Québec-Montréal: entente cordiale sur fond musical

Le chef principal et directeur artistique d’I Musici, Jean-Marie Zeitouni, fut chargé de développer le répertoire non baroque.
Photo: Olivier Samson Arcand OSA images Le chef principal et directeur artistique d’I Musici, Jean-Marie Zeitouni, fut chargé de développer le répertoire non baroque.

Grande première à Québec, puis à Montréal, cette semaine, puisque Jean-Marie Zeitouni réunira Les Violons du Roy et I Musici dans un concert commun, vendredi au Palais Montcalm de Québec et dimanche après-midi à la Maison symphonique de Montréal.


I Musici et Les Violons du Roy ensemble sur scène. Voici un exemple assez rare de collégialité dans le milieu musical. L’idée est en l’air depuis l’engagement de Jean-Marie Zeitouni à la tête d’I Musici et tombe sous le sens, puisque le chef fut auparavant l’assistant de Bernard Labadie aux Violons du Roy. « Nous avons eu rapidement l’idée de mettre ce projet en place. J’ai proposé la chose à Bernard Labadie, qui a été enthousiaste. D’ailleurs, le projet est appelé à durer et à se renouveler. Nous dirigerons alors à tour de rôle les deux ensembles », confirme Jean-Marie Zeitouni en entrevue.

 

À chacun son tour


Le répertoire s’est logiquement imposé puisqu’on rappellera que, durant son mandat aux Violons du Roy, Jean-Marie Zeitouni fut chargé de développer le répertoire non baroque. Il a enregistré Bartók, Britten, Piazzolla à la tête des Violons pour l’étiquette Atma.


Les Violons du Roy n’étant pas, contrairement à l’Orchestre baroque Arion, un ensemble sur instruments anciens, mais un ensemble jouant de manière historiquement informée sur instruments modernes, la fusion avec I Musici est tout à fait possible et naturelle.


Bernard Labadie puisera sans doute, dans le futur, dans les Concerti a due cori, oeuvres à deux orchestres de Haendel. « Rien n’est coulé dans le ciment, mais l’intérêt est patent des deux côtés », constate Jean-Marie Zeitouni.


Du côté du chef plus romantique qu’est Zeitouni, le choix du programme s’est assez vite imposé : « Nous avons décidé d’opter pour des valeurs sûres, des oeuvres déjà jouées avec Les Violons du Roy, et nous voulions par ailleurs mettre un coup de projecteur sur les musiciens. Introduction et Allegro d’Elgar permet de mettre en avant un quatuor soliste d’I Musici, alors que dans Fantasia on a Theme by Thomas Tallis de Vaughan-Williams nous aurons un quatuor des Violons du Roy. »


Parmi les oeuvres qui tentaient beaucoup Jean-Marie Zeitouni et qu’il a mises de côté pour le moment, le chef cite les Variations sur un thème de Corelli de Michael Tippett : « J’ai toujours rêvé de diriger cette oeuvre avec Les Violons du Roy, mais comme cela prend deux orchestres, cela ne s’est jamais réalisé. Cela dit, c’est un choix un peu ambitieux d’une oeuvre peu connue et nous avons décidé d’attendre un peu. »

 

Le vrai Bartók


La seconde partie du concert sera consacrée à Béla Bartók, avec la Musique pour cordes, percussion et célesta et les Danses populaires roumaines, ces dernières dans une orchestration de Jean-Marie Zeitouni pour cordes, percussion, piano, célesta et harpe.


Les Danses populaires roumaines ont été transcrites à plusieurs reprises. « Même Bartók les a transposées à un petit orchestre particulier, avec deux flûtes, deux clarinettes, deux cors et cordes. » Ces Danses existent dans des versions pour cordes seules et pour grand orchestre, mais Jean-Marie Zeitouni a remarqué que, « dans la Musique pour cordes, percussion et célesta, la partie piano est importante et que, dans la version originale des Danses, pour violon et piano, le piano est souvent utilisé pour ses résonances et pour imiter le cymbalum et les percussions ». Selon ce point de vue, « une orchestration avec percussion, piano, harpe et célesta pouvait donner plus de couleurs et de rythme avec des éléments folkloriques bien mis en valeur ».


Dans ce travail, réalisé en 2008, Jean-Marie Zeitouni est parti de la version pour violon piano, qu’il a orchestrée « en regardant du coin de l’oeil ce que Bartók avait lui-même fait ». Le travail lui a pris « une soixantaine d’heures », car il voulait garder le cachet de la musique du compositeur hongrois. Impossible, par contre, de soutirer au chef le nom des oeuvres qu’il est en train d’arranger pour I Musici.


Musique pour cordes, percussion et célesta surprendra beaucoup d’auditeurs, puisque Bartók a indiqué très précisément la disposition des instruments sur scène. Jean-Marie Zeitouni respectera ces desiderata et trouve regrettable que ces indications soient rarement observées. « Les enregistrements des années 50 et 60, avec des masses de cordes placées en avant, sont très impressionnants, mais originalement l’oeuvre a été composée pour l’orchestre de Paul Sacher à Bâle et met en oeuvre deux orchestres de chambre d’une quinzaine de personnes, placés de part et d’autre d’un orchestre central comprenant piano, harpes, percussion et célesta. Le contrepoint est beaucoup plus évident, la masse orchestrale, moins impressionnante. C’est un autre monde. »


Le projet de réunion des deux orchestres de chambre, en une entente cordiale Québec-Montréal, nous promet donc au moins de redécouvrir un chef-d’oeuvre.


En passant du Palais Montcalm, très chaleureux, à la Maison symphonique de Montréal, aux sonorités plus analytiques, Jean-Marie Zeitouni s’attend à devoir adapter le placement des musiciens sur scène. « Nous aurons une heure pour cela, mais chaque fois que je vais à la Maison symphonique je prends des notes qui me permettent de me retrouver par la suite ! »


 

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