Baie-Saint-Paul, entre le rock et le «groove»

Robert Charlebois était surpris de voir une foule plutôt jeune entonner la plupart des chansons avec lui.
Photo: Francis Gagnon Robert Charlebois était surpris de voir une foule plutôt jeune entonner la plupart des chansons avec lui.

Le Festif ! n’en était cette année qu’à sa sixième édition. Événement encore tout jeune, donc. Mais il est d’ores et déjà évident que le rendez-vous musical de Baie-Saint-Paul a pleinement mérité sa place parmi les incontournables du circuit de festivals au Québec.

Nous sommes évidemment loin des Francofolies, et c’est d’ailleurs tant mieux. Ici, dans la petite municipalité de Charlevoix, la proximité, la spontanéité et les petits moments de magie prennent encore toute la place. Ça se sent dans l’air pendant les quatre jours que dure ce Festif !, qui essaime dans le centre-ville jusque tard dans la nuit. Ça se voit et ça s’entend dans les prestations musicales d’une programmation qui amalgame très bien le groove, le rock et le mélodieux.

Jeunes et joyeux

Ce festival, qui se passe pour l’essentiel à l’extérieur, bouscule aussi au passage la tranquillité (certains diront la monotonie) habituelle de Baie-Saint-Paul. On ne se trompe pas en disant que le son est plus rock, paysage musical dessiné par les organisateurs, qui ont tous dans la vingtaine.

Pour les prestations les plus courues, une grande scène est érigée dans la cour de l’ancienne école primaire. Groenland y a cassé la glace dès jeudi, avec encore une fois la déclinaison des chansons de son unique album. Marie-Pierre Arthur a donné un ton plus rock, solide, en leur succédant sur scène, avant Robert Charlebois. Surprenant, même pour le vieux routier, de voir une foule plutôt jeune entonner la plupart des chansons avec lui.

Car oui, le public du Festif ! est jeune, en général dans la vingtaine, ou encore au début de la trentaine. Jeune et familial, ce festival. L’ambiance est bon enfant, souriante. Samedi, sous un soleil radieux, une jeune mère allaitait son enfant pendant le spectacle résolument rock de Dany Placard. Des enfants courent partout, dansent. C’est les vacances pour tout le monde. Nous sommes loin du chaos appréhendé par quelques sceptiques à l’esprit étroit, qui s’opposaient au départ à la tenue du Festif !.

La grande scène a aussi accueilli une solide prestation des Planet Smashers, icônes de la musique ska. Ça se voyait, qu’ils avaient leur lot de fans dans la foule. Même chose pour les Trois Accords, Alex Nevsky et Radio Radio, qui ont fait groover la soirée de samedi. La joie était palpable dans la foule, mais aussi sur scène. Tout de suite après, sous le chapiteau, ça fêtait tard avec Qualité Motel, groupe formé de la bande de Misteur Valaire.

Du côté des quelques spectacles en salle, disons qu’on a rarement vu autant de gens chercher à se procurer un billet pour un spectacle de Bernard Adamus. Il faut dire que sa prestation nocturne avait lieu, littéralement, dans le sous-sol de l’église de Baie-Saint-Paul. Pas plus de 250 billets disponibles. Encore une fois, la foule connaissait le répertoire par coeur. On a aussi eu droit à une reprise fort intéressante de Faire des enfants, de Jean Leloup.

Grosse décharge de rock au même endroit le lendemain, dans la nuit de Galaxie. Il est toujours aussi vrai qu’Olivier Langevin, guitariste et chanteur, est entouré ici de ce qui constitue clairement le meilleur groupe du genre au Québec. Il faisait chaud, la magie a opéré. Une magie brute et tonitruante comme on aime.

Prestations secrètes

Saluons aussi bien bas une belle idée de tenir, tout au long du festival, des spectacles « secrets ». Ils étaient au nombre de six cette année. La formule, à reprendre l’an prochain, est simple : quelques heures avant la tenue du spectacle, le nom de l’artiste et le lieu de la prestation sont envoyés via les réseaux sociaux. Les gens se présentent. La rencontre, chaque fois unique, promet d’être mémorable.

Des exemples ? Jeudi minuit, Karim Ouellet a offert un spectacle pour le moins intime pour quelques dizaines de personnes. Vendredi, Fred Fortin y est allé d’un tour de chant dans le sous-sol de l’Accommodation de la rue principale. Mara Tremblay a bouclé la boucle samedi par un spectacle en pleine rue.

Belle surprise festive aussi que la découverte de What Cheer Brigade, une troupe qui évolue très bien dans la musique des Balkans. En pleine nuit samedi, dans les marches de l’imposante église, on se serait crû transporté en plein décor du film Chat noir, chat blanc, d’Emir Kusturica.

Une ombre au tableau ? Une épée de Damoclès, plutôt. Il faut bien rappeler que cette magie, qui vit et revit ici comme elle le fait à Petite-Vallée, à Tadoussac ou encore à Gaspé, est plus que jamais menacée. Prétextes pécuniaires obligent, les organisateurs de ces événements peinent à aller chercher le financement nécessaire pour garder en vie d’incontournables rendez-vous estivaux qui ont pourtant une valeur bien réelle, au-delà des aspects financiers.

Que penser de la société qui les laisse vivoter, alors que le goût concret du mémorable est à portée de main ? Heureusement, pour le moment, le Festif ! promet déjà de revenir en 2016. Tant mieux.