Le bonheur à échelle humaine

DJ Champion et ses G-Strings, survivant, plus vivant que jamais
Photo: Francis Gagnon DJ Champion et ses G-Strings, survivant, plus vivant que jamais

Année de consécration pour le Festif de Baie-Saint-Paul que cette édition 2016. Foules records, météo idéale, mais aussi, et surtout, un festin musical à la hauteur des attentes suscitées par une programmation fignolée avec finesse et audace. On nous promet d’ailleurs déjà une 8e édition.

Preuve que la magie peut opérer à tout moment dans un tel festival, les irréductibles qui étaient de cette belle foule compacte et souriante au quai de Baie-Saint-Paul, dimanche midi, se souviendront longtemps de la prestation remarquable offerte par la bande à Fred Fortin.

Sous le ciel bleu, dans cette brise légère du Saint-Laurent, il en était à son premier spectacle de la tournée de son plus récent album, Ultramarr. Sentiment d’assister au début d’une autre belle aventure, malgré le caractère encore du brut dudit diamant. Baptême scénique plus que réussi, flanqué de ses acolytes habituels, dont l’excellent guitariste Olivier Langevin. « À partir de maintenant, notre tournée ne peut que décliner », a blagué le principal intéressé.

Il faut dire qu’il y avait de la joie sur scène, avec le fleuve et l’Île-aux-Coudres en toile de fond. Et ce Fred Fortin tout sourire a livré beaucoup de son Ultramarr, solos bien dosés inclus, mais aussi quelques morceaux réarrangés des albums précédents, dont Mélane, en simple duo avec Olivier Langevin. Malgré deux rappels, le public en aurait pris plus. L’après-midi aurait pu s’étirer, personne n’aurait vu le temps passer.

Foule record

Même sentiment d’oublier le temps qui passe avec Yann Perreau, en « apéritif » sur la plus grande scène du Festif, samedi. Le meilleur du Fantastique des astres y est passé, mais aussi les plus connues. Finale d’ailleurs très rock pour Beau comme on s’aime. De quoi mettre la table pour DJ Champion et ses G-Strings, survivant, plus vivant que jamais. Et bien sûr, tout le monde, dans cette foule de plus de 3000 personnes, connaissait déjà Life is Good, sortie ce printemps.

Si les festivaliers étaient aussi nombreux, une foule record en fait pour cette septième édition du Festif, ils étaient partout en ville ce samedi. La preuve que tout le coeur de Baie-Saint-Paul bat, le temps de trois jours, au rythme de ce festival qui s’invite dans la rue à grands renforts de duels de fanfares et de prestations dansantes. Ce fut le cas cette année avec Sunny Duval et son nouvel album New wave de plage. Même chose pour Canailles, qui a d’ailleurs profité de l’occasion pour promettre un nouveau disque cet automne.

Donner l’élan

Vendredi, pourtant, la météo se présentait sous de mauvais augures. Il aura cependant suffi de quelques notes d’Avec pas d’casque pour que le Festif prenne son bel élan pour la fin de semaine.

Il était à peine midi, heure de festival, lorsque la bande de Stéphane Lafleur est montée sur la petite scène dressée sur le quai de Baie-Saint-Paul. Retour attendu et tout en douceur pour Avec pas d’casque, qui a enchaîné les pièces connues de la petite foule familiale, tout y ajoutant quatre morceaux du disque Effets spéciaux, à paraître en septembre. Des indices que, dans la continuité, le groupe poursuit sur une belle lancée.

Si Avec pas d’casque a lancé le bal, la suite était à l’avenant. D’abord avec The Barr Brothers, groupe fondé par des Montréalais d’adoption, et un peu par hasard. Ici, on voyage dans les pièces qui planent doucement, toujours dans des accents de musique folk et indie.

Le groupe, qui a su se débrouiller malgré la sonorisation souvent boiteuse et la chaleur suffocante du chapiteau sous lequel il se produisait, aurait peut-être aimé être ailleurs, tant la foule parlait haut et fort durant tout le spectacle. C’est à peine si leur plus gros hit, Beggar in the Morning, aura su capter suffisamment l’attention.

Fêtes nocturnes

On aurait plutôt vu les Barr Brothers partager la même scène que Half Moon Run, qui a eu droit à la plus grande des 15 scènes de Baie-Saint-Paul, devant laquelle au moins 3000 personnes étaient amassées vendredi en soirée.

Tout un succès que ce spectacle particulièrement réussi, énergique et franchement stupéfiant du groupe montréalais qui marche résolument dans les traces profondes et inspirées d’Arcade Fire, notamment pour Call Me in the Afternoon.

Un quatuor scénique qui a également pris acte de l’oeuvre de Radiohead, au point de leur faire quelques emprunts pour le moins évidents. Et même si sur disque, le tout sonne parfois très lisse, sur scène, le son prend du galon. La foule en redemandait, conquise, entre deux séances de « body surfing ».

Sinon, en rafale, on salue la belle fête nocturne offerte par Yves Lambert, mais aussi celle de Dumas. Un spectacle à voir, résolument dansant.

Enfin, belle trouvaille à renouveler l’an prochain que cette formule des « imprévisibles » annoncés à la dernière minute, qui nous a notamment donné un Keith Kouna juché dans des escaliers, dans une ruelle du centre-ville. Et samedi, Dumas a littéralement grimpé sur le comptoir de l’Accommodation pour livrer sa prestation dépouillée.

Né de l’initiative de quelques jeunes de la région, contre vents et marées, le Festif a prouvé cette année qu’il est non seulement là pour rester, mais aussi pour devenir une référence dans le circuit des festivals au Québec. Pour les mélomanes, séduits en outre par la beauté des lieux, l’intérêt ne peut que grandir.