Concerts classiques - Zeitouni-Gluzman, accord parfait

Vadim Gluzman
Photo: Marco Borggreve Vadim Gluzman

Les lecteurs du Devoir que notre article de vendredi, présentant Vadim Gluzman, a amenés à la Maison symphonique le soir même ne regretteront probablement pas leur soirée. Pour leur événement-bénéfice, les Musici, parfaitement menés par Jean-Marie Zeitouni et associés à Vadim Gluzman, un violoniste d’exception, nous ont donné un grand concert.


Le programme, tout d’abord : intelligent, hors des sentiers battus, mais très accessible et raffiné. L’exécution ensuite, d’une grande concentration et tenue, malgré quelques intonations douteuses dans les violons, à l’apparition de l’air du toréador dans la Carmen Suite ou au début de l’Adagietto de la 5e Symphonie de Mahler. Ce dernier a été pris par Jean-Marie Zeitouni avec beaucoup de mesure et une délectation de l’imbrication des lignes instrumentales. Je préfère une optique plus chantante, mais cette approche, avec une telle concentration et préméditation, peut s’avérer d’une beauté poignante.


De Vadim Gluzman j’attendais beaucoup et n’ai été déçu en aucun point. Le « vrai » Gluzman, sur scène, est instrumentalement le même qu’au disque : justesse imparable, assurance évidente, sonorité avec beaucoup de matière, doubles cordes rayonnantes et corde de sol profonde. À quarante ans, Gluzman a tout pour devenir enfin un soliste attitré et régulier des plus grandes formations symphoniques, d’autant que, contrairement à nombre de ses collègues (Vadim Repin, par exemple), il n’est pas blasé.


Son attitude sur scène le prouve : Gluzman agit comme un aimant, tourné à la fois vers le chef et les musiciens. Il rappelle en cela Henryk Szeryng, mais sans l’attitude hautaine de ce dernier. Tout au contraire, Gluzman cherche le partage avec les musiciens. Dans la Sérénade de Bernstein, ses duos avec le violoncelliste et avec la violoniste Julie Triquet ont été superbes, de même que la verve ludique d’Eryximachus, l’intériorité de son Agathon et le swing de l’irruption d’Alcibiade. Le geste musical est plus fluide et naturel que celui de Liza Ferschtman avec Ivan Fischer, plus « violoniste » il y a deux mois dans cette même oeuvre au même endroit.


On remerciera enfin Jean-Marie Zeitouni d’avoir programmé la Carmen Suite de Chtchédrine, dont I Musici et Yuli Turovsky enregistrèrent il y a vingt ans l’absolue version de référence. J’aurais personnellement bien vu les membres de Sixtrum assurer l’importante partie percussive, qui aurait probablement été moins disparate ou éclatée, avec Anne-Julie Caron mise en vedette. On a cependant pris beaucoup de plaisir à entendre ou réentendre ce bijou, dont Jean Marie Zeitouni a une vision très narrative. Dans le moment fort de la Carmen Suite, « Toréador et Carmen », adagio avec des violons susurrants, Zeitouni souligne la romance alors que Turovsky intégrait davantage la menace du fatum. Mais, dans cette partition, il y avait vraiment, comme en atteste le disque, Yuli et les autres.