Concerts classiques - Une étrange association

Beau succès pour le Festival Bach, qui remplissait pratiquement les 800 places de l’Église Immaculée-Conception en collaborant avec le Studio de musique ancienne et I Musici dans un programme associant Jean-Sébastien Bach et Arvo Pärt.


Christopher Jackson et ses chanteurs ont d’ailleurs cueilli leur public par surprise en débutant le concert par l’ajout du Magnificat de Pärt, chanté a cappella du haut de la tribune. Le Studio de musique ancienne a déjà pratiqué dans le passé l’étrange association de Bach et Pärt. Le succès public de la soirée d’hier lui donne raison, même si musicalement on est en droit de se poser des question. Le Suscepit Israel du Magnificat de Bach prouve, dans le traitement des voix féminines et des instruments, à quel point les entrelacs du grand compositeur allemand sont mille fois plus intéressants et avancés que ceux de l’inventeur estonien du tintinabulisme.


De manière générale, la musique de Pärt impressionne d'autant plus que les couleurs sont fondues et imbriquées en forme de nappes sonores. C’est pour cela que je suis assez réfractaire au disque Pärt d’Angèle Dubeau. C’est pour cela aussi que je suis aussi infiniment plus sensible au Magnificat ou à la Berliner Messe des Elora Singers de Toronto qu’aux interprétations du Studio de musique ancienne, aux voix plus «matérielles» et individualisées, moins fondues dans un collectif indistinct.


Cela dit, même les Elora Singers ne parviennent pas à m’intéresser vraiment à la Berliner Messe, à la lancinance souvent chaotique et qui ne parvient jamais à pleinement justifier la présence d’un orchestre auquel Pärt fait faire des niaiseries encore plus insignifiantes que celles dévolues au choeur. Mais il semble que sur certains auditoires le néant a une vertu hypnotique…


Du Magnificat de Bach, Jackson et ses musiciens ont donné une version bien campée et servie par un trompettiste excellent, conférant puissance et lumière au Fecit potentiam. Même si Esurientes a fini un peu en eau de boudin, la greffe choeur et orchestre a bien pris, contrairement aux solistes, tous en méforme.


Kimi McLaren a livré sa prestation la plus instable et tâtonnante depuis des lustres dans Et exultavit. La voix d’Agnes Zsigovics est décrite comme «veloutée, comme une cloche» et «glacialement parfaite» dans sa biographie. Personnellement, je ne prendrais pas cela comme un compliment, mais la description est juste. L’alto Sarah Myatt s’est montrée poussive dans les vocalises d’Esurientes. L’excellent Jacques Olivier Chartier est un peu court en projection dans le bas du registre et Alexandre Dobson plafonne et s’est empêtré autour de sa note de passage dans Et misericordia.


C’est donc peu dire que les Magnificat de Bernard Labadie et de Yannick Nézet-Séguin, ces dernières années, étaient autrement plus réussis.

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