Christian Thielemann met la main sur Bayreuth

La nomination de Christian Thielemann au poste de directeur musical à Bayreuth est une originalité et un coup de maître, le festival n’ayant que des directeurs artistiques issus de la famille Wagner.
Photo: Arno Burgi Agence France-Presse La nomination de Christian Thielemann au poste de directeur musical à Bayreuth est une originalité et un coup de maître, le festival n’ayant que des directeurs artistiques issus de la famille Wagner.

Le chef d’orchestre allemand Christian Thielemann, 56 ans, a été nommé, lundi, directeur musical du Festival de Bayreuth. Cette consécration est un aboutissement de plusieurs semaines d’intenses grenouillages sur la colline abritant le rêve de la vie de Wagner.

Cette année, à Bayreuth, Christian Thielemann dirigera, en ouverture du festival, Tristan et Isolde mis en scène par Katharina Wagner. Ce tandem est désormais souverain au royaume de Wagner.

Ce qui se passe à Bayreuth est en général croquignolet. Mais là, même le scénario de Dallas apparaît comme de la petite bière à côté de ce qui a récemment inspiré au Guardian de Londres le titre « The Bayreuth Wagner festival : more soap opera than classical opera. »

Maillon a priori faible, mais figure-clé, Katharina Wagner, 36 ans, est la fille en secondes noces de Wolfgang Wagner, petit fils du compositeur, qui mena les destinées du Festival de 1967 à 2008, après la mort prématurée à 49 ans, en 1966, de l’incontestable génie de la famille, son frère Wieland Wagner.

Après une période 2001-2008 rocambolesque, qui vit de nombreuses tentatives pour renverser le patriarche Wolfgang, directeur à vie, le festival fut confié à un duo composé de la metteure en scène néophyte Katharina Wagner et de sa très expérimentée demi-soeur, ainée de 23 ans, Eva Wagner-Pasquier, principale conseillère vocale du Metropolitan Opera, laissant sur le carreau la raffinée Nike Wagner, autre fille de Wolfgang, désormais à la tête du festival Beethoven de Bonn.

L’année 2015 a été celle de l’éviction d’Eva Wagner-Pasquier, allant jusqu’à son interdiction du territoire du Festival ! Plusieurs témoignages ont accrédité l’hypothèse que le chef Christian Thielemann était l’instigateur de cette disgrâce, qualifiée par Daniel Barenboïm d’« inhumaine ». Mais Eva Wagner-Pasquier avait la mainmise sur les choix artistiques et distributions…

À Bayreuth, en ce mois de juin, alors que le fort en gueule Thielemann prépare Tristan et Isolde, le modeste Kirill Petrenko, offusqué par le bannissement de Wagner-Pasquier, répète le Ring des Nibelungen, son dernier sur la colline. Et voilà que lundi 22 juin, Kirill Petrenko a été nommé chef du Philharmonique de Berlin au nez et à la barbe de Thielemann !

Comme par hasard, dans la même semaine, Thielemann malmène en répétitions la chanteuse titulaire du rôle d’Isolde, au point que celle-ci, Anja Kampe, claque la porte. Amusante coïncidence : à la ville, on prête à Anja Kampe le rôle de conjointe de… Kirill Petrenko !

La nomination de Thielemann au poste de directeur musical à Bayreuth — titre dont les contours exacts seront précisés courant juillet — est une originalité et un coup de maître, puisque jusqu’ici le festival n’avait que des directeurs artistiques, tous issus de la famille Wagner. Comme quoi, même en musique, on peut passer de Dallas à L’empire contre-attaque !