Kolesnikov et Grosvenor, deux jeunes géants

Benjamin Grosvenor
Photo: Source Decca Benjamin Grosvenor

Les pianistes Pavel Kolesnikov et Benjamin Grosvenor éclaboussent de leur talent la rentrée discographique avec des parutions chez Hyperion et Decca.

Le fait de la décennie est l’arrivée d’une génération de nouveaux pianistes qui, loin du feu de paille ou de la « saveur du mois », ont tout pour s’installer durablement dans le paysage, comme les nouveaux Brendel, Pollini, Argerich, Lupu ou Ashkenazy de notre temps.

À ce niveau et dans cette perspective je plaçais jusqu’ici Benjamin Grosvenor (24 ans), Beatrice Rana (23 ans) et Daniil Trifonov (25 ans). À en juger par son sublime disque de Mazurkas de Chopin que publie Hyperion, il se pourrait bien que le Sibérien Pavel Kolesnikov (27 ans) vienne former un quatuor de jeunes géants.

 

Pavel Kolesnikov joue la Mazurka Op 59 n°3 de Chopin

Alors qu’Hyperion a dans ses rangs Marc-André Hamelin, Stephen Hough, Steven Osborne, plus quelques autres, le label anglais a engagé Pavel Kolesnikov, lauréat du Concours Honens en 2012. Son CD de Mazurkas de Chopin, un pur miracle, est assurément en lice pour le top 3 des meilleurs disques de 2016.

Fa dièse mineur : c’est l’une des tonalités les plus dramatiques de la musique. Mozart n’a osé s’y accrocher que deux fois (emblématiquement dans le mouvement lent du 23e Concerto) en plus de 600 oeuvres. La Mazurka en fa dièse mineur op. 59  n° 3, cinquième station du parcours de Kolesnikov, est quasi irréelle de finesse de sentiment et de toucher. Mais le meilleur est dans ce qui s’enchaîne… Car Kolesnikov propose un parcours personnel d’une lumineuse intelligence en 24 volets à travers la soixantaine de Mazurkas. On est au-delà de Rubinstein, le mètre étalon ès mazurkas. Cela dit tout de ce disque qui laisse pantois.

Grosvenor hors normes

 

Benjamin Grosvenor a été lancé plus tôt dans la carrière. À 14 ou 15 ans, les observateurs anglais savaient déjà qu’il était hors normes. Decca l’a engagé. Il n’a jamais déçu, y compris en concert à Montréal et Ottawa, où son 1er Concerto de Beethoven avec Alexander Shelley égalait le concert Radu Lupu-Paavo Järvi que j’avais vu quelques mois plus tôt à Paris.

Son disque Homages, rassemble la Chaconne de Bach, transcrite par Busoni, deux Préludes et fugues de Mendelssohn, le Prélude, choral et fugue de Franck, la Barcarolle de Chopin et Venezia e Napoli de Liszt. C’est une plongée indescriptible et presque irréelle dans une cosmogonie des sons, chaque résonnance semblant engendrer un nouvel univers sonore.

 

Benjamin Grosvenor joue le Choral de Franck

Kolesnikov, pianiste de la phrase, et Grosvenor, maître des sons, vont nous donner encore bien des vertiges…

«Mazurkas» de Chopin

Pavel Kolesnikov et Benjamin Grosvenor, Hyperion, CDA 68137.