Le festin musical qui dégourdit Baie-Saint-Paul

Baie-Saint-Paul. Petite municipalité nichée sur les rives du Saint-Laurent, dans Charlevoix. Un endroit reconnu surtout pour ses symposiums artistiques plutôt tranquilles, mais qui accueille cette semaine, et pour une sixième année, un festival musical de plus en plus reconnu et qui bouscule un peu au passage la quiétude habituelle des lieux.

Le Festif de Baie-Saint-Paul est né dans la tête d’une poignée de jeunes de la région, tous dans la vingtaine, inspirés par un spectacle organisé lors du 25e anniversaire du Cirque du Soleil, fêté justement dans cette ville qui l’a vu naître.

« Du haut de nos 21 ou 22 ans, ça nous a motivés à faire quelque chose. On s’est dit : pourquoi on ne lancerait pas notre propre festival ?, raconte le directeur général et artistique du festival, Clément Turgeon. On a croisé le maire tout juste après le spectacle du Cirque et on lui a dit qu’on ferait un festival l’année d’après. »

Partis tout simplement de rien, ils ont toutefois dû batailler fort pour passer de l’idée d’un soir à un véritable festival. « On a fait beaucoup d’activités de financement, on a vendu des citrouilles en porte-à-porte. On a même emballé l’épicerie des gens au Maxi. Je pense qu’on a tout fait pour avoir de l’argent », laisse tomber Clément Turgeon.

Restait aussi à convaincre la Ville du sérieux de la démarche. Surtout que les gens de Baie-Saint-Paul croyaient au départ que l’événement se résumerait à une simple fête de quartier. Pour la première édition, ils ont donc tenté leur chance avec les Cowboys Fringants, une valeur sûre qui se passe de présentation. « Ça nous a lancés et localement, ça nous a permis de nous faire respecter. Les gens ont compris le sérieux de notre démarche. »

Sérieux, le Festif ? Chose certaine, les festivaliers sont toujours plus nombreux à répondre présents, année après année. Lors de la première édition, tenue dans un parc en 2010, un peu plus de 2000 personnes se sont déplacées. Effet du bouche-à-oreille, la foule est passée à 7000 en 2012, puis à 18 000 l’an dernier. « Disons qu’on essaie de gérer la croissance. » Le nombre de sites est quant à lui passé d’un seul à plus d’une quinzaine.

Spectacles secrets

Il faut dire que la programmation, résolument campée dans le créneau des « 20 à 35 ans », est à l’avenant. L’an dernier, les gens qui ont pris le chemin de la 138 jusqu’à Baie-Saint-Paul ont eu droit, notamment, à Socalled, Betty Bonifassi, Karim Ouellet et Misteur Valaire. Clément Turgeon se souvient d’ailleurs de ce dernier spectacle comme d’un rendez-vous en apparence incongru. « Remplir le sous-sol de l’église avec un groupe qui joue de l’électro, c’était quelque chose. »

Les éditions précédentes, tenues d’abord dans un parc, puis en plein coeur du centre-ville, alignaient aussi des artistes variés. On voyage de Daniel Bélanger à Canailles, en passant par Plume Latraverse, Lisa LeBlanc, Gros Mené et même le groupe australien Cat Empire.

Bernard Adamus, qui y était en 2012, est de retour cette année, un nouvel album à paraître cet automne en poche. Comme il l’a déjà fait au Festival de la chanson de Tadoussac, il aura droit au sous-sol de l’église jeudi. Cette même soirée, le Festif présente Groenland, Marie-Pierre Arthur et Robert Charlebois. Suivront, jusqu’à dimanche, Mara Tremblay, Philippe B, Galaxie, Qualité Motel, Alex Nevsky et cie. Bref, de quoi faire.

Formule originale que celle du Festif, qui a aussi décidé d’organiser des spectacles secrets tout au long des quatre jours de l’événement. L’an dernier, à peu près une centaine de personnes ont eu droit à une prestation acoustique de Louis-Jean Cormier autour d’un feu de camp. « Les billets du spectacle, annoncé sur les réseaux sociaux, se sont vendus en 10 minutes. Le test a été concluant et cette année, on aura cinq spectacles secrets. »Le Devoir a eu droit à quelques détails, sous embargo. Disons que la magie risque d’opérer.

Trop festif ?

Festival certes encore modeste, même lorsqu’on le compare au « plus grand des petits festivals » de Tadoussac, l’événement n’en a pas moins suscité des appréhensions certaines à ses débuts, voire de l’hostilité. Il faut dire que Baie-Saint-Paul n’est pas particulièrement reconnue comme une destination festive. Plutôt comme une petite ville tranquille où l’on croise essentiellement des couples de baby-boomers.

Dans ces conditions, qui dit changement dit forcément scepticisme. Le directeur du Festif se souvient notamment des difficultés rencontrées simplement pour déménager les scènes au centre-ville, pour la troisième édition. « Ça a été beaucoup de batailles pour obtenir les autorisations. C’était une première : un festival de musique qui, en plus, est organisé par des jeunes. Il y a eu beaucoup d’opposition, même des pétitions, pour empêcher le déménagement au centre-ville. » Mais l’absence totale de débordements a fini par convaincre la municipalité.

Reste, encore et toujours, la bataille pour le financement. Sans donner de détails, Clément Turgeon souligne qu’il est « difficile » de conserver le soutien financier, particulièrement en cette période d’austérité. Des commanditaires importants, qui avaient pourtant promis leur appui, se sont désistés. Le Festif n’est d’ailleurs pas le seul événement musical régional à lutter pour sa survie. Le Festival en chanson de Petite-Vallée, mais aussi celui de Tadoussac (qui tenait cette année sa 32e édition) sont plus que jamais menacés par le couperet financier.

Mais l’équipe qui a mis l’événement sur pied défend son idée, qui met aussi en valeur leur région. « La force d’un festival comme celui de Baie-Saint-Paul, c’est que si tu viens de la ville, par exemple de Montréal, tu te retrouves dans un autre monde. Quand tu arrives ici, tout le monde est en mode festif. Et tu viens aussi à la rencontre de la région. Nous, on met les produits locaux en valeur. » La bière, ingrédient essentiel à tout festival, provient de microbrasseries de la région. Les hot-dogs ? Faits avec des saucisses de viande biologique.

Le Festif

À Baie-Saint-Paul du 23 au 26 juillet