Des Italiens ouvrent le Festival Bach

Fabio Bonizzoni fut l’un des brillants élèves de Ton Koopman en orgue baroque et au clavecin au Conservatoire royal de La Haye.
Photo: Festival Bach de Montréal Fabio Bonizzoni fut l’un des brillants élèves de Ton Koopman en orgue baroque et au clavecin au Conservatoire royal de La Haye.

Début, ce soir, du Festival Bach de Montréal, avec un concert d’invités européens : La Risonanza, un ensemble milanais dirigé par Fabio Bonizzoni. Le Festival Bach, qui se prolonge jusqu’au 13 décembre, sera marqué par la venue de Philippe Herreweghe et de son Collegium Vocal, de Gand.


Cela fait trois ans que le Festival Bach tente de s’assurer la participation de cet « interprète de référence » de Bach qu’est Philippe Herreweghe. Tout le parcours qui s’entame ce soir à la salle Bourgie devrait nous mener vers ce sommet attendu : la présentation del’Oratorio de Noël à la Maison symphonique de Montréal les 12 et 13 décembre.


Cela dit, les invités qui lancent la manifestation ce soir ne sont pas à négliger. Fabio Bonizzoni et La Risonanza ont convaincu à plusieurs reprises, au disque, dans des enregistrements notamment consacrés à Haendel et à Vivaldi, compositeur de la récente petite merveille : La Senna festeggiante (Glossa).

 

Nomades de la musique


Si le Festival Bach de Montréal a repéré Fabio Bonizzoni, c’est parce que le « parrain » de la manifestation est Ton Koopman. Or Bonizzoni fut l’un des brillants élèves de Koopman en orgue baroque et au clavecin au Conservatoire royal de La Haye.


Bonizzoni a créé La Risonanza, orchestre de chambre sur instruments anciens, à Milan, en 1995, et s’y est entièrement consacré à partir de 2004. Le terrain d’activité de l’ensemble n’est cependant pas seulement italien et les sombres coupes budgétaires dans le soutien aux arts en Italie ne l’ont pas particulièrement affecté. « Le soutien aux ensembles indépendants est inexistant en Italie », explique Fabio Bonizzoni au Devoir. Il reconnaît cependant que les coupes frappent de plein fouet les présentateurs de concerts, avec une incidence majeure sur l’offre de concerts, qui n’est « parfois plus seulement dictée par le souci de la qualité, mais par celui de l’économie ».


La Risonanza est surtout très active en France. L’ensemble est rattaché au Festival de Saint-Michel en Thiérache et à la région de la Picardie, où il développe et présente ses projets les plus importants. Ce sera aujourd’hui sa première prestation nord-américaine, avant un concert à Washington.


Au disque, La Risonanza s’est fait remarquer dès ses débuts grâce au premier enregistrement mondial d’oeuvres vocales et instrumentales de Girolamo Frescobaldi avec Gloria Banditelli. Frescobaldi est l’un des grands génies méconnus de la musique. Aux yeux de Fabio Bonizzoni, « l’oeuvre instrumentale et vocale est belle, mais le grand Frescobaldi se trouve dans la musique pour clavier et pour orgue. Frescobaldi a le même génie que Monteverdi, sauf que, pour Monteverdi, cela s’exprime dans des opéras et de la musique vocale, des domaines vers lesquels le public va plus naturellement. Frescobaldi parle donc à un moins grand nombre. » À surveiller : une intégrale des Toccatas de Frescobaldi vient d’être enregistrée par Bonizzoni sur un orgue historique à Mantoue, dans l’église où Monteverdi oeuvra comme maître de chapelle.

 

À Montréal


Ce samedi, Bonizzoni dirigera ses musiciens et la soprano Yetzabel Arias Fernandez dans la cantate Non sa che sia dolore, BWV 209, la Cantate du mariage, BWV 202, et la 2e Suite pour orchestre. Dimanche, il dirigera, de Vivaldi, la Sinfonia de Dorilla in Tempe, le Concerto pour violon et violoncelle RV 547 et L’été des Quatre saisons, la seconde partie du concert étant consacrée à Haendel et à Telemann.


On peut s’étonner que la direction artistique du Festival n’ait pas demandé à Bonizzoni un concert sur les passerelles italiennes dans l’oeuvre de Bach, puisque ce dernier fut un transcripteur émérite d’oeuvres de cette provenance. Juxtaposer au moins un concerto parmi la dizaine de concertos de Vivaldi transcrits par Bach avec ladite transcription, à l’orgue ou au clavecin, aurait été facile pour un chef qui est également organiste et claveciniste, qui plus est à la salle Bourgie, bien dotée en instruments adéquats.


Mais en programmant Haendel (Passacaille de Rodrigo et une sonate extraite d’Il delirio amoroso), Bonizzoni et ses musiciens seront aussi dans leur élément, puisque l’un de leurs projets les plus en vue ces dernières années a été l’enregistrement intégral des cantates italiennes avec instruments de Haendel pour l’étiquette espagnole Glossa. « Nous partageons avec Glossa les mêmes idéaux artistiques d’élégance, de beauté et de force interprétative. Je me sens très libre dans le choix de répertoire et des interprètes. C’est une rencontre, un vrai partenariat artistique, pas une opération commerciale », dit Bonizzoni de son éditeur.


À la suite des prestations avec La Risonanza, Bonizzoni se mettra à l’orgue, mardi, à la cathédrale Christ-Church, pour un récital Bach, Buxtehude, Frescobaldi et Froberger.


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Bach en cinq concerts majeurs

1er décembre :Bach all’italiana. La Risonanza, Fabio Bonizzoni. Salle Bourgie, 19 h 30.
6 décembre :Joie et lumière. Magnificat de Bach et Berliner Messe de Pärt par I Musici, le Studio de musique ancienne de Montréal, Christopher Jackson. Église Immaculée-Conception, 19 h 30.
7 décembre :L’offrande musicale par Clavecin en concert. Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours, 20 h.
10 décembre :les Variations Goldberg par Leon Berben (clavecin). Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours, 19 h 30.
12 et 13 décembre : l’Oratorio de Noël par Philippe Herreweghe et le Collegium vocal de Gand. Maison symphonique de Montréal, 19 h 30.

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