Blackshaw-Zeitouni: entente cordiale

Le pianiste anglais Christian Blackshaw
Photo: Herbie Knott Le pianiste anglais Christian Blackshaw

La salle Bourgie était heureusement comble pour la première venue à Montréal du pianiste anglais Christian Blackshaw, dans une oeuvre qui a marqué la carrière de son maître Clifford Curzon. On espère qu’avec ce que les auditeurs ont perçu, y compris dans les oeuvres de Stravinski et Schubert, ils reviendront voir I Musici.

La qualité doit payer un jour et ce jour est venu. De tels concerts ont leur place à la Maison symphonique, tout simplement parce que celui de jeudi était meilleur que les trois quarts des propositions artistiques de l’OSM et quasiment comparable au niveau des Violons du Roy.

I Musici et Jean-Marie Zeitouni, lorsqu’ils invitent un tel artiste, méritent la Maison symphonique tout comme l’ont mérité Les Violons du Roy qui, pendant 10 ans, ont erré à Montréal d’église en église et de salle en salle. Nous avons un grand orchestre de chambre à Montréal, sachons le reconnaître et suivre ses activités. À propos de la Maison symphonique : celle-ci était occupée par le programme OSM Soul, concert qui semble avoir défoncé les plafonds de matraquage publicitaire, comme s’il s’agissait de l’événement classique de l’année. Il serait tout de même anachronique que l’OSM verse dans le populisme pour ensuite y laisser sa chemise à chercher à vendre la chose… mais c’est un autre débat !

Revenons donc à la musique, avec une considération pas si éloignée. Car les visées de Blackshaw et Zeitouni dans le 27e concerto de Mozart étaient tellement hautes qu’elles auraient nécessité l’aération acoustique de la Maison symphonique et, plus encore, le piano de la Maison symphonique. Christian Blackshaw était nettement supérieur à son instrument jeudi, un Steinway certes, mais que l’on sait rétif et qui a certaines résonances métalliques peu avenantes dans le haut médium. Et pour appeler un chat un chat, jamais András Schiff n’aurait pu, sur ce piano-là, donner le récital de la semaine dernière…

Si l’on en vient à tant de détails, c’est que le travail dans la fusion des phrases et des nuances entre piano et orchestre semble être la base du travail de Blackshaw en concerto. Visiblement, il n’est pas un pianiste qui vient jouer sa partie ; il cherche un dialogue très intense et infiniment ciselé, beaucoup plus qu’à l’habitude en concerto. Ce dialogue fut excellent dans le 1er mouvement, fascinant dans le 2e et envoûtant dans le 3e, où Blackshaw et Zeitouni sont allés chercher des nuances extraordinaires. Le reste était poésie pure…

Cette rencontre a stimulé chef et orchestre : ils nous ont donné après la pause une 5e de Schubert de si haute volée dans la cambrure et la clarté polyphonique que je rêvais de les entendre dans les trois dernières symphonies de Mozart. Le chef avait placé les bois en avant, comme Jean-François Rivest dans la Grande, et le résultat fut fameux.

Reste à déplorer le mauvais choix de Dumbarton Oaks, oeuvre que j’aime beaucoup et qui a été dirigée avec les nécessaires arêtes rythmiques, mais qui ne préparait absolument pas le cerveau et les sens à recevoir l’ultime concerto pour piano de Mozart.

L’idéal classique

Stravinski : Dumbarton Oaks. Mozart : Concerto pour piano no 27, K. 595. Schubert : Symphonie no 5. Christian Blackshaw (piano), I Musici de Montréal, Jean-Marie Zeitouni. Salle Bourgie, jeudi 5 novembre 2015.