Le coeur vibraphone de Joëlle Saint-Pierre

Joëlle Saint-Pierre a lancé son véritable premier album en septembre dernier.
Photo: William Mazzoleni Joëlle Saint-Pierre a lancé son véritable premier album en septembre dernier.

Le vibraphone résonne dans la chapelle d’Ulverton, on dirait que l’instrument survole les bancs, sorte de machine volante début XXe avec ses tubes poussant l’air, aéronef de musique aux commandes duquel Joëlle Saint-Pierre suit sa mélodie. « Il ne reste plus rien de notre danse/Que cette onde absorbée/Par le silence/Comme un choc électrique… » On est ainsi portés, transportés dès la première chanson de l’album Et toi, tu fais quoi ?. « Il n’y a pas beaucoup de sons graves », constate la chanteuse, multi-instrumentiste de formation classique. « C’est plutôt des hautes fréquences, alors c’est plus aérien. Plus hypnotisant, aussi. Tu joues deux-trois notes et t’es un peu buzzée »

Massif, son vibraphone Royal-harp fait pourtant corps avec elle, un peu comme la harpe et le violoncelle font partie de Jorane. « C’était un défi au début, cette idée que le vibraphone soit le principal instrument harmonique. Comment j’allais faire pour chanter en même temps ? » Joëlle n’avait pas remporté le Premier Prix avec grande distinction en percussions classiques en se tournant les pouces : elle y est parvenue, littéralement, à la force des poignets. « Maintenant que je me sens à l’aise, c’est devenu une extension de moi. C’est une danse, le vibraphone, c’est très physique à jouer. Et très magique, aussi. »

Comment a-t-elle su, jeune prodige destinée tout naturellement à une carrière dans un grand orchestre quelque part dans le monde, que toutes ces années de vibraphone, de marimba jusqu’au Conservatoire de Boston serviraient ses chansons plutôt que des symphonies ? « Il faut avoir assez confiance en soi pour se lancer dans le vide. Il vient un moment où ça devient clair, ce qui te plaît pour vrai. Quand j’étudiais à Boston, j’avais assisté à un programme préparé par d’autres étudiants, et ça m’a frappée : ça ne m’intéressait pas, je ne faisais pas partie de ce monde. J’avais envie d’un accès plus direct aux gens… et à moi-même. »

Et Joëlle Saint-Pierre d’emprunter allègrement, allégée, le chemin chanson : minialbum avec le concours d’Éric Goulet en 2011, premier véritable album lancé en septembre dernier (réalisation Mathieu Charbonneau, de Timber Timbre). Étonnante envolée où l’on twiste baroque dans Jour doré, où l’on est très triste le temps d’une Rose (« Seule je saigne/Seule je suis la rose au cou brisé »), où l’on s’étourdit dans un tourniquet en folie (Carrousel). Avec Joëlle qui chante plus que doucement au-dessus de son vibraphone ou de son piano : parfois elle chuchote, parfois même les notes s’éteignent dans un soupir. « Mon but, c’est que les gens entrent dans ma bulle. » Et tout le Lion d’Or avec elle, ce samedi, dans le cadre de Coup de coeur francophone.

Son « projet chanson », comme elle dit, n’est pas toute sa vie. « J’aime l’idée de vies parallèles. J’ai enseigné le piano pendant longtemps, et j’ai découvert que j’aimais enseigner à des jeunes en difficulté. Alors j’ai commencé des études en orthophonie. Pour moi, c’est simple : quoi que je fasse, je suis mon coeur. » Là où vibre son vibraphone intérieur.

Et toi, tu fais quoi ?
Joëlle Saint-Pierre
Coyote Records

En programme double avec Barcella, samedi au Lion d’Or, à 20 h.