Fait chaud à Spa, vive le roi!

L’espoir belge francophone de l’heure s’appelle Antoine Hénaut.
Photo: François Évrard L’espoir belge francophone de l’heure s’appelle Antoine Hénaut.

Du soleil aux Francos ardennaises : une première en six ans. Un nouveau souverain couronné à Bruxelles ce dimanche : une première en vingt ans. Joies et crème solaire dans le Royaume.

Mais… mais… mais… il fait beau ! Et chaud ! À Spa ! Mais comment cela est-il possible ? Science des champignons du comte de Champignac, vieil allié de Spirou qui aurait concocté pour les 75 ans du groom une poêlée de beau temps (avec de la sauce) ? Requête royale de radieux rayons exprès pour l’événementielle semaine menant à l’historique dimanche où la fête nationale des Belges coïncidera avec la passation du flambeau d’Albert à Philippe ? Justice immanente, après tous ces étés pourris où on se les gelait à la mi-juillet de Knokke-le-Zoute à Spa la curative (« cinq degrés Celsius, une fois », me rappelait un passant ruisselant de sueur mercredi en pleine avenue de la Reine Astrid) ? Ou alors pirouette de madame la chance, tout bêtement ?

 

Qu’importe, l’important est que pour la première fois depuis 2007, il fait beau et chaud, incroyablement beau et chaud pour les 20 ans des Francos, et tout le monde ici a la bouille bouillante, et le sourire aussi réjoui qu’ébahi. Charles Gardier le premier : « Le soleil, ça change tout… » Chacun à son tour de micro, lors du cocktail d’ouverture au Salon rose du Casino, y a été de son commentaire sur la canicule et l’année de tous les records qui va en découler (le long du dos, en rigoles), mais c’est le copatron et programmateur en chef qui a eu l’image la plus parlante : son fils de 17 ans n’a carrément pas souvenir de papa et ses Francos sous le soleil exactement. « Toute une génération n’a jamais profité du festival dans de bonnes conditions… »

 

C’est dire l’opération rattrapage, la liesse tout de suite, la kermesse instantanée, l’affluence jamais vue un premier jour, le déferlement sur Spa qui ne s’y attendait pas complètement : on avait un peu oublié cette frénésie de la liberté sans nuages, depuis, au bas mot, la libération de la Belgique. En 1944. On avait oublié la joie, les débordements aussi : le premier soir, comme si c’était déjà la fête nationale, on assistait aux premières altercations d’esprits échauffés avec les forces de l’ordre. Bigre ! Entendu dans la rue : « Et on n’a même pas encore changé de roi ! »

 

Plein partout, content partout

 

Dans le Village Francofou, vaste enclos ceinturant le bucolique parc de Sept heures, aménagé pour scènes multiples et 12 000 francofous à la fois, ce fut l’assaut dès le premier après-midi : Olivia Ruiz, dans sa petite robe à rangées de franges noires, a homologué le premier triomphe, le rappeur Orelsan a renchéri vite fait. Foules délirantes et dégoulinantes. Ça faisait le plein jusque là-bas tout là-bas, les « Jardins des Francos », nouvel espace où se produisent à l’écart du centre de Spa les artistes aux propositions plus chansonnières (notre Salomé Leclerc, notamment, bien écoutée et fort appréciée mercredi par un public de tous âges venu voir Natasha St-Pier : on reparlera des nombreux Québécois à l’affiche et de leurs virées spadoises dans le prochain papier). À vrai dire, c’était plein partout. Plein de gens contents. Contents de suer dans leur frite mayonnaise : c’est dire le bonheur de retrouver soleil et chaleur.

 

Jeudi, il faisait plus chaud, il y avait plus de monde, la Spa Reine (l’eau de source) était plus recherchée que les potins concernant la future reine (« Mathilde porte la culotte », ai-je lu). Encore heureux que l’on contingente les espaces payants : à partir d’un moment, durant le show ultra couru du groupe belge Puggy (qui donne dans la pop britannique, en anglais dans le texte, pensez Oasis première époque), on entrait au Village Francofou que si quelqu’un en sortait. Drôle de cas de figure que ce groupe belge pas si belge : le chanteur (et guitariste) est anglais, le batteur suédois, le bassiste français. Seul leur succès est belge, certes phénoménal, mais essentiellement belge. Et un petit peu français. Et un chouïa suisse. Au Québec ? Inconnus. Dans le monde anglo-saxon : inexistants. Remarquez, même à Spa, la gloire est relative : les gars de Puggy, rapportait L’Avenir, édition de Verviers, ont été refoulés à l’entrée du Radisson, l’hôtel des vedettes, faute de bracelets avec code-barres au poignet.

 

Ils chantent encore beaucoup en anglais, ces Belges, Wallons autant que Flamands. Le français aux Francos de Spa fait rimer subsistance et résistance, on n’a pas encore pris le maquis, mais pas loin : si l’on trouvait facilement jeudi sous le soleil de 14 h une Mademoiselle Nineteen, qui offrait sans prétention et pieds nus brûlants un répertoire néo-yéyé francophile, souriant et gagnant (elle était aux Francos de Montréal le mois dernier, tout aussi craquante), il fallait savoir que l’espoir belge francophone de l’heure s’appelle Antoine Hénaut et qu’il chantait en fin de même après-midi au fin fond des « Jardins » : sa manière à lui, un peu chantée-parlée façon Fersen, Delerm et cie, mérite qu’on s’y attarde. Vrai meneur de claques, en plus.

 

On le verra chez nous, sans doute en novembre au Coup de coeur francophone, cet Antoine qui sera devenu officiellement sujet de Philippe et Mathilde, roi et reine des Belges. À moins que le diabolique Zorglub, dimanche, n’interrompe le sacre d’un grand coup de zorglonde. Ou qu’il ne fasse trop chaud et qu’on remette ça. Spirou sauvera-t-il les nouveaux monarques de la menace qui les guette et les Belges de la déshydratation? À suivre…


Sylvain Cormier est invité par l’organisme Wallonie-Bruxelles Musiques aux FrancoFolies de Spa.