Mullova et Dantone: immense désillusion!

Viktoria Mullova
Photo: Festival Bach Viktoria Mullova

Pour un spectacle donné le jour du Souvenir, voilà un concert dont on ne se souviendra pas longtemps !

En revenant, jeudi, du fabuleux récital d'Isabelle Faust et Alexander Melnikov à la salle Bourgie, je suis tombé à la télévision sur le passage d'un documentaire à propos de Leonard Cohen, où ce dernier disait en substance: « Le matin, si je constate que je n'ai pas le feu sacré, je me recouche. » Si Viktoria Mullova et l'Accademia Bizantina avaient appliqué ce précepte, vendredi, on aurait pu se mettre au lit de bonne heure!

De ces interprètes si réputés, qui nous ont si souvent convaincus en disque, nous n'avons pas vu grand-chose de plus que la routine de musiciens blasés venus cachetonner à Montréal. Il n'y avait guère que, vaguement, le Concerto BWV 1042 à se mettre sous la dent. Dommage parce que, pour nous, c'était a priori de la « grande visite ».

Quand, entre le concerto BWV 1041 et le BWV 1060, en première partie, les musiciens se sont longuement accordés, il était vraiment temps de le faire. Je m'attendais presque à ce qu'un tonitruant « merci! » fuse de l'assistance, parce que le bricolage dans le BWV 1041 était indigne d'interprètes de cette notoriété. Je ne parle pas que d'accord et d'intonation, mais surtout de l'absence de dialogue entre une soliste déroulant sa partie de manière musclée et indifférente et à un « orchestre » (un instrument par partie) quasiment inexistant.

Tout le monde était accordé pour le BWV 1060, sauf que la chose, risible, aurait pu porter le titre Sans son et Dalila. Le BWV 1060 est un concerto pour deux clavecins, qui marche très bien en version pour violon et hautbois, mais assurément pas en mouture violon et clavecin, en raison du gouffre qui sépare les deux instruments en termes de projection sonore, surtout cette pauvre mauviette de clavecin décharné et atone que nous avons subie hier. Pour éviter partiellement le ridicule, il aurait fallu mettre le clavecin devant et Mullova derrière.

De toute façon, en termes d'équilibres sonores et d'interaction entre la soliste et l'orchestre, rien n'était concluant. Du temps de Bach, un concerto était un partage musical dans lequel le soliste émanait du groupe. Il est sidérant de voir des artistes aussi conscients de style que Mullova et Dantone entériner une vision romantique du concerto, où le soliste se pavane en faisant cavalier seul.

La déception était peut-être amplifiée par la comparaison avec la pertinence et la hauteur de vue de la prestation d'Isabelle Faust la veille, mais j'ai vraiment eu l'impression de voir, vendredi, des gens remplir un contrat sans âme ni grâce. Même si le dernier concerto présenté tenait la route, même si le son de Mullova reste beau, Montréal se souviendra dans ces concertos d'Isabelle Faust et Jonathan Cohen avec les Violons du Roy et, au Festival Bach, du fabuleux BWV 1042 de Georg Kallweit et Akamus Berlin, il y a tout juste un an à la Cathédrale Christ Church.

Quel gouffre entre cette vraie interprétation, quasi mystique, et la désillusion de vendredi soir!

Prélude au Festival Bach

Concertos pour violon BWV 1041 et 1042. Concerto pour violon et clavecin BWV 1060 (d'après le Concerto pour 2 clavecins). Concerto pour violon BWV 1053 (d'après le Concerto pour clavecin). Viktoria Mullova (violon), Accademia Bizantina, Ottavio Dantone (clavecin). Église St Andrew St. Paul, vendredi 11 novembre.

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