Naufrage redouté pour Petite-Vallée

Le concours annuel de Festival en chanson de Petite-Vallée est né en 1983.
Photo: Étienne Fournier Le concours annuel de Festival en chanson de Petite-Vallée est né en 1983.

Les chiffres en soi font peur, mais c’est le ton du directeur du Festival en chanson de Petite-Vallée, Alan Côté, qui inquiète le plus. D’habitude batailleur, fougueux, énergique, passionné, Côté a le caquet bas au bout du fil, car même s’il est fier de la programmation de la 33e édition de cette fête gaspésienne, l’avenir du festival est en danger plus que jamais, confie-t-il au Devoir.

Le Village en chanson de Petite-Vallée, c’est un gros bateau, concède Côté, car il y a les bâtiments à gérer — comme le magnifique Théâtre de la vieille forge —, le Camp en chanson pour les jeunes, ainsi qu’une programmation musicale qui s’étire bien au-delà du Festival, qui aura lieu cette année du 26 juin au 4 juillet.

L’événement a un déficit accumulé de 275 000 $ sur un budget d’environ 1,5 million, un ratio qui inquiète pas mal Alan Côté. Le directeur explique que les fonds publics ont fondu, voire disparu. L’abolition des Conférences régionales des élus (CRE) et des Centres locaux de développement (CLD) a fait mal à Petite-Vallée, qui recevait de ces organismes quelques dizaines de milliers de dollars. « On a beau se battre… On en fait, des collectes de fonds, on travaille en maudit. Ça avance d’un bord, mais de l’autre on recule, on revient à zéro », dit Alan Côté.

Le festival a récemment lancé une campagne sur Internet pour vendre des cartes de membre à 10 $, et l’événement a obtenu davantage d’aide de son commanditaire Sirius, en plus de voir Québecor apposer son nom sur le Camp en chanson. Mais malgré tout, Petite-Vallée est en péril. « L’heure est plus grave qu’on peut le penser, dit Alan Côté. Nos comptables nous l’ont dit, on a un gros défi cette année, en plus que l’État n’est pas en bonne santé financière, je ne sais pas comment on va faire. » Ce pourrait être la fin pour Petite-Vallée ? « La question va se poser à l’automne c’est sûr », soupire le directeur.

Le grand manitou de Petite-Vallée n’accuse pas que le gouvernement, car plusieurs des difficultés de l’événement sont en lien avec la situation démographique de la Gaspésie.

« On a perdu un tiers de la population depuis 2001, le constat est terrible, dit Côté. Quand on a commencé à travailler avec les jeunes il y a 20 ans, il y avait 1000 jeunes pour cinq écoles primaires, ce qui n’était déjà pas beaucoup. Là on est rendu à 200 jeunes pour cinq écoles, étalées sur 150 kilomètres. Y’a une génération de parents qui n’est pas là, il n’y a pas d’emplois. »

De gros noms pour la programmation

Malgré toutes les difficultés, le Festival en chanson de Petite-Vallée offrira une programmation solide, qui redonne le moral à Alan Côté au bout du fil. L’événement accueillera 12 « chansonneurs » qui seront en formation pendant la durée du festival. Sinon, on y verra entre autres sur scène Philippe B, Salomé Leclerc, Alexandre Désilets, Yann Perreau, Alexandre Belliard et ses Légendes d’un peuple, Les soeurs Boulay, Pierre Lapointe et Renée Martel. L’« artiste passeur » sera Kevin Parent, qui donnera lui-même un concert en plus d’être honoré dans un autre.

Le slogan de cette 33e édition, « Face à l’ouest », est d’ailleurs inspiré d’une chanson du chanteur gaspésien. Une phrase qui donne un peu de courage à Alan Côté. « L’ouest pour nous, à Petite-Vallée, c’est les grands vents, les vents dominants, et Dieusait qu’il vente ! Et c’est aussi se tenir debout face aux grands centres, au pouvoir central. Et on va rester debout même si le vent n’est pas de notre bord. On est là, pis venez entendre ce qu’on a à crier, pourvu que le cri dont parlait Félix Leclerc ne devienne pas un râle ! »

De petits festivals en quête d’une solution commune

Le Festival en chanson de Petite-Vallée n’est pas le seul événement musical qui s’inquiète pour sa survie. Le Devoir écrivait lundi dans ses pages que la survie du Festival de Tadoussac était loin d’être assurée. « Les petits festivals en régions sont une espèce en voie de disparition », disait le directeur de l’événement, Charles Breton.

Est-ce que Petite-Vallée et Tadoussac pourraient trouver des solutions communes ? « On s’en parle chaque fois qu’on se voit, Charles et moi, affirme Alan Côté. Mais on est tellement occupé à mener nos barques, et à essayer de survivre… Mais [comment pousser cette idée] quand l’équipe doit travailler deux fois plus que d’habitude parce que le côté financement nous prend la tête ? »
2 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 18 juin 2015 06 h 13

    Nécrose en progression

    Les difficultés existentielles du "Festival en chanson de Petite-Vallée" confirment la progression d'une nécrose régionale de la "belle province" provoquée par le traumatisme d'un système économique vétuste.

    « On a perdu un tiers de la population depuis 2001, le constat est terrible...Y’a une génération de parents qui n’est pas là, il n’y a pas d’emplois. »

  • Hélène Gervais - Abonnée 18 juin 2015 08 h 00

    Pendant ce temps là ....

    Combien reçoivent en subventions les festivals de Montréal et Québec?