Vadim Gluzman et le génie créateur de Peteris Vasks

Le violoniste Vadim Gluzman
Photo: Marco Borggreve Le violoniste Vadim Gluzman

Le concert d’I Musici, associant une subtile rareté de Tchaïkovski à des oeuvres de Vasks et de Chostakovitch, faisait écho à bien des événements récents.

Dans la conception du programme, la teneur musicale et la qualité de la prestation, il offrait un superbe prolongement à la prestation de la Kremerata Baltica.

Par ailleurs, une semaine après les clowneries de Joshua Bell à la Maison symphonique, il était rassurant et émouvant de voir un grand violoniste, Vadim Gluzman (moins « marketing », mais bien meilleur que l’autre), donner de sa personne et de son talent pour imposer un compositeur de notre temps.

Quant à Distant Light, une oeuvre composée en 1997, l’effet produit sur les auditeurs ne trompe pas. « Quelle découverte ! », « Quelle oeuvre extraordinaire ! » : plusieurs personnes me faisaient part, à la pause, de leur émotion. Il n’y a pas de doute : un chef-d’oeuvre, fût-il contemporain, s’impose de lui-même. La 5e symphonie de Jacques Hétu, Distant Light de Vasks, Flammenschrift de Connesson (que Nézet-Séguin a programmé à Philadelphie la saison prochaine), Blue Cathedral de Higdon (que, sauf erreur de ma part, on n’a toujours pas entendu ici), tout comme maintes oeuvres de McMillan et Lindberg, n’ont pas besoin d’avocats, de harangues, d’imprécations et de tentatives de culpabilisation. D’ailleurs, ces compositeurs et leurs oeuvres sont à même de réamorcer une saine curiosité du public pour la création. Encore faut-il les connaître et les programmer !

Double flamme

Distant Light est l’une des oeuvres les plus parlantes de Peteris Vasks, compositeur dont Le Devoir ne manque pas une occasion de souligner le génie. Gluzman, qui a travaillé le concerto avec Vasks, a évoqué que la lumière lointaine en appelait à la nostalgie de l’enfance, mais aussi à un espoir de vraie indépendance politique et culturelle de la Lettonie. Le discours musical est judicieusement réorienté par trois cadences. Sans faire la moindre concession, Vasks s’adresse aux tripes et aux sens de l’auditeur. Gluzman a interprété le concerto avec une puissance renversante, accompagné de manière très affutée par I Musici. Dommage que le violoniste a trop tapé du pied pendant la 3e cadence. La magie n’a heureusement pas été rompue.

Le concerto était manifestement très travaillé. Rien à voir avec ces prestations « touristiques », à peine mises en place, que l’on nous sert en d’autres lieux. Ce travail forcené a aussi magnifié le 2e Quatuor de Chostakovitch, dont l’élargissement orchestral redouble l’ardeur et la hargne. La conclusion de l’oeuvre, notamment, appelle littéralement cette amplification.

Dans son travail de transcription, Zeitouni colle à l’original, mais utilise aussi, judicieusement, quelques interventions solistes : violon dans le mouvement lent et alto pour exposer le thème du Finale. La cohésion et la puissance d’I Musici ont été tout aussi admirables que les solos de Julie Triquet, au violon.

Grand et mémorable concert. On l’a déjà dit, mais on le répète : il se passe de très belles choses chez I Musici ces temps-ci.

Lumière lointaine

Tchaïkovski : Élégie pour cordes en sol. Vasks : Concerto pour violon et cordes, « Distant Light ». Chostakovitch : Quatuor à cordes n° 2 (arr. Zeitouni). Vadim Gluzman (violon), I Musici, Jean-Marie Zeitouni. Salle Bougie, vendredi 24 février.