Il va très bien merci, et vous?

Moins de quinze mois plus tard, revoilà le noeud papillon fait homme. Stromae l’incroyable, l’as manieur de mots, de rythmes et de foules, le prestidigitateur de l’âme. Simples supplémentaires ? Comme s’il y avait quelque chose de simple chez Stromae. Bien sûr, c’est un peu beaucoup le même programme qu’en juin 2014 au même Centre Bell, ce « show total pour le bien des humains », écrivais-je alors, mais là n’est pas la question. La question est la suivante : ça va, Stromae ?

Après les annulations de l’été pour cause de « réaction au traitement préventif contre le paludisme » (dont le passage à Osheaga), après le drôle d’accident de la semaine dernière (quelque chose au visage, ça reste flou…) qui a forcé in extremis le remboursement des billets aux spectateurs de Minneapolis déjà prêts à recevoir le phénoménal chanteur belge, on se dit : quid ? Fatalement, on additionne et on s’inquiète : est-il fragilisé, celui qui dit souhaiter un hiatus de quelques années ?

La réponse vient vite, en écho à l’immense clameur qui l’accueille : c’est la fête. Et c’est la grande forme. Comme en 2014, avec quelque chose de plus, quelque chose qui ressemble à une victoire contre le sort. Comme si ces chansons, qui existent déjà pour permettre de dire la douleur, la colère, l’indignation, le cancer même, tout en dansant, tout en s’extirpant le méchant du corps, lui servaient aussi à répondre sans répondre. Stromae est en ville ce lundi et ce mardi pour se délester de sa déveine. Après tout, il est en tournée nord-américaine pour s’éprouver à nouveau, et à Montréal, il est en pays conquis. Sa tête de pont sur le continent. De quoi relaxer. En dansant.

« Les amis de la famille, ça va aussi ? » demande-t-il, comme si on lui avait déjà posé la question de sa santé à lui. Pas nécessaire. Ses chansons parlent pour lui, celles du premier album autant que du deuxième, si familières désormais : Bâtard, Peace or Violence, Te Quiero, Tous les mêmes, Ave Cesaria sont des amies que l’on retrouve ragaillardies, avec de belles couleurs aux joues. Elles ont pris du muscle, me dis-je. Pas surprenant que Stromae ait choisi de filmer les deux soirées au Centre Bell : Montréal est son tremplin, et il ne cesse pas de bondir dans Sommeil.

Le triomphe filmé

Évidemment, les effets sont ce qu’ils étaient. L’animation dans Quand c’est ?, ce crabe géant qui finit par prendre toute la place (oui, ça parle de cancer, à qui l’apprends-je ?), n’est pas moins terrifiante que la dernière fois, et la foule pas moins troublée. C’était un moment fort, ce l’est autant, même quand on s’y attend.

« Et vous, ça va toujours ? Parce que moi ça va pas… », répète-t-il, comme s’il allait nous révéler quelque chose. Mais non, c’est pour se plaindre des « french fries », ces usurpatrices nord-américaines, qui ne sont jamais que les frites belges du pauvre. Et Stromae d’entonner Moules frites. Il avait fait le même coup la dernière fois : on n’est décidément pas chez le docteur.

Formidable est dûment formidable (cette chanson terrible où un gars éméché ne contrôle pas trop ce qu’il dit, très personnage de Brel dans le genre) : seule différence, pour les caméras, toutes les lumières de l’amphi sont allumées, nous serons dans le film du nouveau triomphe. Stromae gambade dans son complet chic à pantalons courts, festival de percussions derrière, et puis dans Carmen, danse avec des compagnons d’un autre temps, danseurs-soldats démultipliés sur l’écran à grandeur de scène : ce n’est pas moins épatant qu’en 2014. Ça nous sort tout autant de l’ordinaire, ça fait tout autant de bien au corps d’exulter ainsi. Il n’y a qu’à voir Stromae, qui mène plus que jamais le jeu, avec abandon ET maestria en même temps.

Comment une maladie peut-elle résister à ça ? Ouste les microbes, la vie et Stromae gagnent encore. Alors, on danse ? Alors on danse. Et mardi n’a qu’à bien se tenir. Et le reste de l’Amérique aussi.

1 commentaire
  • Richard Labelle - Abonné 29 septembre 2015 14 h 15

    Mon premier

    C'était mon premier spectacle de Stromae et l'ébouissement fut total, la découverte sublime. Quelle énergie dans le centre Bell où tout le monde est resté debout, partout, pendant pratiquement tout le spectacle. La créativité dans les éclairages était remarquablement efficace! Seule petite ombre au tableau et qui n'a rien à voir avec la performence de Stromae; le son manquant d'ampleur, nous forçant parfois à deviner les paroles de ce bel artiste et par moment, durant quelques pièces, certaines notes de synthétiseurs étaient pratiquement inaudibles, surtout dans la finale de "Formidable". La musique ne réussisait pas à nous "enterrer" et la voix de Stromae était parfois en retrait durant certaines pièces. Ça contrastait avec le groupe en première partie (plutôt moche) où les voix étaient nettement plus présentes.

    Cela dit, et malgré ce petit bémol, la magie fut totale et j'ai déjà hâte que le DVD ou bluray soit disponible pour revivre cette fébrilité si envoutante. Bravo Stromae, tu m'avait conquis par ta musique, tes video-clips, maintenant tu l'as fait par ton spectacle. J'aurais dû acheter un billet pour la seconde représentation, mais je crois que c'est complet! On reprendra ça!