtilités.
Photo: Marc Giguère Bernard Labadie a véritablement tricoté son «Roi Arthur» et en a fait ressortir toutes les subtilités.

Bernard Labadie n’était plus revenu à King Arthur de Purcell, l’une de ses partitions fétiches, depuis 1995. Le chef a su convaincre de l’intérêt de l’oeuvre, car il a été aux petits soins avec cette musique qu’il adore. Il a même fini par « craquer » stylistiquement, en succombant aux charmes des fastes quasi versaillais d’une alliance des trompettes et timbales dans le choeur final. L’utilisation de timbales dans le baroque anglais est une extrapolation parfois de mise ces dernières années. Les puristes (version Pinnock) l’évitent ; les épicuriens (enregistrement Niquet) y souscrivent.

Bernard Labadie, qui a choisi l’édition Bartlett-Holman-Sobel publiée chez King’s Music, a donc dirigé un King Arthur d’épicurien, attentif à tous les climats, à toutes les mises en relief, épaulé par une Chapelle de Québec toujours aussi indiscutable. Le sens des couleurs et des atmosphères saute évidemment aux yeux dans la bien connue scène de Comus et ses deux acolytes (« nous boirons notre bière jusqu’à tomber par terre ») de l’acte V, ou, à l’acte III, dans la scène du froid. On rappellera à l’occasion que, contrairement à l’idée véhiculée par Klaus Nomi, l’air du froid est écrit pour baryton.

La très connue Anna Prohaska, qu’on nous a annoncée indisposée, n’a pas laissé paraître de problèmes vocaux. Cela dit, on a déjà vu des chanteuses nettement plus sensuelles et touchantes à Montréal avec les Violons, Lydia Teuscher et Joelle Harvey, notamment.

Anna Prohaska a fini par nous donner quelques soupçons d’émotion dans « Love has a thousand ways to please » du duo de l’acte V, mais pour le reste, même dans l’air de Vénus pour lequel elle a gagné l’avant-scène, nous avons entendu une soprano impeccable, du genre infiniment interchangeable dans une tessiture vocale courante et générique.

En matière d’éloquence, de caractérisation et de vie, Tyler Duncan a été le héros parmi les solistes de la soirée. On soulignera l’adéquation parfaite entre les trois voix masculines, tout comme leur typicité de timbre très juste pour ce répertoire : Staples, légèrement nasillard, et Moody ont été excellents.

Bernard Labadie, avec des Violons du Roy parfaitement disposés sur scène et une Chapelle de Québec éloquente et réactive, a véritablement tricoté son Roi Arthur pour en faire ressortir toutes les subtilités : l’insistance grave sur « Death despising » du choeur n° 8 de l’acte I, la dentelle absolue de la scène des esprits de Philidel et Grimbald de l’acte II, la scène du froid jamais surjouée, les compagnons ébrieux et enjoués de Comus. Le plaisir du chef et de ses troupes fut communicatif.

Le roi Arthur

Semi-opéra de Purcell. Avec Anna Prohaska (soprano), Daniel Moody (contre-ténor), Andrew Staples (ténor), Tyler Duncan (baryton) et avec la participation de Sheila Dietrich, Marie Magistry, Josée Lalonde et Robert Huard. La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Maison symphonique de Montréal, samedi 13 mai.