La chanteuse canadienne du bout du monde

Tami Neilson
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Tami Neilson

Toute petite, la planète. De qui donc s’empresse de me parler Tami Neilson, fabuleuse chanteuse country-soul-blues-gospel, grande vedette en Nouvelle-Zélande, en tournée canadienne pour la première fois, en spectacle à l’Upstairs ce mercredi ? « Damien Robitaille ! He’s a big deal here, isn’t he ? On chantait avec lui dans la chorale, en Ontario. C’était l’ami de mon petit frère ! » Dans le P’tit extra, adjacent au Lion d’Or, mon étonnement la fait sourire sous sa frange à la Bettie Page.

Bien sûr, revue de presse aidant, je sais depuis quelques semaines — depuis la sortie locale de son cinquième album : le vibrant Don’t Be Afraid — qu’elle est Canadienne d’origine. Qu’avant de partir en 2006 chez les Kiwis pour y mener une carrière solo et y fonder une famille, elle était l’une des Neilson. Famille country « dans la tradition de la Carter Family », qui a joué à la même affiche que Loretta Lynn, Johnny Cash. The Neilsons ? Famille familière dans le ROC, jamais le moindre écho ici. « Nous n’avons jamais joué au Québec. Je suis venue à Montréal une fois, quand je fréquentais mon futur mari. On a été au Festival de jazz, pour voir Tony Bennett. »

 

Tami Neilson - Don’t Be Afraid

Les deux solitudes, encore et toujours, à moins que ce ne soit l’état des routes. Il aura fallu la reconnaissance aux antipodes pour qu’elle revienne. À peine un détour. « Mon grand plan secret ! Me marier avec un Néo-Zélandais, déménager au bout du monde, me faire connaître, obtenir du succès : dix ans plus tard, enfin le Québec ! » Elle pouffe d’un grand rire, visiblement ravie.

Exil volontaire et nécessaire, comprend-on. « Je crois qu’autrement, je ne me serais jamais extirpée du filet de protection des Neilson : on ne se met pas beaucoup en danger quand on chante en famille… » Son premier album néo-zélandais, Red Dirt Angel (2008), était composé « à partir des démos que je colportais à Nashville », et s’imposer chanteuse country là-bas tout là-bas est un sacré pari : « On n’est pas tellement country en Nouvelle-Zélande. Il m’a fallu jusqu’à Dynamite ! [son quatrième album, paru en 2014] pour comprendre et faire comprendre qui j’étais. Ce mélange de mon père blues et rock’n’roll, de ma mère pure et dure country, avec le gospel de ma jeunesse. Et mon goût pour le jazz là-dedans. »

Discipline et lâcher-prise

Il y a tout ça et plus dans Don’t Be Afraid. Tami Neilson est un peu beaucoup Patsy Cline chez Ella Fitzgerald, ou alors Imelda May chez Peggy Lee, c’est comme vous voulez, comparaisons certes excessives, mais pas sans vérité. Elle peut beaucoup, Tami : large registre, voix formidable et maîtrise des moyens. Sait quand retenir la note (If Love Were Enough, à feu doux), quand lâcher prise (Holy Moses, pleins poumons). « Là encore, c’est la discipline en famille, et la liberté en solo. Par moments, en studio, je chantais comme si c’était une berceuse pour mes enfants, et à d’autres, comme si j’avais une foule à convaincre. »

Rendus à fleur de peau, tout le temps : l’album a été enregistré avant et après le décès de son père en février 2015. « J’étais dévastée, j’ai couché dans ses pyjamas pendant des semaines pour le sentir encore vivant… » La chanson-titre, la toute dernière de Ron Neilson, parachevée par Tami et son frère Jay, est testamentaire : on peut entendre le démo à la fin de l’album. « J’avais écrit Bury My Body pour lui, pour exprimer sa force devant la mort. Et quand je la lui ai fait entendre, il m’a parlé de ce blues sur lequel il travaillait, qu’il avait d’abord appelé Fear Not. À l’hôpital, je lui ai dit que je serais sa voix. Et pour la suite de l’album, j’ai été pour ainsi dire en mission. »

Et cette mission se poursuit. En tournée jusqu’ici, avec ses musiciens de là-bas. « Je les voulais avec moi, même si ça veut dire qu’on finit par payer pour ce voyage. C’est mon band. En studio comme en spectacle. Cet album, c’est aussi leur son. C’est ma famille néo-zélandaise d’adoption. Et mon frère Jay traverse le Canada avec nous. Mon père disait : “Il y a le diamant, mais c’est l’écrin qui met en valeur.” Je pense que j’ai besoin d’être bien entourée. » Je lui dis que l’Upstairs, c’est la noble porte d’entrée, mais que cet album demande une grande scène, pourquoi pas au Festival de jazz l’an prochain ? « J’en rêve… » On est plusieurs.

En spectacle à l’Upstairs mercredi 5 octobre, à 20 h, 21 h 15 et 22 h 30.

Don’t Be Afraid

Tami Neilson, Outside

1 commentaire
  • Brian Monast - Abonné 4 octobre 2016 07 h 25

    Quelle belle chronique!

    Merci.