Une glorieuse ascension vers la lumière pour Bernard Labadie avec l’OSM

Bernard Labadie
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Bernard Labadie

La présence de Bernard Labadie à la tête d’un OSM en formation réduite, dans un programme Haydn-Mozart-Beethoven, samedi et dimanche, n’était pas anachronique. Il est courant, depuis une vingtaine d’années, que les institutions symphoniques invitent des chefs reconnus pour leur expertise dans les styles baroque et classique.

L’idée, au départ, tenait majoritairement du marketing et aboutissait à quelque chose de quasiment absurde : à quoi servait de faire venir deux ou trois fois par an des musiciens baroques pour faire un travail stylistiquement inverse à celui des directeurs musicaux ? Heureusement, l’OSM n’a jamais donné dans cette errance.

Aujourd’hui, les chefs « traditionnels » étant de plus en plus stylistiquement informés (Kent Nagano en est un bon exemple), plutôt que de ramer à contre-courant, des chefs tels que Labadie, McGegan, Manze ou Suzuki viennent approfondir un travail de fond, et leur apport spécifique et légitime aux institutions symphoniques peut tout à fait être amené à se développer. C’est exactement dans cette configuration qu’il faut inscrire le concert de cette fin de semaine, associant pour la première fois depuis (trop) longtemps l’OSM et Bernard Labadie.

Pour un concert de chef invité, le degré de finition (nuances, équilibres, travail sur les coups d’archet) avec lequel Labadie a su façonner — avec une présence physique impressionnante malgré sa position assise — une interprétation de haut vol de la symphonie Jupiter de Mozart tenait du très grand art. On pense évidemment à la montée vers la lumière du finale, à la fin du 3e mouvement, au passage haletant dans le second volet, mais aussi à tous les dosages faisant passer les bois et dosant exactement les trompettes (admirable travail de tous les instrumentistes). Cette Jupiter, un régal sensoriel et intellectuel, était parfaitement annoncée, après un éclair d’hésitation initiale, par l’ouverture L’Isola disabitata de Haydn, très riche en oppositions de climats et de rythmes.

Quant au Triple concerto c’est un cadeau empoisonné pour tout chef invité, surtout lors qu’il met à contribution des solistes de l’orchestre. Certains auditeurs avaient sans doute en mémoire la prestation, ici, du Toronto Symphony en 2012 et de sa violoncelliste Shauna Rolston, qui donnait très envie d’être ailleurs ! Rien de tel avec Andrew Wan, impérial, et Brian Manker, magnifiquement épaulés par François-Frédéric Guy. Dommage que, samedi, Manker ait connu un trou de mémoire au début du Finale, après avoir si bien réussi la transition entre le 2e et le 3e mouvement. Manker s’est désuni ensuite, mais son collègue Wan a réussi à le renvoyer dans l’arène. Bernard Labadie a accompagné le concerto en faisant de l’orchestre un vrai « tapis à solistes ».

Petit détail : j’aurais aimé pour ma part que le chef décale et dégage la timbale entre les trompettes et les contrebasses. Par ailleurs, on notera que Labadie a dirigé un tel programme sans opposer sur scène les violons 1 et violons 2, ce qui laisse à penser qu’en dépit des qualités acoustiques de la Maison symphonique, le rendu sonore selon l’emplacement des instruments sur la scène nécessite de faire des compromis.

Bernard Labadie dirige Haydn, Mozart et Beethoven

Haydn : L’Isola disabitata (ouverture). Beethoven : Triple Concerto pour violon, violoncelle et piano, op. 56. Mozart : Symphonie n° 41, K. 551, « Jupiter ». Andrew Wan (violon), Brian Manker (violoncelle), François-Frédéric Guy (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Bernard Labadie. Maison symphonique de Montréal, samedi 29 avril 2017.

1 commentaire
  • Jacques Normand - Abonné 1 mai 2017 10 h 00

    Un piano muet à la rangée F du balcon

    Assis à la rangée F du balcon pour la première partie du concert, nous avions une vue directe sur le système d'éclairage et entendions à peine les sons du piano, surtout dans les graves.

    Après la pause, nous avons occupé des sièges vacants de la section "Prestige" du parterre. Le contraste acoustique était fulgurant.

    Jacques Normand
    Abonné