16e édition de l’Off jazz: le festival des migrants

Le concert d’ouverture sera consacré à la musique orchestrale des femmes sous la direction de la pianiste Marianne Trudel avec l’Orchestre national de jazz de Montréal.
Photo: André Chevrier Le concert d’ouverture sera consacré à la musique orchestrale des femmes sous la direction de la pianiste Marianne Trudel avec l’Orchestre national de jazz de Montréal.

C’est clair comme l’eau de roche qui rythme la circulation de capital. Oui, oui, oui… Au terme de sa quinzième édition, l’Off Festival de jazz avait enregistré un déficit. Afin d’étouffer cette avanie financière, les organisateurs de cet événement essentiel ont décidé cette année de faire appel aux migrants, aux « estrangers », comme disait Fernandel. De quoi, soit dit en passant, faire rager le premier ministre hongrois Viktor Orbán, la tête des noeuds nationalistes qui minent ces jours-ci la Vieille Europe.

Évidemment, pour tout connaître des us et coutumes qui distinguent d’ores et déjà cette édition no 16, on a fait appel à Jean-Jules Pilote, coordonnateur de l’Off depuis quinze ans. Autrement dit, la cheville ouvrière, le grand vizir, le grand ordonnateur. Pis ? « L’an dernier, on a eu une baisse de 10 % des entrées aux concerts payants. On voulait combler ce retard financier dès cette année. D’où la décision d’inviter des musiciens de l’étranger. »

L’identité respective des migrants qui vont participer à ce festival qui va se poursuivre du 1er au 15 octobre est celle-ci : les pianistes Marc Copland et Jean-Michel Pilc, les contrebassistes Miroslav Vitous et Linda Oh, ainsi que le guitariste Joe Morris, qui dispensera par ailleurs une classe de maître. Le concert d’ouverture, c’est à retenir, sera consacré à la musique orchestrale des femmes sous la direction de la pianiste Marianne Trudel avec l’Orchestre national de jazz de Montréal.

Ensemble, ils déclineront les compositions de Christine Jensen, Maria Schneider, Satoko Fujii et Carla Bley. On aurait apprécié un rappel des oeuvres de Mary Lou Williams ou de Melba Liston pour que ce ne soit pas exclusivement blanc, mais bon… Revenons aux migrants.

Vous aimez Keith Jarrett, Brad Mehldau, Aaron Parks ? Vous adorerez Marc Copland, à moins, bien sûr, que ce ne soit déjà le cas. De tous les invités de cet Off, ce francophile — il se débrouille pas mal en français —, né le 17 mai 1948 à Philadelphie, est le poids lourd. Il occupera la scène du Lion d’Or le 2 octobre en compagnie de son habituel complice quand il vient parmi nous, soit l’excellent contrebassiste montréalais Adrian Vedady, avec lequel il avait enregistré Live at Largo.

Toujours est-il que Copland est un poids lourd du piano parce qu’il est parvenu à faire l’alchimie du lyrisme cher à Bill Evans avec le style tout en économie de ce cher John Lewis. En d’autres termes, Copland est unique parce qu’il maîtrise plus que quiconque les combinaisons musicales, qui sont autant d’expressions de la finesse. Bref, du grand art. Pour s’en convaincre, suffit d’écouter ses albums parus sur les étiquettes Pirouet et hatOLOGY.

Copland mis à part, il faut se réjouir de la venue du contrebassiste Miroslav Vitous, qui clôturera cette édition au Club Soda le 10 octobre en compagnie de son ami le vibraphoniste Jean Vanasse. Ces deux bonshommes étant de vieilles connaissances en plus d’exceller dans leurs champs respectifs, la soirée devrait se dérouler à l’enseigne de la fluidité.

Parmi les migrants, il y a une curiosité : la contrebassiste Linda Oh, à qui le trompettiste Dave Douglas fait souvent appel. Elle sera à la tête d’un quartet new-yorkais, dont le redoutable batteur Rudy Royston. Également le 10 octobre. Quant au pianiste Jean-Michel Pilc, il se produira en solo le 9 octobre à la chapelle du Bon-Pasteur.

Sinon, il faut retenir mille fois plutôt qu’une que le génial Jean Derome dans le cadre de l’Année Jean Derome, la bien nommée, va occuper la scène du Lion d’Or le 8 octobre avec ses Dangereux Zhoms, qui pour l’occasion seront entourés de neuf musiciens. Sinon (bis), il faut également retenir que le saxophoniste Yannick Rieu, le saxophoniste au long cours, sera au Lion d’Or le 8 octobre et lancera un nouvel album.

Pour avoir le détail de la programmation de cette édition proposant 27 spectacles dans neuf lieux différents, on vous conseille de fouiner au www.lofffestivaldejazz.com.