Classique - Un coffret de référence pour le bicentenaire Verdi

Riccardo Chailly incarne l’autorité musicale des festivités du bicentenaire de Verdi, en Italie.
Photo: ICA artists Riccardo Chailly incarne l’autorité musicale des festivités du bicentenaire de Verdi, en Italie.

L’intégrale Verdi publiée par Decca est le luxueux objet discographique de référence que l’on était en droit d’attendre de la part du leader d’un marché.

L’année 2013 est celle du trop plein de commémorations. Lorsqu’on célèbre à la fois le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner et de Giuseppe Verdi, il reste peu de place pour Alkan (200 ans), Pierné et Mascagni (150 ans), Lutoslawski et Britten (100 ans), ou pour les 50 ans de la mort de Poulenc, Hindemith ou Hartmann.


Sur les scènes du monde entier, il est clair que la fascination pour Wagner l’emporte nettement sur la programmation d’opéras de Verdi cette saison. Nombre de grandes maisons accouchent d’une nouvelle tétralogie et les autres opéras du compositeur allemand sont tout aussi bien lotis. Au moment où le Metropolitan Opera étrenne son nouveau Parsifal décrypté par François Girard, le tandem de metteurs en scène québécois formé par André Barbe et Renaud Doucet se retrouve à Leipzig pour Les fées, le premier opéra du jeune Wagner. A contrario, peu de métropoles affichent Oberto ou Les Lombards de Verdi… Mais le compositeur italien est plus largement dans le répertoire des saisons régulières. Un grand Wagner, pour une institution, représente sans doute un défi jugé plus valeureux.


Au disque, c’est un peu l’inverse. Seul Marek Janowski « refait Wagner » pour l’étiquette Pentatone. Les grandes maisons ont balancé juste avant Noël des coffrets intégraux à peine promus. On ne croule pas non plus sous les DVD, même si Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg en provenance de Glyndebourne sont à ne pas manquer.


En ce qui concerne Verdi, on observe la constitution d’une intégrale vidéo « Tutto Verdi » chez CMajor, initiative louable, glanée dans diverses maisons d’opéra italiennes, mais d’une qualité peu constante. Au disque, nous avons reçu en fin d’année un coffret de tous les enregistrements de Georg Solti, dont on retrouve Un bal masqué et Don Carlo dans la présente intégrale, en plus du Requiem et des Quatre pièces sacrées.


Une vraie intégrale


En 75 CD, Decca (478 4916), pour boucler son parcours, n’utilise pas pleinement les possibilités de synergie, désormais imaginable, des catalogues Universal et EMI. Il s’agit peut-être là d’une saine prudence, puisqu’aux dernières nouvelles, datant de cette semaine, EMI et Virgin Classics auraient été intégrés dans un certain « Parlophone Label Grou » revendu par Universal à Warner, c’est-à-dire à une maison qui a pulvérisé sa propre division classique il y a treize ans déjà…


Deux grands enregistrements EMI, le Giovanna d’Arco du jeune James Levine et Les vêpres siciliennes dans l’enregistrement de référence de Riccardo Muti sont davantage présents ici pour palier des trous dans la collection Universal que pour leur avantage esthétique concurrentiel. Ainsi, à l’image du Don Carlo de Solti qui aurait pu être supplanté par celui de Giulini (EMI), Universal n’a jamais mis en balance ici un grand enregistrement de son catalogue avec une référence éditée par son supposé nouveau partenaire.


Le coffret est, en tout cas, très complet. Il comprend la Messa solenne et les autres oeuvres sacrées révélées par Riccardo Chailly, le Quatuor à cordes, la musique de ballet et deux disques de mélodies et d’airs rares. Pour le centenaire de 2001, Decca avait publié les trois plus rares des opéras, Alzira, Aroldo et Jérusalem, sous la direction de Fabio Luisi, repris ici.


En matière d’opéras de jeunesse, il était facile de puiser dans la collection exhaustive gravée par Lamberto Gardelli, à son meilleur dans I due Foscari, avec Cappuccilli, Ricciarelli, Carreras et Ramey en 1977, c’est-à-dire au zénith vocal de cette sacrée brochette. Deux exceptions notables au recours à Gardelli : l’Oberto de Neville Marriner (Urmana et Guleghina ensemble en studio…) et l’Ernani de Bonynge avec Pavarotti et Joan Sutherland. On remercie l’éditeur d’avoir pensé à ces deux joyaux !


Cela dit, d’Oberto à Stiffelio - seize opéras tout de même -, Gardelli dirige sept ouvrages. Dans cette période 1839-1850, les opéras les plus connus, Macbeth et Luisa Miller, sont dirigés respectivement par Claudio Abbado et Peter Maag (Pavarotti, Caballé, Milnes), ce dernier ayant donc été préféré à Lorin Maazel (Domingo, Ricciarelli, Bruson).


Dès que le nom de Giulini apparaît, il rafle la mise : Rigoletto, Le trouvère et même le triste Falstaff. Mais le chef italien a été oublié pour ses Quatre pièces sacrées sublimes, gravées à Berlin. C’est la petite erreur de détail artistique : il y avait au moins quatre versions des Quattro Pezzi (Fricsay, Mehta, Giulini, Gardiner) à choisir avant celle de Solti.


Pour en revenir aux grands opéras, Don Carlos (en français par Abbado) et Don Carlo (en italien, dirigé par Solti) y figurent côte à côte, de même que la version originale (par Gergiev) et la version révisée (par Sinopoli) de La force du destin.


La traviata est celle de l’incontournable Kleiber, le Boccanegra celui de référence d’Abbado. Pour Aïda, Karajan a été préféré à Solti, mais les deux enregistrements sont transcendants. La principale ombre au tableau est donc Otello, où l’on attendait autre chose que la version Chung avec un Domingo capté un peu trop tard.


L’un dans l’autre, cette intégrale Verdi, joliment présentée dans des déclinaisons de beige, est donc presque un sans-faute, édité avec sérieux. À défaut de fournir les livrets intégraux, les notices proposent de bons résumés, détaillés plage par plage, avec un texte français.




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Collaborateur