L’Off Festival de jazz à l’appel

Jean-Jules Pilote coordonnateur et pierre angulaire de l’Off Festival de jazz.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Jean-Jules Pilote coordonnateur et pierre angulaire de l’Off Festival de jazz.

Petit à petit l’écart se rétrécit. L’écart lié aux espèces vitales, soit les sonnantes. Mais encore ? Dans la foulée du chambardement temporel effectué par la direction de l’Off Festival de jazz il y a quatre ans, soit « déménager » l’événement de l’été à l’automne, la vente de billets avait chuté de 45 % (!) en un an. Au terme de la 14e édition, une augmentation de plus de 15 % d’entrées payantes sur la 13e édition a été enregistrée.

 

De fait, selon Jean-Jules Pilote, coordonnateur et pierre angulaire de ce festival, le déficit découlant d’une quasi-inversion du calendrier est en train de se résorber. Mais voilà, comme les colonnes financières de cette fête musicale, qui a fait la preuve par A plus B de sa grande pertinence, sont fragiles, une campagne de financement a été lancée. Entre les dons des particuliers et des entreprises, l’Off a déjà recueilli 7000 $ des 10 000 $ souhaités.

 

Si, à la mi-novembre, l’objectif est atteint, alors un appel du pied sera fait en direction du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Plus exactement, la somme sera transférée dans un programme confectionné à l’évidence par des fonctionnaires soviétiques avant la déclinaison du rapport Kroutchev en 1956. Oui, oui, oui…

 

Qu’on y songe : si le portefeuille de l’Off se gonfle de 10 000 $, alors le CALQ triplera la mise pour un total de 40 000 $. Eau quai ? Bon ! Pendant deux ans, cette somme dormira dans un fonds de dotation. Après quoi, soit pour la… 17e édition, les animateurs de l’Off pourront utiliser 80 % des 40 000 $. Allô…

 

Sur un autre plan mais pas tout à fait, le sieur Pilote a confirmé qu’un Regroupement Jazz Québec a été formé. Le conseil d’administration est composé de neuf membres. Enfin !

 

***

 

Il aura fallu 17 ans (!), de courage et de patience, avant que Steven Morris achève la réalisation d’un documentaire consacré au pianiste, chanteur et compositeur de R B le plus sous-estimé qui soit : Harry Vann Walls. Dix-sept ans de travaux forcés pour rendre hommage à celui qui a fait la fortune, au propre comme au figuré, d’une ribambelle d’artistes et surtout de dirigeants de labels.

 

Grâce à ce film présenté cette semaine dans le cadre du Festival du nouveau cinéma (FNC), on apprend ou réapprend un fait d’une importance capitale dans l’évolution de la musique populaire américaine : Vann Walls fut, dans les années 50, le pianiste à résidence de l’étiquette Atlantic, fameuse pour avoir produit Ray Charles, Aretha Franklin, The Modern Jazz Quartet, Charles Mingus et autres clochards célestes du jazz et du blues.

 

À ce titre, Vann Walls a donc ponctué les chants de Big Joe Turner, Lavern Baker, Ruth Brown, etc. Devant la caméra de Morris, cette dernière livre un témoignage qui force la méditation comme l’admiration, car elle détaille comment Vann Walls et elle ont été escroqués dans toutes les largeurs par les croque-morts de l’art musical.

 

Cela souligné, Morris a réussi le prodige suivant : il a convaincu Ry Cooder, Ahmet Ertegun, fondateur d’Atlantic, Jerry Wexler et surtout Dr John, qui fut l’élève de Vann Walls, de confier ce que le monde musical doit à ce pianiste qui a passé les 30 dernières années de sa vie à Montréal. Ce film étant un incontournable, espérons qu’un distributeur se manifestera.