Du homard dans les Ardennes

Le groupe Prenez garde! propose une ambiance bon enfant.
Photo: Natacha Joveneau Le groupe Prenez garde! propose une ambiance bon enfant.

C’est indiqué par des flèches, aux intersections. Village acadien : par là. Un « village acadien » à Spa ? Village, c’est beaucoup dire : un carré de bitume flanquant le Pouhon Pierre-le-Grand, bâtisse historique, lieu de la grande source à laquelle les têtes couronnées d’Europe, dont le tsar de toutes les Russies, venaient s’abreuver avant que l’appellation « forfait santé » soit contrôlée. Village ? Une scène (qui sert aussi au Franc’Off, concours de découvertes), deux groupes, une chanteuse et trois kiosques. Dont l’un vend des sandwiches homard-mayo à sept euros. Du vrai de vrai homard frais du Nouveau-Brunswick : un plein « container ».

 

Symboliquement, ça goûte : il y a une présence acadienne plus marquée cette année aux Francofolies de Spa. Plus coordonnée, dirais-je. Une bannière, ce « village acadien », une enseigne, un « branding » comme on dit beaucoup ici : de quoi justifier une opération conjuguée, commandites et subventions à la clé. On sent que le travail de terrain des dernières années, d’abord en 2012 avec l’épatante et gagnante Lisa LeBlanc, puis la même en 2013 avec les non moins chouettes et performantes Hay Babies, a porté ses fruits, et que la gérance n’a pas chômé.

 

D’artistes individuellement proposés, on est passé à la tête de pont : une « scène acadienne » dans la Perle Bleue des Ardennes. Entre vous et moi et ma tasse de homard frais (non merci, pas de pain, pas de mayo, nature s’il-vous-plaît), c’est un peu l’équipe junior AAA qui a pris de relais de la chère Lisa, fort occupée ailleurs en Europe francophone cet été : en toute logique, elle aurait dû faire la grande scène de la place de l’Hôtel de ville, mais bon. Caroline Savoie, Prenez garde !, Les Hôtesses d’Hilaire, c’est pas Lisa, ni les Babies, ni Radio Radio. Mais ça démontre une certaine profondeur sur le banc de homards : une relève pas assez relevée à mon goût, mais une relève. Oui, c’est festif, joyeux, Prenez garde !, bon à prendre dans un café, ambiance bon enfant. Caroline Savoie, c’est de la chanson de qualité. Les Hôtesses d’Hilaire, une fois le bar bien imbibé, ça s’envoie dans le gosier, efficace dans le genre Denis Drolet gros rock années 1970 : jeudi, sur la scène extérieure du « Village acadien », ça laissait le Belge de passage un chouia dubitatif.

 

C’est le reste de l’offre acadienne qui attire la Spadoise et son Spadois (et les multitudes des alentours). Le kiosque de l’Université de Moncton, le comptoir à homards, et surtout, surtout, le kiosque Immigration Nouveau-Brunswick : on me chuchote que c’est pas mal plus facile pour un Belge d’aller s’établir en Acadie qu’au Québec. Facile comme dans facilité, encouragé, manière bras ouverts. On a compris ça, comprend-on : commémorer la Déportation est certes essentiel, mais exporter le produit acadien, et attirer en Acadie des gens plutôt gentils qui n’en repartiraient plus, c’est l’avenir. L’avenir chanté sur tous les tons, même en rock’n’gras-du-bide par des Hôtesses pas nécessairement hilarantes. La santé d’un pays, en un mot : diversité.