I Musici célèbre 30 ans d’ouverture d’esprit

Le chef Jean-Marie Zeitouni est ravi que les musiciens d’I Musici soient ouverts à l’idée de réviser les traditions de l’orchestre.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le chef Jean-Marie Zeitouni est ravi que les musiciens d’I Musici soient ouverts à l’idée de réviser les traditions de l’orchestre.

Jean-Marie Zeitouni dirigera jeudi à la Maison symphonique de Montréal le concert marquant les 30 ans d’existence d’I Musici de Montréal. Pour l’occasion, Denis Gougeon a composé une nouvelle oeuvre : sa Ballade, opus 30.

 

Ce n’est pas la première fois que Denis Gougeon accompagne l’histoire de l’orchestre de chambre I Musici de Montréal. Il avait été sollicité pour le 15e anniversaire et avait composé à cette occasion Coups d’archets, créé par Yuli Turovsky, une métaphore de la naissance de l’ensemble, l’oeuvre se constituant à partir d’un solo de violoncelle joué par le patriarche fondateur.

 

Pour cette nouvelle étape, Gougeon a composé une ballade que Jean-Marie Zeitouni, en entrevue au Devoir, relie au stade de développement des Musici : « Il y a un clin d’oeil à la tournure des choses. Je ne dirais pas que c’est comme les Métamorphoses de Strauss, mais il y a beaucoup de parties divisées et on note un effort de diversifier les textures de cordes avec des glissandi, des col legno. Harmoniquement c’est poussé et complexe. »
 

Nouvelles voies

 

Les exigences élevées de cette création tombent à pic pour Jean-Marie Zeitouni : « Nos musiciens sont des gens prêts à tout, qui se remettent en question tout le temps. Nous avons commencé un travail en profondeur sur l’intonation d’ensemble, sur les différents types d’intonation, les couleurs des cordes, les différents types de vibrato, afin d’harmoniser les modes de jeu dans chacun des répertoires. D’habitude, on ne voit pas une telle ouverture d’esprit dans les orchestres, lorsqu’il s’agit de réviser des traditions. »

 

Le noyau d’I Musici a la même configuration de base que l’orchestre dont disposait Yuli Turovsky : « neuf violons, trois altos, deux violoncelles et une contrebasse ». Cette famille s’élargit selon les besoins et les projets.

 

Sur le plan de la stratégie et du répertoire, l’objectif est « de tenir le pari d’être un orchestre de chambre généraliste qui va explorer le plus possible toutes les périodes, c’est-à-dire intégrer de la musique baroque tout en s’ouvrant davantage au répertoire du XXe siècle et en incluant des oeuvres moins jouées ». Sans abandonner le répertoire romantique, la musique russe et les transcriptions qui ont été le tronc, les branches et les fruits de l’activité d’I Musici pendant le règne du fondateur Yuli Turovsky, Jean-Marie Zeitouni désire donc ouvrir les fenêtres vers d’autres horizons.

 

Du coup, alors qu’il y a dix ans encore les parcours des Violons du Roy et d’I Musici empruntaient des voies totalement opposées, on pourrait observer dans le futur une sorte de confluence artistique, puisque le répertoire des Violons s’élargit lui aussi. Jean-Marie Zeitouni le voit en toute décontraction : « Je serais bien mal venu d’avoir un regard critique là-dessus : une grande part de leur ouverture au répertoire est venue de moi, puisque j’avais été engagé pour cela. Nous ne jouons pas Haydn et Haendel comme les Violons, car atteindre cette qualité nécessite des années de travail ; par contre, l’intensité du jeu et l’engagement à bras-le-corps dans la musique cultivés par Yuli Turovsky nous confèrent, dans le répertoire romantique et du XXe siècle, une couleur particulière, que Les Violons du Roy seraient les premiers à reconnaître. »

  

Notre cher lieu…

 

Le concert des 30 ans à la Maison symphonique de Montréal sera également l’occasion pour I Musici de tenir sa soirée-bénéfice annuelle, avec cocktail dînatoire et encan silencieux avant le concert et café et mignardises à l’issue du concert, qui comprendra, outre la Ballade de Denis Gougeon, l’oeuvre emblématique de l’ensemble, la Sérénade pour cordes de Tchaïkovski, et la Symphonie héroïque de Beethoven.

 

Une prestation dans cet endroit pour un orchestre qui ne se nomme pas OSM reste une gageure. Interrogé sur le temps de préparation dont il disposera sur place, Jean-Marie Zeitouni ne peut que se désoler : « Des fois on a deux heures ; c’est loin du travail en profondeur qu’il nous faudrait. » Le temps d’acclimatation nécessaire, Jean-Marie Zeitouni l’évalue à une journée : « C’est aussi une question de coût ; nous n’avons pas de tarif préférentiel et ça nous coûte très cher. En l’état, il faut travailler dans l’implantation de base, qui est celle de l’OSM. Si je trouve que le plafond est trop bas, car je voudrais plus de basses (nous n’avons que deux contrebasses contre huit à l’OSM), il me faut faire sortir tout le monde de scène et attendre l’intervention du technicien. Sur deux heures de raccord, on perdrait 25 minutes pour un changement de ce type. Donc il faut aller à l’essentiel : travailler les passages difficiles et vérifier les équilibres. »

 

En 2014-2015, un ensemble porte-drapeau de Montréal tel qu’I Musici ne se produira à la Maison symphonique de Montréal qu’une seule fois dans toute sa saison, pour le Requiem de Mozart. « On est de moins en moins capables de se le permettre », dit Jean-Marie Zeitouni. Quant à nous, on est de plus en plus en train de se dire que quelque chose cloche quelque part quand on en arrive à de telles extrémités et de telles contraintes…

I MUSICI

Concert du 30e anniversaire. Gougeon : . Tchaïkovski : . Beethoven : . Maison symphonique de Montréal. Jeudi 15 mai à 20 h. 514 842-2112. Renseignements sur la soirée- bénéfice : 514 982-6037, poste 225.

2 commentaires
  • Claude Bélanger - Abonné 10 mai 2014 11 h 25

    Un article très intéressant

    Un article intéressant qui entre autres nous renseigne sur la mécanique de l'orchestre. Je comprends maintenant pourquoi Labadie et les Violons ont travaillé si fort pour avoir leur propre salle au Palais Montcalm, aménagée en fonction du répertoire des Violons.

  • René Tinawi - Abonné 10 mai 2014 13 h 36

    Voilà le résultat des PPP

    I Musici, un excellent ensemble, ne peut se permettre la Maison Symphonique.
    De plus, les profits de SNC-Lavalin sont plus importants que leur contribution à la culture à Montréal.
    SNC-Lavalin aurait pu diminuer quelques malheureux dollars du cadeau offert au Dr. Porter pour subventionner cet ensemble.

    René Tinawi