Kaytranada devient le premier Noir à remporter le prix Polaris

Kaytranada, qui était dans la salle du Carlu, au centre-ville de Toronto, a lancé que ce prix revenait «à tout le monde à Montréal, et à tous mes haïtiens à Montréal».
Photo: Chris Young La Presse canadienne Kaytranada, qui était dans la salle du Carlu, au centre-ville de Toronto, a lancé que ce prix revenait «à tout le monde à Montréal, et à tous mes haïtiens à Montréal».

Le compositeur, remixeur et DJ montréalais Kaytranada a remporté hier soir à Toronto le prix Polaris, décerné au meilleur disque canadien de l’année, déterminé par un jury composé de critiques et de membres de l’industrie de la musique. Grâce à son premier album paru en mai dernier, 99,9 %, il devient ainsi le sixième musicien (ou groupe) québécois à remporter cette distinction, ainsi que la bourse de 50 000 $ dollars qui s’y rattache.

Kaytranada, qui était dans la salle du Carlu, au centre-ville de Toronto, pour assister à ce gala retransmis en direct sur le Web, paraissait aussi ému qu’éberlué de recevoir le prix. Cherchant ses mots, il s’est contenté de remercier sa maison de disques, XL Recordings, et « tous mes proches », avant de lancer, en français cette fois, que ce prix revenait « à tout le monde à Montréal, et à tous mes amis haïtiens à Montréal ». Le jeune musicien de renommée internationale devient le premier Noir à remporter le Polaris depuis la création du prix, en 2006, une récompense qui a échappé ces dernières années à Drake, The Weeknd, Shad et K’Naan.

Sa victoire est d’autant plus méritée que la compétition paraissait particulièrement relevée. L’album 99,9 % affrontait ceux des favoris Andy Shauf, Saskatchewanais distillant une savoureuse chanson folk-pop (The Party), la Montréalaise Grimes (Art Angels), ou encore Carly Rae Jepsen et son opus pop grand public E.MO.TION.

Cette courte liste du Polaris 2016 était également dominée par des musiciennes : en plus des épatants disques de Rae Jepsen et Grimes, il fallait aussi compter sur ceux de Basia Bulat (Good Advice), Jessy Lanza (Oh No), U.S. Girls (Half Free) et du groupe hardcore vancouvérois White Lung (Paradise), mené par une incandescente et indomptable Mish Way-Barber, qui a offert la plus électrisante performance du gala. L’année dernière, le prix avait été remis à la vénérable Buffy Sainte-Marie pour son album Power in the Blood.

Révélé grâce à une poignée de remixes disséminés sur le Web il y a six ans, Kaytranada (Louis Kevin Celestin) s’est rapidement fait un nom sur la bouillonnante scène hip-hop montréalaise à coup de mixtapes et de rythmiques offertes aux collègues rappeurs québécois. Possédant un sens du groove à tout rompre, il est passé maître dans l’alchimie du rap et du house, du r&b et des rythmes afro-latins et brésiliens, avec cette valeur ajoutée au registre des basses fréquences par laquelle il a su tirer l’oreille du public britannique, le premier hors de nos frontières à avoir reconnu son talent. Recruté par la prestigieuse étiquette indépendante XL Recordings, le Québécois est aujourd’hui internationalement consacré comme une étoile des planchers de danse.

Décerné annuellement depuis onze ans, le prix de musique Polaris est calqué sur le Mercury Prize, instauré en 1992 pour concurrencer le gala des Brit Awards, l’équivalent britannique des Grammy. Jeudi soir dernier, le 25e prix Mercury fut remporté par le rappeur Skepta pour Konnickiwa, son quatrième album solo, qu’il était venu défendre sur scène à Montréal pendant le festival Osheaga. Le jury a alors préféré le disque de ce vétéran de la scène grime londonienne à ceux de ses onze concurrents, dont David Bowie, Radiohead et Laura Mvula.


 
2 commentaires
  • Jean Lefebvre - Inscrit 20 septembre 2016 19 h 24

    En 2016, vraiment?

    Qu'est-ce que le fait d'être noir à avoir avec ses capacités à remporter ce prix. Pourquoi s'étonne-t-on de la couleur de peau du gagnant! Bravo à Kaytranada pour son originalité et ses excellants remix, mais cela n'a rien à voir avec son groupe ethnique, sa couleur, sa religion ou son orientation sexuelle. C'est ridicule parler de la couleur de sa peau pour attirer l'attention et cela diminu l'ampleur et la qualité de son travail... Une telle phrase dans les années 60-70 aurait pu souligner un début d'ouverture d'esprit des "blancs" mais aujourd'hui c'est impensable! Honnêtement cela frise le racisme.
    Jean

  • Isabelle Roberge - Abonnée 20 septembre 2016 21 h 52

    Isabelle Roberge

    Effectivement.
    Qu'est-ce qui a bien pu motiver ce titre? Est-ce de l'auteur ou de l'éditeur?