Stromae pour les Belges… aussi!

Stromae lors d'un spectacle au Centre Bell en juin
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Stromae lors d'un spectacle au Centre Bell en juin

Bien sûr qu’il a été formidable. Comment pourrait-il être fort minable ? N’empêche que le Stromae de mercredi soir, tel qu’il se présentait sur la scène Pierre-Rapsat pour les 10 000 « Spadoises et Spadois » agglutinés place de l’Hôtel- de-Ville (il a dit souvent « Spadoises et Spadois », mais toutes les Ardennes étaient ardemment là), c’était un peu moins que le Stromae du Centre Bell en juin.

Presque une demi-heure de Stromae en moins, j’ai calculé : comment peut-on vouloir du Stromae en moins ? On peut, à condition de ne pas savoir qu’ailleurs il y a eu du Stromae en plus. Mais pouvait-il en être autrement, dans les conditions d’un festival, avec toutes ces bannières des FrancoFolies éclairées à gauche comme à droite des écrans géants tout le spectacle durant ? Était-ce différent aux Francos de La Rochelle, aux Ardentes de Liège ? Manquait de noirceur pour les animations à la Chaplin, alors Stromae n’a pas fait ce bout-là. Même la séquence si marquante de Quand c’est ? était écourtée : à Montréal un insecte géant — figure du cancer — finissait à Montréal par bouffer tout : à Spa, la bête s’est éclipsée, on aurait dit le cancer… en rémission.

Pas de longue intro non plus au show : ça démarrait vite fait avec Ta fête, et hop ! « Spa te fera aussi ta fête… » La foule a bondi de joie, et c’était une joie légitime et Stromae ne s’est pas économisé d’un centime, comprenez-moi bien : c’était, j’en suis sûr, la totale de ce que permet la transposition du spectacle, de grande salle à festival. Stromae jasait peu, exhortait plus. Étaient éliminés les numéros trop visuellement ambitieux (presque tout ce qui est en ombres chinoises), au profit d’éclairages en constant bombardement : exigence du ciel ouvert.

En revanche, le public de « Spadoises et Spadois » savait son Stromae par coeur, ne manquait pas un « Tintin ! », entre autres connivences fomentées par le grand gamin. En revanche, Stromae ne se la jouait pas retour-triomphal-de-l’enfant-prodige, était certes ravi de « revenir à Spa », mais n’a jamais lâché un « enfin chez moi ! », pas plus qu’il n’a flatté la belgitude en décrétant ce public « meilleur au monde » : pas Stromae, ça. Il les aimait mercredi soir, ses Belges, assez pour ne pas les flatter. Bien sûr qu’il a dit que son bassiste était de Liège et qu’il avait même vécu à Spa, parce que c’est vrai.

Honnête, voilà Stromae, au-delà de l’extraordinaire machine à danser sans arrêter de penser : un type qui n’oublie jamais son humanité, avant d’être Belge, avant même d’être formidable. Stromae est surtout le même partout.


Sylvain Cormier est invité  par l’organisme Wallonie-Bruxelles Musiques aux FrancoFolies de Spa.