Concerts classiques - Mahler chez les Jivaros

Pour son premier concert de la saison, I Musici annonçait, vendredi, le nom de son nouveau 1er violon, Julie Triquet. Très tendue dans son premier solo, à la fin des Entretiens de la Belle et la Bête de Ma Mère l’Oye, elle fut plus convaincante par la suite, notamment lors du rappel : Morgen !, de Richard Strauss.

I Musici jouait la 4e de Mahler. Oui c’est possible ! Lorsque les moyens de reproduction rendant justice à la musique symphonique n’étaient pas encore inventés, Arnold Schoenberg avait créé l’Association des représentations privées, active dans les salons viennois, proposant des oeuvres orchestrales récentes jouées par une vingtaine de musiciens. Instrument original, très utile dans le processus : l’harmonium permet d’assurer un souffle sonore continu. Erwin Stein réalisa, en 1920, la réduction, connue jusqu’ici, de la 4e de Mahler pour flûte, hautbois, clarinette, piano, harmonium, percussion et cinq instruments à cordes.


Très récemment (2007), Klaus Simon a adapté les Symphonies n° 1, 4 et 9. Son objectif est plutôt de fournir une réduction adaptée aux orchestres de chambre d’aujourd’hui. Il élargit ainsi le spectre sonore par ajout d’un basson et un cor. Zeitouni a adapté l’adaptation de Simon, ajoutant un autre cor, une trompette une harpe. Pour les cordes, Simon laisse au chef le choix d’utiliser un instrument par partie ou un maximum de vingt, que Zeitouni dépasse un peu.


Au bout du compte, très loin de la géniale transcription de Stein (à découvrir dans un sublime CD MDG de l’Ensemble Christian Thomas), on est dans le registre du « j’aimerais bien, mais je ne peux point » ; du Mahler à 35 personnes, joué sans trop de dégâts musicaux. Dans le genre, l’excellent Zeitouni et ses musiciens s’en sont bien tirés, mais cela tient tout au plus de l’efficace symphonisme au rabais, pas d’une recréation lumineuse à la manière de Stein.


Dans les renforts on aurait espéré un hautbois et une trompette meilleurs que ce qu’on a entendu. Par contre, dans Barber comme dans Mahler, Hélène Guilmette, fut une soliste juste et efficace.


À défaut d’être totalement convaincant (par exemple, deux laids bling-bling du piano dans Petit Poucet et sur le solo de violon du Jardin féerique d’un pourtant sensuel Ma Mère l’Oye), le concert fut intéressant et il faut absolument souligner le niveau de finition et d’exécution en nette hausse des Musici depuis la reprise en main par Jean-Marie Zeitouni.