Mozart tranchant

Le chef a imprimé une lecture puissante, très engagée et lapidaire des symphonies.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le chef a imprimé une lecture puissante, très engagée et lapidaire des symphonies.

I Musici de Montréal et Jean-Marie Zeitouni avaient un sacré coup à jouer jeudi. Une salle Bourgie pleine témoignait d’un succès de curiosité pour ce concert lors duquel les trois ultimes symphonies de Mozart étaient enchaînées — avec quelques applaudissements et un bref accord des instruments entre chacune. En effet, I Musici est, ces dernières années, l’institution accusant le plus important hiatus entre l’excellence et la constance des prestations et une assistance souvent décevante.

Pour une reconquête du public, Jean-Marie Zeitouni y est allé ni avec le dos de la cuillère ni avec charme. Le chef a imprimé une lecture puissante, très engagée et lapidaire de ces symphonies.

Le triptyque en tant que parcours de 90 minutes est une expérience musicale fascinante, qui justifie effectivement une dramaturgie que Nikolaus Harnoncourt a mise en exergue. L’approche au rasoir de Zeitouni participe de la même logique, une logique suivie avec grande cohérence. C’est un choix, respectable, mais ce n’est pas le mien.

Le positionnement d’I Musici non comme l’orchestre de chambre haut de gamme de Montréal, mais comme une sorte de « Violons du Roy + », ensemble baroque sur instruments modernes, mais mu par une vision dogmatique crispée, me semble une funeste erreur. La langue qui était naturelle à Nikolaus Harnoncourt et ses musiciens, parce qu’ils la pratiquaient ensemble depuis 50 ans, ne peut être incarnée avec une telle intransigeance par des « nouveaux venus à la chose ». En d’autres termes, quelqu’un qui apprend l’italien depuis trois mois ne va pas se mettre à faire une conférence publique en italien sur Dante.

Le travail de Jean-Marie Zeitouni est énorme : articulations, tempos, balances (un beau relief des bois). Mais en choisissant d’exclure complètement le vibrato, Zeitouni fait, hélas, le pas de trop. Car, même sans rentrer dans des questions de techniques de jeu (archet) ou de légitimité historique, ce choix implique un débalancement dans la perception des couleurs et de l’intonation (j’ai carrément souffert pendant la 39e Symphonie) et accroît le sentiment de rigidité et, surtout, de déshumanisation. Or, Mozart est un compositeur d’opéra, donc Mozart chante.

Jouer Mozart aujourd’hui, dans une salle telle que Bourgie, ce n’est pas rechercher une manière supposément « stylistiquement informée », c’est s’adresser aux gens avec un langage qui vient les chercher. Ce langage doit respecter le chant, la tendresse, la joie et la douleur de Mozart.

Cela ne se fait donc pas en exposant des pseudo-vérités. Cela se fait en parlant au coeur.

Mozart : l’apothéose

Symphonies nos 39, 40 et 41. I Musici de Montréal, Jean-Marie Zeitouni. Salle Bourgie, le 24 novembre 2016.

1 commentaire
  • Yvon Massicotte - Abonné 26 novembre 2016 17 h 21

    Déception!

    L'idée de présenter les 3 dernières symphonies de Mozart sans interruption pour en faire ressortir un souffle commun dans la composition et l'expression n'a pas marché selon moi. En fait, nous avons été baignés, dans ces 3 symphonies, dans 3 univers complètement différents. Ces différences furent en plus accentués par les arrêts assez longs entre chaque symphonie pour réaccorder les instruments.

    Là où M. Huss parle d'intransigeance et de rigidité, j'ajouterais un manque de «respiration mélodique» et de jeu d'ensemble si essentiels chez ce compositeur.

    Un autre élément qui m'a frappé fut la mauvaise qualité acoustique de la salle Bourgie avec un orchestre de cette taille. Là où j'étais placé, il y avait une réverbération dans le registre médium-aigu qui dénaturait les sons des hautbois, flûte et clarinette surtout dans les forte. Pour un tel événement, une salle comme Maisonneuve ou Pierre-Péladeau aurait été, je crois, préférable.

    Bref, une soirée musicale que j'abordais avec un vif intérêt mais qui m'a déçu malgré quelque bons moments dans les 2e et 3e mouvements de la 40e.