Une soirée sans grands enseignements

La soprano France Bellemare
Photo: Pierre-Étienne Bergeron La soprano France Bellemare

L’Institut canadien d’art vocal (ICAV) est une concentration estivale, à Montréal, de jeunes chanteurs de divers pays qui peuvent parfaire leur art avec des professeurs renommés, actifs notamment au Metropolitan Opera. Le stage est organisé en collaboration avec l’International Vocal Arts Institute (IVAI), la Fondation Jacqueline Desmarais pour jeunes chanteurs d’opéra canadiens et la Faculté de Musique de l’Université de Montréal, sous la présidence d’honneur de Mme Jacqueline Desmarais.

La semaine finale de cette douzième édition prenait le nom de « Festival d’art vocal » et comprenait, à Montréal, la représentation de L’élixir d’amour de Donizetti, un gala avec une quarantaine de chanteurs et, au final, une soirée en hommage à Pietro Mascagni, mort il y a 70 ans. Le Gala s’est ensuite exporté, dimanche, au Domaine Forget.

Espoirs déçus

La soirée Mascagni n’avait pas attiré la foule à la Salle Claude-Champagne. L’endroit avait l’air d’un vase clos, où commanditaires et parties prenantes de l’organisation venaient entendre de jeunes chanteurs avec le secret espoir de pouvoir être les premiers à repérer une future vedette. S’agissant du cru 2015, leurs espoirs seront déçus.

L’opéra en un acte Zanetto est, en fait, une scène entre une jeune femme et un troubadour auquel la donzelle refuse son amour. Excellent choix de chanteuses pour ce face-à-face des plus rébarbatifs. Sara Papini et Gina Perregrino se distinguent par leur projection très efficace. Perregrino a le plus grand potentiel si elle assure une intonation plus scrupuleuse et si elle ne pousse pas aussi ostensiblement son bas-médium pour montrer à tous la somptuosité de ses graves.

Dans L’ami Fritz, on attendait beaucoup de France Bellemare. Elle a déçu, avec une voix élimée, apparemment fatiguée, un manque d’ampleur et de ligne. Espérons que dimanche, à Forget, la soprano chouchoute de la présidente d’honneur a su revenir à son niveau du Concours de Montréal.

La révélation

La révélation de la soirée fut le ténor mexicain Benito Rodriguez. Une voix naturelle comme celle du Brésilien Thiago Arancam, qui s’était distingué à Operalia à Québec il y a quelques années. Mais, là aussi, beaucoup de travail reste à faire pour rendre intéressants les passages à mi-voix dans le médium. Le baryton Evan Brummel a campé un David solide, malgré un début nerveux et Lawson Anderson possède une voix de baryton-basse impressionnante.

On oublie les titulaires des rôles de Beppe et Federico. On oublie aussi le travail de « mise en scène » et le fait que dans une oeuvre d’Erckmann-Chatrian, symbole de la littérature alsacienne, on boive chez Fritz, propriétaire terrien du coin, du vin rouge dans des bouteilles du genre bordelais dans un décor aseptisé.

Mascagni perd beaucoup sans choeur et sans orchestre, même si la pianiste Chun-Wei Kang a abattu un travail exceptionnel.

12e Festival d’art vocal

Zanetto et L’Amico Fritz, opéras de Pietro Mascagni.
Zanetto : Sara Papini (Sylvia) et Gina Perregrino (Zanetto).
L’Amico Fritz : France Bellemare (Suzel), Benito Rodriguez (Fritz), Evan Brummel (David), Nicole Levesque (Beppe), Lawson Anderson (Hanezo), Christopher Abide (Federico), Cécile Muhire (Caterina).
Avec Chun-Wei Kang (piano), Paul Nadler (direction), Joshua Major (mise en scène). Salle Claude-Champagne, vendredi 14 août 2015.